‹ Œuvres comples de P.-J. BangerChapitre 101 sur 172 · L'ALCHIMISTE · texte numérisé non relu

L'ALCHIMISTE

Au: (le In liuiim vieille , ou d'Aiistiiqie.

Tu vas, dis-tu, vieux et pauvre alchimiste,

Tirer de l'or des métaux indigents,

Et, faisant plus pour moi que l'âge attriste,

:Me rajeunir par de secrets agents.

.l'ouvre ma boui-se à ta science occulte.

Mon cœur crédule au grand œuvie a recours.

(Chacun pourtant conservera son culte :

Tout l'or pour toi, mais rends-moi mes beaux jour

n CHANSOiNS

Sur ce brasier souffle donc en silence,

Ou d'un vieux livre interroge les mots " .

Ton art est sûr; le Pactole et Jouvence

Dans ce creuset vont marier leurs flots.

L'œil sur ce feu, que tu rêves de choses!

A'ois-tu déjà le sourire des cours?

3Ioi, pour mon front je n'attends que des roses.

Tout l'or pour toi, mais rends-moi mes beaux, jours.

Ivre d'espoir, quel délire t'égare!

u 0 rois, dis-tu, baisez mes pieds poudreux.

» J'aurai plus d'or que Cortez et Pizarre

)) N'en ont conquis pour d'autres que pour eux. »

Naguère encor, toi qui vivais d'aumônes,

Déjà l'orgueil rugit dans tes discours.

Achète au poids et sceptres et couronnes.

Tout Por pour toi, mais rends-moi mes beaux jours.

Oui, rends-moi-les avec leur indigence; Kends à mon àme un corps plus vigoureux. A mon esprit ote l'expérience; Souffle en mon cœur un sang plus généreux. Puis t'échappant de ton palais de marbre, En char pompeux bercé sur le velours.

Vois-moi dormn-, heureux au pied d'un arbre. Tout l'or pour toi, mais rends-moi mes beaux jours.

Je sais pourtant ce que vaut la richesse; Mais j'aime encor; je possède et, cent fois, J'ai craint de voir ma trop jeune maîtresse Compter mes ans et les siens par ses doigts.

1)1-: HEHA\(. i:U. 237

C'est du soleil (|iii sied à sa peau brune;

C'est de l'été ({u'il faut à nos amours.

Celle que j'aune est sourde à la fortune.

Tout Toi" j)our toi, mais rends-moi mes beaux jours.

Mais au creuset ta main que trouve-t-elle? Rien! te voilà plus pauvre et moi plus vieux. « Non , non , dis-tu ; demain , lune nouvelle ; » Recommençons; demain nous serons dieux. » Tu mens, vieillard; mais d'erreurs caressantes J'ai tant besoin, que je te crois toujours. Sur mon front nu, vois ces rides naissantes. Tout l'or pour toi, mais rends-moi mes beaux jours.

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