‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 672 sur 803 · PRIVILÈGE EXCLUSIF DE VENDRE DE L’EAU · texte numérisé non relu

PRIVILÈGE EXCLUSIF DE VENDRE DE L’EAU

Quand on le voit tonner ainsi, s’attendrait-on à la réponse ? Elle sera, comme toutes les autres, sans prétention, sans fard, aussi simple que vraie ; nous le disons donc nettement , puisqu il le faut, et c’est ici le cas d’employer cette expression de l’auteur ( page 6), qui , dit-il, a remonté plus haut quon ne pense, mais à qui personne n’avait imposé la loi de nous attaquer, comme il nous a imposé celle de nous défendre: Nous n’avons point le privilège exclusif de vendre de l’eau a Paris, le gouvernement ne l’aurait pas accordé, et MM. Perrier ne l’ont jamais sollicité , ils ont demandé et obtenu le privilège exclusif d'établir des machines à feu pour donner de Veau dans Paris ; et il est expressément dit, dans l’arrêt du conseil : Sans préjudice à l'exécution du projet donné par le feu sieur de Parcieux, d’amener l'Yvette à Paris, ni à celle des autres projets, machines ou établissements, autres que lesdites pompes à feu, qui pourraient être propres à fournir de Veau à Paris.

EtM. de Mirabeau sait très-bien que les fontaines épuratoires, dont il vante si fort 1 excellence et l’utilité, sont établies très-postérieurement au privilège de MM. Perrier; et que la compagnie des eaux, qui savait bien n’en avoir pas le droit, n a fait aucune opposition à l’établissement de ces fontaines.

Enfin il sait très-bien que si les gens du monde, qui voudraient tous leurs revenus en jouissancespersonnelles, ne trouvent pas dans l’entreprise deseaux un placement de fonds assez promptement lucratif, il n’en est pas moins vrai que l’honnêtepère de famille qui veut enrichir sa postérüé par une privation de peu d’années a trouvé dans cette entreprise un emploi d’argent très-solide, et qui ne peut manquer d’assurer un revenu magnifique à ses enfants. Et voilà pourquoi les joueurs à la baisse, pour qui le noble auteur a la bonté d’écrire, trouvent si peu d’actions pour remplir leurs engagements, quoique tous ceux qui les possèdent les aient acquises à très-haut prix.

Résumons-nous en peu de mots.

Nous croyons avoir bien prouvé que des motifs peu généreux ont fait décrier par 1 auteur un établissement très-utile ;

Que l’augmentation des dépenses , après les devis primitifs, n’a été l’effet d’aucune erreur, mais le fruit des plus mûres délibérations;

Que la compagnie n’a pas encore dépensé quatre millions cinq cent mille livres en 1785 ;

Que MM. Perrier ont rempli loyalement leurs engagements envers elle ;

Que cette compagnie a le droit de changer ses lois à son gré, dans ce qui ne touche pas à l’intérêt public ;

Que l’auteur est souvent contradictoire avec luimême, et qu’il perd quelquefois de vue ce qu’il regarde comme son premier objet;

Que l’affaire est beaucoup plus avancée que ce critique ne l’avoue ;

Que ses calculs sont erronés sur la valeur des abonnements, la quantité du combustible et le vrai produit des machines ;

Qu’il existe plusieurs exemples d’entreprises moins nationales, qui militent pour nos succès , Que l’administration des Invalides gagne beaucoup, en préférant l’eau de la Seine à toutes les eaux de ses puits ;

Qu’il est malignement absurde d’imputer a 1 eau de nos pompes aucun mélange avecle grand égout;

Que, sans y être aucunement contrainte, la ville aurait un grand avantage à charger la compagnie des eaux de remplir ses engagements;

Que Yapevçu ruineux d un seul muid d eau pour chaque maison est, d’après des relevés exacts, de près des trois quarts au-dessous de la réalité ;

Qu’à trois muids et demi par maison, taux ackiel de nos fournitures, sans les augmentations prévues, la compagnie aura un jour plus de trois millions de revenu ;

