‹ Œuvres comples de P.-J. BangerChapitre 137 sur 172 · K L'AUTEL' H · texte numérisé non relu

K L'AUTEL' H

Je Tai dit c-enl fois avant vous. Mais convenez, à votre tour, qu'il en est quelques-uns qui ne jouent pas du violon pour tout le monde. Plusieurs ne seraient pas indignes de faire partie de la musique dont le grand Condé se servait pour ouvrir la tranchée *, et tous deviennent utiles lorsqu'il s'agit de faire célébrer au peuple des triomphes dont sans eux fort souvent il ne sentirait que le poids.

LE CENSEUR

Je n'ai point oublié la jolie chanson du Port- Mahon. Monsieur Collé, ce n'est pas à vous qu'on reprochera V anglomanie ; mais cela ne suffît pas. Pourquoi, par exemple, vous être fait Tapôtre de certains principes d'indépendance qu'il vaudrait mieux combattre?

J'entends de quelles idées vous voulez parler. Combattre ces idées, monsieur! il n'y aurait pas plus de mérite à cela qu'à faire en Prusse des épigrammes contre les capucins. Ne trouvez-vous pas même que la plupart de ceux qui attaquent ces idées, qui peut-être au fond sont les vôtres, ressemblent à des aveugles qui voudraient casser les réverbères?

* Le grand Condé ouvrit la tranchée devant Lériria au son des violons et des hautbois.

LE CENSEUR

Je suis de votre avis, si vous voulez dire qu'ils frappent à côté. Mais revenons à vos chansons. Tout le monde rend justice à la loyauté de votre caractère, à la régularité de vos mœurs; et je pense qu'il sera aisé de vous convaincre du tort que vous feraient certaines gaillardises que je vous engage à faire disparaître de votre recueil.

C'est parce que je ne crains point qu'on examine mes mœurs que je me suis permis de peindre celles du temps avec une exactitude qui participe de leur licence *.

LE CENSEUR

Vos tableaux choqueront les regards des gens rigides.

COLLÉ

La Chasteté porte un bandeau.

LE CENSEUR

Elle n'est pas sourde, et le ton libre de plusieurs de vos chansons peut augmenter la corruption dont vous faites la satire.

* Plusieurs de ces raisonnements se retrouvent dans une notice piquante et spirituelle placée en tète du recueil complet des cliansons de Collé, publié par M. Auger, censeur et membre de l'Académie française.

DK l/AUTEl R. 3J5

COLLÉ

Quoi! comme Ta dit le bon La Fontaine,

Les mères, les maris me prendront aux cheveux

Pour dix ou douze contes bleus 1

Voyez un peu la belle affaire !

Ce que je n'ai pas fait mon livre irait le faire !

LE CENSEUR

L'autorité d'un grand homme est déplacée ici. Il ne s'agit que de bagatelles que vous pouvez sacrifier sans regret.

COLLÉ

En avez-vous de les connaîtie?

LE CENSEUR

Je ne dis pas cela.

COLLÉ

En étes-vous moins censeur et très-censeur?

LE CENSEUR

Je vous en fais juge.

COLLÉ

Eh bien ! après avoir lu ou chanté en secret mes couplets les plus graveleux, les prudes n'en auront pas plus de charité, et les bigots pas plus de tolérance. Laissez à ces gens -là le soin de me mettre

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