‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 664 sur 803 · LETTRE XXX · texte numérisé non relu

LETTRE XXX

AU ROI

L’auteur du Mariage de Figaro , désolé des impressions qu’on a cherché à donner à Votre Majesté contre un ouvrage qu’il avait destiné à l’amusement de la reine et au vôtre, Sire, a demandé toujours de nouveaux censeurs à M. Le Noir, chaque fois qu’il s’est agi de mettre cet ouvrage au théâtre, afin d’opposer plusieurs approbations successives à toutes les imputations calomnieuses qu’on faisait à sa pièce : trois censeurs l’ont approuvée, et la réclament pour le théâtre.

Voulant justifier de plus en plus un ouvrage aussi injustement attaqué, Fauteur a supplié M. le baron de Breteuil de vouloir bien former une espèce de tribunal composé d’académiciens français, de censeurs, de gens de lettres, d’hommes du monde, et de personnes de la cour aussi justes qu’éclairées, qui discuteraient en présence de ce ministre le principe, le fond, la forme et la diction de cette pièce, scène par scène, phrase par phrase, et mot par mot. M. le baron de Breteuil, qui a daigné assister à ce dernier examen rigoureux, peut rendre compte à Votre Majesté de la docilité avec laquelle l’auteur, après avoir subi, sans se plaindre, toutes les corrections qu’il avait plu aux trois censeurs faire à sa pièce avant de l’approuver, a retranché de nouveau jusqu’aux moindres mots dont ce tribunal de décence et de goût a cru devoir exiger la suppression.

L’auteur a, de plus, prouvé à l’assemblée que sa pièce était tellement dans les grands e,t vrais principes du théâtre comique, qu’il faudrait aujourd’hui proscrire du spectacle plus de soixante pièces qui en font la gloire et le plaisir, si l’on s’opposait aux représentations de la sienne, plus remplie de saine critique et de vraie moralité qu’aucune de celles de ce genre qui se jouent aux Français.

L’ouvrage étant en cet état, l’auteur se joint aux

acteurs pour supplier Votre Majesté d’en permettre la représentation.

Depuis longtemps les comédiens français sont privés d’ouvrages qui leur donnent de grandes recettes ; ils souffrent : et l’excessive curiosité du public sur le Mariage de Figaro semble leur promettre un heureux succès. Cependant l’auteur désire que la première représentation de cet ouvrage, qui attirera un grand concours, soit donnée au profit des pauvres de la capitale.

De Votre Majesté,

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