‹ Œuvres comples de P.-J. BangerChapitre 136 sur 172 · DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

DE L'AUTEUR

LE CENSEUR

J'ai été au contraire forcé d'indiquer la suppression d'un grand nombre.

COLLÉ , feuilletant son manuscrit.

Quoi, monsieur! vous exigez que je retranche

( Ici le papier endommagé ne permet que de deviner le titre des chansons supprimées par le censeur, )

LE CENSEUR

Vous n'avez pas dû penser que cela passerait à la censure.

COLLÉ

, Elles ont bien passé ailleurs.

LE CENSEUR

Raison de plus.

COLLÉ

Pardonnez ; je ne connaissais pas bien encore les raisons d'un censeur.

LE CENSEUR

Examinons avec sang-froid les deux genres de chansons qui m'ont contraint à la sévérité. D'abord, pourquoi, dans des vaudevilles, mêlez- vous toujours quelques traits de satire relatifs aux circonstances?

COLLÉ

Que ne me demandez-vous plutôt pourquoi je fais

des vaudevilles? La chanson est essentiellement du parti de l'opposition. D'ailleurs, en frondant quelques abus qui n'en seront pas moins éternels, en ridiculisant quelques personnages à qui l'on pourrait souhaiter de n'être que ridicules, ai-je insulté jamais à ce qui a droit au respect de tous? Le respect pour le souverain paraît-il me coûter?

LE CENSEUR

Mais les ministres, monsieur, les ministres! Si à Naples l'on peut sans danger ofîenser la Divinité, il n'y fait pas bon pour ceux qui parlent mal de saint Janvier.

COLLÉ

Je le conçois : à Naples, saint Janvier passe poui' faire des miracles.

LE CENSEUR

Vous y seriez aussi incrédule qu'à Paris.

COLLÉ

Dites aussi clairvoyant.

LE CENSEUR

Tant pis pour vous, monsieur. Au fait, de quoi se mêlent les faiseurs de chansons? Vous en pouvez convenir avec moins de peine qu'un autre : les chansonniers sont en littérature ce (|ue les ménétriers sont en musique.

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