‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 695 sur 803 · ROMANCE · texte numérisé non relu

ROMANCE

Comme j’aimais mon ingrate maîtresse, Quoiqu’elle fût sans amour ni pitié ;

Quoiqu’elle crût trop payer ma tendresse,

En m’accablant de sa froide amitié !

Je lui disais : Cette beauté si rare,

Pour mon tourment, tu la reçus des dieux;

Et je mourrai, si ton cœur ne répare

Les maux cruels que m’ont faits tes beaux yeux.

Donne au plaisir le printemps de ta vie :

Un âge vient où l’on se sent vieillir;

La fleur d’amour alors peut faire envie, Les sens glacés ne peuvent la cueillir.

Je vois d’amants une troupe légère Lui prodiguer son encens et ses vœux; C’est vainement, la cruelle aime à faire Mille rivaux, et pas un seul heureux.

Elle soutient qu’ Amour est un délire.

Fils du Désir et de la Vanité.

L’ingrate ainsi veut renverser l’empire Qui seul élève un trône à sa beauté!

J’allais mourir; mais la jeune Silvie Offre à mon cœur jouissance et beauté.

Pardonne, Amour! mon retour à la vie Sera le prix d’une infidélité.

Quoi ! je la fuis, et je soupire encore ; Pour l’oublier mes soins sont superflus: A ma douleur je sens que je l’adore, Même en jurant que je ne l’aime plus.

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