‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 705 sur 803 · ET CHANSONS · texte numérisé non relu

ET CHANSONS

Sur mon tambour brodant mieux que moi-même, Veux-jeun fleuron,

Jamais il n’a dit non.

En plus d’une façon Il sait faire son thème :

S’il badine au feston,

Quand il travaille au fond.

Toujours, toujours, il est toujours le même.

II n’est ici fdle ou femme qui n’aime Mon beau garçon ;

Beau, c’est-à-dire bon.

La dame du canton,

Connaisseuse, n’en chême :

Mon cœur n’est point jaloux;

Car, en rentrant chez nous,

Toujours, toujours, il est toujours le même.

Pour en juger, il faudrait être à même;

On n’a rien vu Quand on ne l’a pas eu :

Les filles de Jésu,

Du couvent d’Angoulême,

Ont plus d’un an vécu Avec mon superflu ;

Toujours, toujours, il est toujours le même.

Pour l’éprouver j’ai plus d’un stratagème :

Je vois souvent Qu’il vient le nez au vent;

J’affecte, en lui parlant,

Une froideur extrême ;

Je change de propos,

Je lui tourne le dos :

Toujours, toujours, il est. toujours le même.

Bobin, dansons ce branle que tant j’aime!

Sans le presser,

Robin vient le passer.

Robin, j’en veux danser Un second, un troisième;

Je veux recommencer,

Je ne veux plus cesser :

Toujours, toujours, il est toujours le même.

Comment, toujours! dit un grand monsieur blême, On le croira,

Mais quand on le verra ;

Nos sœurs de l’Opéra Résoudront ce problème ;

Messieurs, je n’en sais rien;

Ce que je sais fort bien,

Toujours, toujours, il est toujours le même.

Hier au soir, viens, dit-il, que je t’aime !

Robin, hélas!

Cela ne se peut pas.

A moi des embarras ?

Parbleu, le beau système!

Porte ton compliment

MÉLANGES, VERS ET CHANSONS

Au nouveau parlement,

Toujours, toujours, il est toujours le même.

Enfin un jour : Voyons, dis-je en moi-même, Par mon labeur,

Si j’en serai vainqueur ;

J’en arrachai le beur,

Le lait après la crème;

Je lui tordis le bec :

Je le croyais à sec;

Toujours, toujours, il est toujours le même.

Robin sur moi règne, a le rang suprême : C’est par mon choix Qu’il m’a donné des lois;

C’est la leçon des rois :

Leur sceptre ou diadème Souvent brise en leur main;

Mais celui de Robin,

Toujours, toujours, il est toujours le même.

Le plaisir va comme j’te pousse ;

Mais not’ seigneur,

Qui sait c’qui faut zau cœur Leux fait la cadence du pouce :

« Allez, m’s enfants (jarni),

« Boutez-vous d’dans (s’fit-i’),

« Sans le mariag’ rien n’se féconde. »

Et v’ià comm’, d’un seul mot (pargué),

Not’ ben-aimé Chariot (morgué)

Vous fait zengrainer l’pauvre monde!

L’hiver passé, j’eut un maudit procès Qui m’donna ben d’là tablature !

J’m’en vas vous l’dire : i’ m’avions mit exprès Sous c’te nouvell’ magistrature.

Chariot venait (jarni),

Me consolait (s’fit-i’) :

« Ami, ta cause est bonne et ronde. «

Ah ! comme i’ m’ont jugé (morgué) !

V’là-t-i’ pas qu’est bien chié (chanté)?

Est-c’ qu’on blâme ainsi l’pauvre monde?

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