‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 718 sur 803 · JEAN BÊTE A LA FOIRE, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

JEAN BÊTE A LA FOIRE, SCÈNE VI

JEAN BÊTE. I

Ne craignez rien, charmante Zirzabelle, et permettez que mes gens fassent le coquecigrue z’autour de nous pendant que je vous en conterai.

ISABELLE

Mais combien sont-ils donc à faire le guet?

JEAN BÊTE

Soyez tranquille : ils sont un.

ISABELLE

Qu’ils veillent donc tous ensemble exactement.

Est-ce que je voudrais vous exposer? croyez que je suis aussi sûr d’eux que de moi, c’est z’Arlequin.

ISABELLE

Mais qu’eux ressources avons-nous donc?

JEAN BÊTE

Qu’eux ressources? ne nous reste-t-il pas l’enlèvement, la fuite, le rapt, l’adultère, la désolation, la tribulation, etc., etc., sans le reste.

ISABELLE

Ah ! mon cher z’amant, ce sont des petites niches que je serais t’au désespoir de vous faire; cependant, monsieur Jean Bête, en votre absence les siècles me paraissent des jours, et si de colère je fais mes quatre repas, en revanche ma douleur est cause que je ne peux pas fermer l’œil de la journée.

JEAN BÊTE

Et moi qui ne saurais boire ni manger les trois quarts de la nuit. J’aurai l’honneur de vous faire t’enlever par mon valet z’Arlequin, et pourvu que vous ne vous effrayiez pas du bruit...

ISABELLE

M’effrayer du bruit, cher z’amant! ma mère m’a toujours dit que j’étais fille légitime du régiment Royal-Canon, z’et que monsieur le bonhomme Cassandre n’était que mon père z’apocryphe, autrement dit, mon bâtard : jugez.

ARLEQUIN, ôtant sa tête d’ours.

Doucement, doucement, monsieur mon maître, que chacun file sa corde, s’il vous plaît!

JEAN BÊTE

Pourquoi donc prends-je un valet, maraud? est-ce pour me servir moi-même? j’ai t’une maîtresse à z’enlever, je veux que tu me l’enlèves.

ARLEQUIN

Pour quinze francs de gages par an, il faut que tout le gros ouvrage de la maison me tombe sur le corps.

JEAN BÊTE

Je te remettrai z’en ours.

ARLEQUIN

Êtes-vous ben lourde, mamzelle?

ISABELLE

A peu près comme deux personnes, pas tout à fait encore.

ARLEQUIN faisant le geste de la prendre par les reins pour la charger sur son épaule.

Allons, venez ça moi, j’ai de la z’humanité.

ISABELLE, criant.

Eh ben donc, ben donc! z’insolent! est-ce qu’on z’enlève une demoiselle de condi tion cul par dessus tête, les quatre pattes en l’air comme un chat retourné ?

ARLEQUIN, regardant derrière lui , crie :

Sauve qui peut, voilà le vieux vilain !

Ah! j’entends Gilles qui jure, et mon père qui raquillonne.

JEAN BÊTE

Tâche de les dissuader du chemin, z’Arlequin! que j’aie le temps de me sauver et d’employer un autre tartagène...

ARLEQUIN, les poussant chacun d’un côté.

Tirez, la belle; détalez, le galant, v’ià justement z’une assiette cassée dans ce coin-là : je vas me déguiser en raccommodeux de faïence, et m’amuser à leurs dépens.

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