‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 671 sur 803 · partie · texte numérisé non relu

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Il reste à trouver 2,658,000

Ajoutez à ceci les fonds faits par la compagnie 6,680,000

Total des fonds nécessaires. . . . 9,338,0001.

Sans les motifs cruels qui ont dirigé la plume de l’auteur, lequel a pourtant sous les yeux nos prospectus, il aurait vu que la compagnie reçoit par chaque muid d’abonnement, outre le prix annuel de l’eau, comme nous l’avons dit plus haut, une somme de cinquante livres une fois payée, qui l’indemnise en partie des frais de la pose des tuyaux de bois qui passent devant la maison des abonnés. Soixante-dix mille muids, à cinquante livres, font trois millions cinq cent mille livres. Ainsi la dépense des tuyaux de bois est presque entièrement couverte, et les fonds à faire par la compagnie se trouveront réduits, par ce remboursement successif, à cinq millions huit cent trentehuit mille livres.

Donc les six millions six cent quatre-vingt mille

livres faits par la compagnie suffiront, et fort au delà.

On a vu plus haut que les revenus de la compagnie seront un jour de 3,500,000 1.

Sur lesquels à déduire les frais de régie, évalués, dans le cas d’un succès

complet, à 62,700 h

La consommation des charbons pour les trois machines à feu, quatrevingt-dix mille muids, à cause des pertes et coulages 105,120

L’entretien et les réparations, dans lesquels il faut comprendre le renouvellement des tuyaux de bois, estimé à cinq pour cent de la dépense. . . . 182,900

On observe que cette dépense n’a pas monté à deux pour cent jusqu’à présent, y compris Y inexpérience, les fautes et les mécomptes de MM. Perrier.

Nous porterons encore pour l’entretien des bâtiments, des conduites de fer, etc., un pourcent du prix de leur construction ; cette dépense est forcée. . 58,380

A déduire donc 409,100

Reste net en revenu. 3,090,900 1.

A partager à quatre mille quatre cent quarantequatre actions, à cause de celles dues à MM. Perrier, cela fait pour chacune six cent quatre-vingtquinze livres huit sous sept deniers. Ce dividende porte la valeur de l’action à treize mille neuf cent huit livres onze sous huit deniers, et l’on ne peut trop répéter qu’on ne fait pas entrer ici les établissements de toute espèce qui peuvent se former par la facilité de se procurer de l’eau, comme les bains, les lavoirs, les arrosages, etc.

Il n’est pas étonnant que le nombre des abonnements ne soit pas bien considérable. Toutes les choses nouvelles, les modes exceptées, prennent difficilement en France: il semble même que les entreprises qui ont pour but l’utilité publique aient une marche moins rapide, mais elle est en même temps et plus solide et plus constante. On a remarqué que la première année de l’établissement des conduites il a été très-difficile de se procurer des abonnements: les premières maisons abonnées n’avaient la plupart souscrit que pour un an ; mais, malgré toutes les critiques que des gens aussi bien intentionnés que l’auteur delà brochure se sont

permis de répandre sur la qualité de nos eaux , toutes ces maisons, sans exception, ont continué leur engagement, et même ont demandé des augmentations d’eau. Actuellement que le public a sous les yeux beaucoup d’exemples qui donnent la certitude d’un service exact, les souscripteurs viennent en foule.

La compagnie n’est donc plus dans le cas de hasarder aucune dépense dans l’espoir incertain d’un produit ; au contraire, elle a décidé l’an passé qu’il ne serait posé de conduite dans aucune rue qu’elle ne fut assurée d’avance d’un revenu de vingt pour cent au moins des frais de la conduite : cette mar- ' che depuis s’exécute à la rigueur.

Non qu’elle ait cru, comme nous l’avons dit, que les petits ménages s’abonneraient (voyez les lettres patentes accordées à MM. Perrier); au contraire, considérant que bien des pauvres gens ne peuvent et ne doivent pas payer la petite quantité d’eau qu’ils consomment, elle a ordonné à ses fontainiers que toute personne qui se présenterait pour boire ou pour en emporter ne la payât point: en effet, ne vendant à la plupart de ses dépôts que trois deniers la voie d’eau composée de deux seaux, quelle monnaie exigerait-elle qui représentât moins d’eau qu’elle n’en donne pour un liard?

