‹ Œuvres compleÌ€tes de Beaumarchais.: Nouv. éd., augmentée de quatre pieÌ€ces de théatre et documents divers inédits, avec une introductionChapitre 795 sur 803 · APOLOGUE · texte numérisé non relu

APOLOGUE

Quel vertige, enfants, vous entraîne A courir ainsi le buisson,

A déchirer toute la laine Dont le tondeur fait sa moisson?

Disait la brebis attendrie Aux agnelets de la saison.

— Nous détestons la tyrannie,

Et déchirons notre toison Pour éviter l’ignominie D’enrichir un maître inhumain Qui nous dépouille de sa main.

Maman, dans l’ordre de nature,

Lui devons-nous notre tonture?

Quel droit aurait-il d’avoir tort?

— Mes enfants, il est le plus fort.

C’est le premier des droits ; on l’ignore à votre âge. —Ah! dit un agnelet, bondissant de courage: Laissez, laissez venir les cornes de Robin :

Il vous délivrera de ce joug tyrannique,

Comme Hancok, Adam et Franklin En ont délivré l’Amérique.

— Mon fils, dit la brebis, tel s’y veut engager,

Qui trop souvent en est victime;

Et la révolte est un grand crime,

A moins de pouvoir tout changer.

De deux maux évitons au moins le plus funeste: Livrons-nous aux ciseaux, crainte du coutelas.

Si l’on nous tue, enfants, on nous tondra de reste. Si l’on nous tond, peut-être on ne nous tuera pas.

1. Beaumarchais aimait ce genre, dont il a dit, d’après La Fon-

taine, dans sa préface du Mariage de Figaro : « La fable est une comédie légère, et toute comédie est un long apologue. » Ed. F.

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