‹ Œuvres comples de P.-J. BangerChapitre 100 sur 172 · LES CINQ ETAGES · texte numérisé non relu

LES CINQ ETAGES

Ain : I)(()i.'i cette ])iaiso)i à cjuiiize ans; (III J'étais bon chasseur autrefois.

Dans la soupente du portier Je naquis au rez-de-chaussée.

Par tous les laquais du quartier, A quinze ans, je fus pourchassée.

Mais l)ientôt un jeune seigneur M'enlève à leur doux caquetage.

Ma vertu me vaut cet honneur; Et je monte au premier étage.

Là, dans un riche appartement.

Mes mains deviennent des plus l)lancIle^•

Grâce à Tor de mon jeune amant.

Là, tous mes jours sont des dimanches;

Mais, par trop d'amour emporte,

II meuit. Ah! jjour moi (picl veu\ai;e!

Mes pleurs respectent ma beauté;

Et je monte au deuxième étage.

Là, je trompe un vieux (kic et pair Dont le neveu touche mon àme :

Ils ont d'un feu payé bien cher.

L'un la cendre et l'autre la flanune.

Vient un danseur; nouveaux amours!

La noblesse alors déménage.

Mon miroir me sourit toujours; Et je monte au troisième étage.

Là, je plume un bon gros Anglais, Qui me croit et veuve et baronne:

Puis deux linanciers vieux et laids:

3Ième un prélat. Dieu me pardonne!

^lais un escroc que je chéris ^le vole en parlant mariage.

Je perds tout; j'ai des cheveux gris, Et je monte encore un étage.

Au quatrième, autre jneliei'.

Des nièces me sont nécessaires; Nous scandalisons le ({uartier, Nous nous moquons des conunissaiies.

1)1-: i{KUA>(ii:u.

Mangeant mon pain à la vapeur, Des plaisirs je fais le ménage.

Trop vieille enfin je leur fais {)eur Et je monte au cin(|uième étage.

Dans la mansarde me voilà, Me voilà pauvre balayeuse.

Seule et sans feu, je finis là Ma vie au printemps si joyeuse.

Je conte à mes voisins surpris -Ma fortune à dillérents âges, Et j'en trouve encor des débris En balayant les cinq étages.

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