Nous convenons que les calculs sur la quantité d’eau que doit consommer chaque habitant de Paris sont sujets à beaucoup d’erreurs; mais il n’en est pas moins certain que les consommations de tout genre augmentent en proportion que les denrées abondent et sont à bon marché. Il se consomme moins de sel dans les pays de gabelle que dans les provinces franches. Avant les établissements de la compagnie, l’eau valait, dans les sécheresses etles glaces, jusqu’à dix sous la voie dans beaucoup de faubourgs: il est sûr que dans ces moments l’indigent l’économisait ; souvent le peu qu’il en avait se corrompait en la gardant l’été: de là les fièvres, les maladies. Grâce à la compagnie des eaux, c’est un mal qui n’arrivera plus : tous auront de J eau abondante, bien saine, au plus bas prix possible ; et notre seul charlatanisme , pour attirer grands et petits au piège de nos fournitures, sera de prouver aux gens riches que nous donnons pour cinquante francs la même quantité d’eau qu’ils payaient plus de cent écus ; aux pauvres, que nous vendons un liard ce qui coûtait deux ou trois sous: et c’est ainsi que, prenant chacun par son propre intérêt, nous forcerons la main à tout le monde.

Et si quelque écrivain passionné vient nous reprocher avec aigreur que nous sommes de mauvais citoyens, qui, par des gains peu délicats, coupons la bourse aux joueurs à la baisse, et la bretelle aux porteurs d’eau, nous rirons du premier reproche, et nous répondrons au second que, loin de nuire aux porteurs d’eau, l’établissement de nos fontainesrapprochées des divers quartiers assurera la subsistance d’un grand nombre de ces porteurs,

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bien plus marchands de temps qu’ils ne sont vendeurs d’eau, en leur offrant un puisement aisé toujours voisin de leur service, et surtout exempt du danger qui les menace à la rivière.

Que si l’augmentation de nos abonnements en diminue le nombre par la suite, nous lui dirons qu’il n'est pas encore bien prouvé que vingt-cinq mille hommes vigoureux soient plus utiles avec deux seaux qu’ils ne le seraient au labour; nous lui dirons qu’il y avait dans le royaume quarantecinq mille tricoteuses, quand un mauvais citoyen comme nous fit les premiers bas au métier; qu’on ue peut former rien de grand ni d’avantageux au public, sans choquer un moment quelque intérêt particulier; enfin nous lui dirons... mais plutôt nous ne dirons rien, car il n’y a pas d’apparence que nous ayons deux fois à disputer sur une semblable matière.

On ne contestera pas les détails que M. de Mirabeau donne sur les établissements de Londres; on ne les connaît pas assez.

Mais s’il fallait juger de ces aperçus étrangers par la fidélité de ceux que l’auteur avait sous les yeux, et qu’il a négligés, on serait peu tenté d’examiner ceux-ci. Cependant on peut faire observer :

1° Que la compagnie anglaise de la nouvelle Rivière fait des bénéfices considérables, parce que, ayant acheté les intérêts de Middleton à bas prix, ce canal ne lui coûte pas plus que l’établissement de machines à feu qui fourniraient la même quantité d’eau. Nous donnerons la preuve de cette vérité par un calcul comparatif du projet de M. de Parcieux avec celui des machines à feu.

2° On a vu, par ce que nous avons dit, qu’il n’est pas nécessaire que la compagnie de Paris ait acheté à perte ses actions des eaux, pour faire les mêmes bénéfices que celle anglaise de la nouvelle Rivière.

3° Que les frais ne peuvent pas être moins considérables à Londres qu’à Paris; on ne sait pas du moins sur quels fondements l’auteur pourrait en appuyer la différence, si ce n’est sur les tuyaux de métal, qui sont plus chers que ceux de bois, employés seuls à Londres. A l’égard du charbon pour le chauffage des machines, l’administration des. eaux de Paris prouve, comme nous l’avons dit, qu'elle dépense au plus vingt-trois sous quatre deniers en combustible pour une quantité d'eau qu’elle vend cinquante francs.

4° On ne sait quelle raison pourrait donner l’auteur pour établir que l'usage de l’eau ne s’augmentera pas à Paris comme il s’est étendu à Londres.

5° Que la compagnie anglaise de la nouvelle Rivière a six autres compagnies en concurrence avec elle pour fournir la ville de Londres, et que la compagnie de Paris n’en a aucune, à moins que M. de Mirabeau ne veuille présenter la belle fon-

taine épuratoire du quai de l’École comme une rivalité dangereuse. Les eaux qui appartiennent au gouvernement ne forment point de concurrence avec celles de la compagnie : la ville n’en peut point vendre actuellement; et la totalité de ses moyens, réunie aux eaux du roi, ne forme pas la dixième partie de ce que la compagnie peut fournir avec le seul établissement de Chaillot.

