SCÈNE Y
JEAN BÊTE, ARLEQUIN en ours , ISABELLE.
Ah ! sainte Jérusalem ! c’est mon cher z’amanl.
JEAN BÊTE
Pardon ! charmante Zirzabelle, si j’ai fiché le tour à monsieur votre père et à Gilles ; c’est pour à cette fin de les renvoyer sains et saufs, et que nous puissions parler un moment de notre flamme à la face des oiseaux du ciel et de la terre.
ISABELLE
Personnage aimable, redressez-vous.
JEAN BÊTE
Vous savez que le don de mon cœur vous est dû z’à plus d’un titre; permettez-moi de vous le faire encore une fois à genoux, et de vous le renouveler mille fois.
ISABELLE
Je le veux ben ; mais, si vous connaissiez mes peines, elles sont bien différentes de ma personne, car je vous en cache plus de la moitié.
JEAN BÊTE
Non, ne me cachez rien, je veux tout voir, je veux tout savoir.
ISABELLE
J’ai t’eu beau dire à mon ch’ père que le destin me destine à filer ma destinée z’avec vous, que je n’ai pu défendre mon cœur, que vous me l’avez pris ; z’il prétend qu’avec le même entregent beaucoup d’autres peuvent me le prendre aussi ce qui me console, c’est que z’on ne me mariera pas sans que je dise : oui. Mon cher père fera tout comme il l’entendra, ça m’est indubitable; mais z’en fait de mariage (en déclamant ) :
Quand je devrais m’en repentir,
«amais autre que vous n’aura mon consentir.
JEAN BÊTE
Ah ! charmante Zirzabelle!
ISABELLE
Monsieur Jean Bête, ce que vous allez me répondre est plein d’esprit : mais quoique vous me fassiez grand plaisir, retirez-vous, retirez-vous, pour Dieu ! retirez-vous. Mon père est colérique et rusé ; s’il revenait z’avec Gilles, quelque chemin que vous prissiez, z’ils vous le couperaient tout net. Qu’est-ce que je deviendrais? vous m’alarmez, vous me déchirez les entrailles! retirez-vous, retirez-vous, pour Dieu! retirez-vous