‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 690 sur 803 · Par M. Dupont de Nemours · texte numérisé non relu

Par M. Dupont de Nemours

lecture ayant fait naître en moi le désir le plus vif de le relire lentement: ce que je ne nommerai pas une relate, mot impropre et barbare qui se glisse dans le français, sans qu’on puisse deviner ce qui l’a pu faire adopter comme tant d’autres qui corrompent la première langue de l’Europe.

Votre discours est purement écrit, plein de traits brillants, de vues, de connaissances approfondies sur les véritables intérêts qui militent pour ou contre cet accroissement de puissance. Mais la partie politique n’est point celle dont je veux vous entretenir aujourd’hui : son vrai mérite littéraire est ce qu’il nous convient de traiter entre nous deux hommes de lettres, dont l’un commence sa carrière, quand l’autre touche à la fin de la sienne.

Votre discours a l’éclat oratoire qui l’eût rendu très-entraînant à la première des tribunes, et qui me l’a fait dévorer. Si, pour m’acquitter envers vous du plaisir qu’il m’a fait, vous me permettez quelques observations qui ne doivent qu’être agréables à un homme d’un grand talent, je vous dirai que cet éclat, ce mérite qui vous honore, est pourtant le moindre de ceux qui m’ont frappé dans votre ouvrage.

De cela seul que vous l’avez nommé discours, je vois que, pour le rendre plus rapide et brillant, vous avez jeté dans vos notes une foule de choses fortes qui, répandues dans le corps de l’ouvrage, lui eussent mérité ce nom d’ouvrage bien préférable au but que vous avez rempli, celui de donner une haute idée de votre talent oratoire, quand vous pouviez élever ce discours à l’honneur d’être regardé comme un ouvrage aussi instructif que profond, en faisant seulement rentrer vos belles notes dans le texte. Et ne croyez pas, écrivain, que vous l’eussiez rendu par là plus languissant ; elles auraient nourri, varié les idées que vous présentez comme vôtres ; elles auraient porté jusqu’à la conviction les choses dont vous voulez persuader vos lecteurs, en y joignant l’autorité de tant d’écrivains respectés, dont vous vous appuyez vous-même.

En général, je ne suis point l’ami des notes étendues et très-multipliées ; c’est un ouvrage dans un ouvrage, qui les amoindrit tous les deux. Un des secrets de l’art d’écrire, en matière sérieuse surtout, est, selon moi, le beau talent de réunir dans le sujet qu’on traite tout ce qui tend à renforcer sa consistance; l’isolation des notes en affaiblit l’effet.

Enfin, pour terminer ce radotage d’un vieillard à qui votre discours a donné de l’estime pour vous, je vous dirai que cette estime a beaucoup augmenté en voyant dans vos notes avec quel soin vous avez étudié, dans toutes les langues de l’Europe, les grands auteurs qui ont traité les mêmes sujets avant vous. J’aime, dans un homme de votre âge, cette preuve donnée du soin qu’il a pris de s’instruire avant de parler au public. Et ma re-

LETTRES

marque, un peu sévère, sur la séparation de vos notes savantes d’avec votre texte éloquent, montre, à tout bon esprit qui sait vous apprécier, que vous êtes loin d’avoir fait tout ce qu’on a droit d’attendre d’un homme qui débute ainsi.

Après avoir parlé de la forme de votre ouvrage, dans un temps plus tranquille nous dirons quelques mots du fond. Je suis de votre avis presque sur Jout ce que vous avancez ; et ce en quoi nous différons me semble abandonné au hasard des événements, plutôt que soumis aujourd’hui à des règles bien positives. Je vous félicite pour vous, en vous remerciant cour moi.

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