6° Que l’eau que la compagnie fournit est au moins égale en bonté à toutes celles qu’on peut se procurer dans la capitale; c’est de l’eau de Seine, en un mot, toujours limpide, et jugée excellente par la Société royale de médecine ; et l’auteur de la brochure mérite un reproche très-grave, lorsqu’il insinue le contraire pour relever pompeusement les petits établissements des fontaines épuratoires, qui ne donnent aucun profit à leur compagnie, qui ne sont d’aucune utilité publique, et n’ont enfin d’autre avantage que d’éviter au porteur d’eau (moyennant de l’argent) Je court chemin du quai à la rivière.

Pour décrier notre entreprise, l’auteur parle souvent du canal de l’Yvette, dont le projet a eu beaucoup de célébrité : nous allons le comparer à celui des machines à feu, avec la tranquille impartialité qui doit accompagner la discussion de tout objet qui intéresse le public.

Supposons qu’on pourrait construire actuellement le canal de l’Yvette, malgré l’augmentation des matériaux et des journées d’ouvriers, pour la somme de sept millions huit cent vingt-six mille deux cent neuf livres, suivant les devis faits, il y a quinze ans, par M. Perronnet : ou plutôt ne supposons rien. Tout étant augmenté de plus d’un cinquième depuis les devis faits parM. Perronnet, posons que ce canal, à sa valeur actuelle, coûterait au moins dix millions, et qu’il conduirait à Paris quatorze cents pouces d’eau dans les eaux basses : il est bien vrai qu’on estime Je produit moyen de ce canal à deux mille pouces; mais s’il ne doit fournir que quatorze cents pouces dans les eaux basses, et le moment des sécheresses étant celui où l’on consomme le plus d’eau, ce que produirait de plus ce canal, dans les autres saisons de l’année, devient à peu près inutile.

Voilà donc dix millions dépensés, qui produisent quatorze cents pouces d’eau amenés jusqu’à la rue de la Bourbe, près de l'Observatoire. Quant aux dépenses des conduites et celles que la compagnie a faites ou doit faire pour distribuer l’eau dans Paris, nous ne les ferons point entrer dans nos calculs, puisqu’elles sont nécessaires à toutes les distributions d’eau, par quelques moyens qu’elle arrive.

Supposons maintenant qu’une compagnie entreprenne le grand ouvrage d’amener l’Yvette à Paris, comme l’Anglais Hugh Middleton a entrepris de conduire la rivière Neuve à Londres : son capital de dix millions employé lui coûtera en intérêts

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annuels

Évaluons les frais d'entretien, de nettoiement, de surveillance, d’un canal de dix-sept mille trois cent cinquante-deux toises de longueur qu’il doit avoir, suivant les plans dressés par M. Perronnet; est-ce trop estimer ces frais que

les porter à

Ce n’est pas tout : les dix millions seront entièrement dépensés avant que la compagnie soit à portée d’en retirer le moindre produit; et si, comme le veut M. de Mirabeau, il faut trente ans pour établir les distributions dans tout Paris, il convient d’ajouter au capital de ce canal le montant de ces intérêts, non pour trente ans, parce qu’on suppose un produit graduel, mais pendant quinze ans seulement, ce qui fait sept millions cinq cent mille francs perdus, dont l’intérêt perpétuel est

de

Il convient d'ajouter encore l’intérêt des sommes employées à la construction du canal, pendant dix ans que peuvent durer ces travaux; mais ces dépenses étant successives, les dix millions ne seront déboursés que graduellement.

Donc l’intérêt entier perdu pendant cinq ans forme un capital de deux millions cinq cent mille livres, dont l’intérêt perpétuel est de

D’autre part 31 3,1 23 1. 7 s. 2 d.

sont chargés pour les distributions de l’eau : malgré cela, nous le portons pour la somme

qu’il a coûté 239,149 13 5

Le bâtiment des machines, ainsi que les réservoirs. . . . 191,845 16 5

La conduite de fonte qui porte l’eau des machines aux réservoirs 207,854 » »

Total de l’établissement. . . 951,972 17 »

Dont l’intérêt est de 47,599 » »

Entretien et réparation à un pour cent, comme il a été dit

plus haut . 9,519 12 »

Les mêmes intérêts des fonds avant la jouissance complète pendant trente ans, prenant le moyen terme de quinze ans,

comme dessus 35,699 » »

L’intérêt des sommes ci-dessus employées à la construction, perdu pendant le moyen terme de trois ans, à quarante-sept mille cinq cent quatre-vingtdix-neuf livres par an, fait cent quarante-deux mille sept cent quatre-vingt-dix-sept livres, dont l’intérêt perpétuel comme

dessus 7,139 » »

Huit hommes pour le service

des machines 6,100 » »

Consommation annuelle du charbon pour quatorze cents pouces d’eau -105,120 » »

Total de la dépense annuelle pour quatorze cents pouces d’eau. 1,050,000 1.