Que, pour acquérir cette recette annuelle, elle n'aura pas dépensé six millions;

Qu’alors un dividende de six cent quatre-vingt-

quinze livres à chacune des quatre mille quatre cent

quarante-quatre actions portera leur capital à treize ' mille neuf cent huit livres;

LETTRES

Que le progrès des abonnements a un accroissement sensible, que rien ne peut plus arrêter;

Que noire seul charlatanisme est l’abondance et le bas prix de l’eau;

Que la comparaison des établissements anglais est tout entière en notre faveur ;

Que celle du canal de l’Yvette avec nos machines à feu nous laisse un avantage de quatre cinquièmes en profit, sans la supériorité de notre eau et son abondance intarissable;

Qu’ii n’est pas vrai que nous fassions un monopole exclusif de la vente de l’eau dans Paris ;

Enfin, que fauteur, mal instruit, n’a été exact ni vrai dans aucun point qu’il ait traité.

D’après cette réponse, on espère que si quelqu’un doit aller aux écoles d’arithmétique, indiquées par l’auteur ( page 40), étudier les leçons qu’il veut donner aux autres, et même au gouvernement, ce ne sera pas la compagnie que le public y renverra, mais bien les joueurs à la baisse sur les actions des eaux, qui, s’étant abusés dans leurs spéculations, ont ensuite abusé l’auteur de la brochure, et finiraient par abuser les pères de famille qu’ils chérissent, le public auquel ils s’adressent, et les possesseurs des actions, qu’ils dépouilleraient à vil prix, si on ne les arrêtait pas. Nous n’ajouterons qu’un seul mot.

Plus on recherche le but de cet étrange ouvrage, et moins on peut le concevoir. L’auteur sait que depuis sept ans des citoyens bien courageux, jaloux de voir la ville de Londres jouir d’un avantage qui manquait à la capitale de la France, ont consacré des fonds immenses à le lui procurer, et ne sont parvenus à leurs premiers succès qu’avec des travaux inouïs, à travers des obstacles de tout genre, accablants, presque insurmontables.

A-t-il voulu flétrir leur cœur, les détourner de porter à sa fin le seul établissement national qu’on connaisse dans cette ville; leur enlever l’auguste protection dont Sa Majesté daigne honorer leur entreprise, en la discréditant aux yeux des actionnaires et des consommateurs ; en inquiétant le public sur la qualité de l’eau qu’il doit boire; en armant tout le monde contre eux?

Quand il pose partout des bases aussi fausses que ses résultats sont vicieux, est-il entraîné réellement par le désir de procurer à ses amis des actions que ceux-ci sont forcés de livrer sous un terme, à bas prix? ou bien s’est-il flatté de porter un coup mortel à l’entreprise des machines à feu, pour en favoriser quelque autre? A-t-il trompé, s’est-il trompé, l’a-t-on trompé? Est-ce projet, erreur ou suggestion? Nous croyons lui rendre justice en adoptant le dernier soupçon.

Mais, quel qu’ait été son motif, on doit profondément gémir de voir un homme d’un aussi grand atlent soumettre sa plume énergique à des intérêts de parti qui ne sont pas même les siens. Indifférents au choix de leurs sujets, c’est aux avocats j

décriés à tout plaider, en désespoir de cause : l’homme éloquent a trop à perdre en cessant de se respecter; et cet écrivain l’est beaucoup.

Notre estime pour sa personne a souvent retenu l’indignation qui nous gagnait en écrivant. Mais si, malgré la modération que nous nous étions imposée, il nous est échappé quelque expression qu’il désapprouve, nous le prions de nous la pardonner. La célérité d’une réponse qu’exigeait son mordant écrit ne nous a pas permis d’être moins long, ni plus châtié. Aussi, de notre part, n’est-ce pas assaut d’éloquence, mais discussion profonde et nécessaire de la bonté d’un établissement qu’il a voulu rendre douteuse. Nous avons combattu ses idées, sans cesser d’admirer son style. Heureux si la langueur du nôtre ne prive pas la vérité de l’attrait que la beauté du sien avait su prêter à l’erreur !

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