AU PROPRIÉTAIRE DU « BIEN-INFORMÉ
Ce 14 brumaire an VI (4 novembre 1797).
Citoyen,
Lorsque, pour succéder au journal le plus ins-
LETTRES
tructif de la France, et le seul qu’on pût assimiler au Spectateur du célèbre Addison [l’Historien1), on se donne le titre de Bien-Informé , l’on ne doit pas laisser charger sa feuille, sur quelques points qui intéressent le public, du ramassis des platitudes que l’ignorance débite dans les rues.
Les accidents, quels qu’ils puissent être, que vous imputez à la compagnie des eaux de Paris, laquelle depuis longtemps n’existe plus, et qui, lorsque ses établissements étaient dirigés par les frères Terrier , n’avait fait au public aucune des absurdes promesses dont votre commis Yinformeur (on ne peut plus mal informé ) nous informe par vous, d’un ton qui n’était pas celui de votre prédécesseur ; ces accidents, dis-je, ne la concernent point.
Cette compagnie s’honorait d’avoir surpassé les Anglais dans l’art de répandre à grands flots, par les machines à feu et des conduites combinées, tant de fer fondu que de bois, dans tous les quartiers de Paris, l’eau si indispensable à la salubrité de l’air, à la propreté des maisons, à la commodité des habitants d’une cité immense ; elle avait réussi à la faire aborder partout, au quart moins de frais pour chacun que le peu qu’on en obtenait par les porteurs d’eau à bretelles. Ceci n’est point un texte à des bouffonneries.
Les désordres occasionnés par les temps révolutionnaires ont détruit cette compagnie, et suspendu plusieurs années le beau service des machines. Pendant ce temps, plus de quarante mille toises de tuyaux se sont desséchés et fendus. Le département de Paris s’occupe aujourd’hui du soin de les réparer à grands frais. Telle est la cause malheureuse de plusieurs accidents possibles, lesquels ne devaient pas fournir l’idée d’un article aussi pitoyablement fait que le remplissage inséré contre la compagnie Perrier dans une feuille à laquelle vous prétendez donner quelque réputation. Ce n’est point là le ton qu’un bon journaliste doit prendre, s’il ne veut être rejeté dans la classe des regrattiers compositeurs de feuilles peu décentes dont nous sommes très-dégoûtés.
Cette lettre est d’un homme qui respectait le citoyen Dupont, et voudrait estimer son continuateur.
Caron Beaumarchais, l’un des premiers actionnaires de futile entreprise des eaux, et votre abonné.