Voyons actuellement ce que coûtera la même quantité de pouces d eau par les machines à feu.

Le pouce d’eau fournit soixante-douze muids par vingt-quatre heures; les quatorze cents pouces donnent cent mille huit cents muids par jour. Les deux machines qui existent à Chaillot donnent chacune cinquante mille muids dans vingt et une à vingt-deux heures; ce qui fait un peu plus que le canal de l’Yvette. Nous regarderons cependant le produit comme égal.

Les deux machines de Chaillot ont coûté la somme de 313,1231. 7 s. 2 d.

Le terrain sur lequel sont construites ces machines est beaucoup plus grand qu’il ne faut; une partie est occupée par les ateliers de MM. Perrier, qui ne sont utiles à l’établissement qu’à cause des travaux dont ils

On voit d’après cela que les quatorze cents pouces d’eau de l’Yvette coûteraient annuellement un million cinquante mille livres; et les mêmes quatorze cents pouces d’eau fournis par les machines à feu, deux cent onze mille cinq cents livres en nombres ronds. C’est quatre cinquièmes de moins. Outre l’économie de ces quatre cinquièmes que présentent les calculs en faveur des machines a feu, elles ont bien d’autres avantages.

1» On peut les établir partout, les multiplier à son gré, comme nous l’avons dit; par conséquent on n est borné sur la quantité d’eau à élever que par l’étendue des besoins du consommateur. Et comment comparer un moyen qui ne peut jamais fournir que quatorze cents pouces d’eau, avec celui qui, par les trois établissements, en donnera de trois à quatre mille pouces? La compagnie fournirait le volume entier de la Seine, si le public offrait de le payer.

2° Il y a de grands inconvénients à faire partir d’un seul point et d’un seul niveau toutes les eaux

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•qui doivent se répandre dans Paris, comme on serait obligé de le faire si l’on y amenait les eaux de l’Yvette. Les conduites alors doivent avoir un plus grand diamètre, et sont beaucoup plus dispendieuses. Si le niveau en est trop élevé, il exige une résistance plus grande dans les conduites de fer ou de bois; si au contraire il ne l’est pas assez, il laisse des quartiers sans eau.

Les machines à feu pouvant s’établir partout , comme on l’a dit, chacune élève l’eau à la hauteur nécessaire pour fournir les quartiers qu’elle doit approvisionner; et chacune a ses conduites proportionnées, par leur diamètre, à la quantité d’eau qu’elles doivent fournir, et, par leur épaisseur, à l’effort qu’elles ont à soutenir.

3° L’établissement des machines à feu , employant pour son exécution un capital assez modique, offre peu de risques aux actionnaires ; les autres dépenses, qui sont annuelles, sont toujours, à très-peu de chose près, dans la proportion des recettes. La machine de Chaillota marché, la première année, six heures tous les quinze jours; la deuxième année, douze heures seulement par semaine, etc. : enfin les deux marcheront plus souvent et plus longtemps, à mesure que le débit de l’eau augmentera; et la dépense du combustible suivra toujours cette progression. Le seul danger que la compagnie aurait couru, si elle eût été obligée d’abandonner l’entreprise, était donc une perte de cinq à six cent mille livres ; car les terrains, les tuyaux, les matériaux, ont toujours une valeur; et, sans l’aperçu d’un succès certain dès la première année de la distribution de l’eau, la compagnie n’aurait point placé le nombre des conduites qui existent à présent. En exposant cette légère somme de cinq à six cent mille livres, elle a donc tenté une entreprise qui lui rapportera plus de trois millions de revenu.

Une compagnie qui entreprendrait d’amener l'Yvette à Paris s’exposerait bien davantage : elle aurait à payer, pendant beaucoup d’années, des travaux considérables ; et, après une attente bien longue, un capital immense dépensé, elle pourrait trouver de la répugnance dans le public pour les eaux de cette petiterivière, qui sont véritablement, et d’après les rapports des chimistes publiés par M. de Parcieux lui-même, moins bonnes que les eaux de la Seine, et chargées d’une vase très-fine tirée du propre fond du terrain, dont il est impossible de les dégager entièrement par la filtration. Alors tous les fonds seraient perdus.

4° Les réparations d’une machine à feu sont peu de chose, si elle est soignée, comme cela ne manque jamais d’arriver à toute machine qui remplit un service journalier. La précaution peu dispendieuse d’avoir une machine de relais, pour parer à tous les accidents assure pour toujours un service exact et sans interruption. Peut-on raisonnablement espérer la même sûreté d’un aqueduc de j

; dix-sept mille toises? Si les réparations sont moins | fréquentes , lorsqu’elles deviennent nécessaires I elles peuvent suspendre pendant plusieurs mois | le service: et qu’on imagine ce que deviendrait Paris, si, privé tout à coup de quatorze cents pouces d’eau, il fallait créer tous les porteurs d’eau nécessaires pour aller chercher à la rivière toute l’eau que le public consomme ! Les gelées ne peuvent-elles pas, sinon arrêter totalement le cours de l’aqueduc, au moins en diminuer considérablement le produit?

Entre ces établissements aussi nationaux l’un que l’autre, mise de fonds, capitaux, intérêts, risques, travaux, produits, entretiens, renouvellements, qualité d’eau, tout est à l’avantage des machines à feu. Mais n’est-ce pas une dérision, que l’auteur nommerait jonglerie, déporter l’apparence des frayeurs, comme le fait M. de Mirabeau, jusqu’à paraître redouter que la consommation de nos machines fasse augmenter le prix courant du charbon dans la France, qui en est une grande minière ?

O divine éloquence ! est-ce là ton emploi ?

Et conçoit-on que, pour prouver uniquement que des actions sont chères, on ait employé tant de verve à dénigrer la compagnie qui les possède, à garantir de ses prétendus pièges les diverses administrations qui pourraient traiter avec elle; à préférer un canal de sept lieues et de dix millions, qui n’existe pas, à des réservoirs toujours pleins dans Paris, qui n’ont pas coûté le cinquième? enfin qu’on ait été jusqu’à gourmander le gouvernement d’en avoir permis l’entreprise?

O divine éloquence ! est-ce là ton emploi?

Nous avouons aussi que, malgré nos efforts, nous n’avons pas saisi (page 41) comment un faible dividende est une jonglerie manifeste ; ni quel rapport existe entre des associés réglant leur sort commun, et le propriétaire d’une maison non bâtie qui demanderait des loyers à son architecte.

Ce qui étonne notre esprit dans cette comparaison subtile, c’est l’analogie que l’on trouve entre ce que la compagnie fait avec elle et sur ellemême, et les intérêts différents d’un propriétaire et de son architecte. La compagnie nous paraissant être à la compagnie ce que nul homme n’est à son architecte, identiquement, collectivement le même être, et n’ayant qu’un même intérêt, nous croyons bonnement qu’elle a pu, d’elle à elle, sans jonglerie ni tromperie, changer l’intérêt de cinq pour cent qu’elle s’attribuait dans l’avenir sur ses dépenses consommées , en un dividende réel ; moindre, il est vrai, que l’intérêt, mais analogue à ses profits naissants.

Elle a tellement pu, selon nous, former ce dividende, que si, ne voulant pas alors étendre ses travaux, augmenter ses dépenses, elle se fût con-

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tentée du produit qu’elle en retirait, elle avait réellement un demi pour cent de ses fonds, de toute l’eau qu’elle distribuait; c’est ce qu’elle a nommé et pu nommer un dividende : en quel sens est-ce une jonglerie? L’entente ici reste au diseur, qui mirabilia dixit.

Il nous reste un dernier reproche à faire à l’auteur de l’écrit; mais c’est le plus grave de tous, celui qui montrera le mieux quel esprit a conduit sa plume, et combien on doit se défier de ce qu il affirme le plus. En effet, croirait-on qu’ayant sous les yeux nos actes, et l’arrêt du conseil, il ait jugé nécessaire au couronnement de son attaque de faire une injure gratuite au gouvernement, qui la dédaigne, et à MM. Perrier, qui s’en affligent, à ces deux citoyens utiles, aussi dignes d’éloges par leurs talents que par leur modestie, en fulminant contre le monopole exercé par eux sur les éléments , contre leur privilège exclusif de vendre de Veau à Paris ?

Quand on le voit (page 38), avec l’air indigné d’une si grande oppression, sonner le tocsin contre la compagnie, et prononcer ces mots terribles : Prolongera-t-on un privilège exclusif qui ravirait au peuple le bénéfice de la concurrence?... Qu on no s'y trompe pas : il s'agit ici de l'eau , de cet aliment qui, avec Vair, est presque le seul bienfait que la nature ait voulu soustraire à la tyrannie... Le privilège de la compagnie des eaux est proscrit par la nature même de son objet. Il n’est point de gouvernement sur la terre qui puisse continuer longtemps le

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