‹ Œuvres comples de P.-J. BangerChapitre 43 sur 172 · LA VERTU DE LISETTE · texte numérisé non relu

LA VERTU DE LISETTE

Ain : Je loge ou quatrième étage.

Quoi ! de la vertu de Lisette

Vous plaisantez , dames de cour !

Eh bien ! d'accord : elle est grisette ;

C'est de la noblesse en amour, [bis.)

Le barreau, l'église et les armes,

De ses yeux noirs font très-grand cas.

Lise ne dit rien de vos charmes ; ) , .

bis.

De sa vertu ne parlons pas. \

D'avoir fait de riches conquêtes L'osez- vous bien railler encor, Quand le peuple hébreu dans ses fêtes Vous voit adorer son veau d'or?

L'empire a, pour plus d'un service, Longtemps soudoyé vos appas.

Lise est mal avec la police ; De sa vertu ne parlons pas.

Point de cendre si bien éteinte Qu'elle n'y retrouve du feu ; Un marquis dont la vie est sainte Veut à la cour la mettre en jeu .

Par elle illustrant son mérite, Sur les ducs il aura le pas.

Lisette sera favorite ; De sa vertu ne parlons pas.

Çà, mesdames les dénigrantes, Si cet honneur vient la trouver, Vous vous direz de ses parentes, Vous ferez cei'cle à son levei-.

Mais dût son triomphe et ses suites De joie enfler tous les rabats, Se confessàt-elle aux jésuites, De sa vertu ne parlons pas.

Croyez-moi, beautés monarchiques,

Le mot vertu , dans vos caquets ,

Resseml)le aux grands noms historiques

Que devant vous crie un laquais, [bis.)

Les échasses de l'étiquette

Guindent bien haut des cœurs bien bas :

De la cour Dieu garde Lisette ! 1 . ^ 1 bis.

De sa vertu ne parlons pas. )

ni-: UKI\\^^.KR. 97

LE VOYAGEl R.

Air ■■ l'iiis on est de finis, plus »n rif (sans la reprise finale). LE VIEILLARD.

Voyageur, dont Tàge intéresse, Quel chagrin flétrit tes beaux jours?

LE VOYAGEUR

Bon vieillaid, i)laignez ma jeunesse.

En butte aux orages des cours.

LE VIEILLARD

Le sort est injuste sans doute, .Afais n'est pas toujours rigoureux.

Dieu qui m'a jilacé sur ta route.

Dieu t'oflVo un ami (bis)-, sois heureux.

LE VOYAGEUR

3Ies maux sont de tristes exemples Du pouvoir des dieux d'ici- bas.

Bientôt le crime aura des temples ; Des palais il doit être las.

LE VIEILLARD

Prends mon bras, car un long voyage Endolorit tes pieds poudreux.

Comme toi j'errais à ton âge.

Dieu foiïre un ami (his): sois heureux.

LE VOYAGEUR

Quand j'invoquai dans la tcnipèli* Ce Dieu qu'on dit si consolant, Les poip;nards levés sur ma tète Portaient gravé son nom sanglant.

LE VIEILLARD

Te voici dans mon ermitage; Yersons-nous d'un vin généreux.

Ilélas! mon fils aurait ton âge.

Dieu t'olîre un ami {bis); sois heureux.

LE VOYAGEUR

Non, il n'est point d'Être suprême, Qui seul peuple l'immensité, Et cet univers n'est lui-même Qu'une grande inutilité.

LE VIEILLARD

Vois ma fille, à qui ta détresse Arrache un soupir douloureux :

Elle a consolé ma vieillesse.

Dieu t'olVre un ami [bis); sois heureux.

LE VOYAGEUR

Dans cette nuit profonde et triste Ce Dieu vient-il guider nos pas?

Eh! qu'importe enfin qu'il existe, Si j)Our lui nous n'existons pas?

LE VIEILLARD

Voici ta couche et ta demeure ; Chasse tes rêves ténébreux.

DK BKRANGKH.

Tiens-moi lieu du lils (jue je pleure.

Dieu t'ollVe un ami [his]; sois lieureux.

L'étranger reste; il plaît, il aime, Et de Heurs bientôt couronné, Époux et père, il va lui-même Dire à plus d'un infortuné :

K Le sort est injuste sans doute.

Mais n'est pas toujours rigoureux.

Dieu qui m'a placé sur ta route.

Dieu t'oiïrc un ami {his); sois heureux. »

OCTAYIE,

Air des Comédiens.

Viens jiarmi nous, qui brillons de jeunesse. Prendre un amant, mais couronné de fleurs; Viens sous l'ombrage, oi^i, libre avec ivresse, La Volupté seule a versé des pleurs.

Ainsi j)arlaient des enfants de l'empire A la beauté dont Tibère est charmé.

Quoi! disaient-ils, la colombe soupire Au nid sanglant du vautour affamé I

0 cHA^so^s

Belle Octavie! à tes fêtes splendides, Dis-nous , la joie a-t-elle jamais lui ? Ton char, traîné par six coursiers rapides. Laisse trop loin les Amours après lui.

Sur un vieux maître, aux Romains qu'elle outrage, Tant d'opulence annonce ton crédit; Mais sous la i)ourpre on sent ton esclavage ; Et, tu le sais, l'esclavage enlaidit.

^larclie aux accords des lyres pai'asites; Que par les grands tes vœux soient épiés. Déjà, dit-on, nos prêtres hypocrites Ont de leurs dieux mis l'encens à tes pieds.

Mais à la cour lis sur tous les visages. Traîtres, flatteurs, meurtriers, vils fa([uins. D'impurs ruisseaux, gonflés par nos orages. Font déborder cet égout des Tanjuins.

Tendre Octavie, ici rien n'efïarouche Le dieu qui cède à qui mieux le ressent. Ne livre plus les roses de ta bouche Aux baisers morts d'un fantôme impuissant.

Viens parmi nous, qui brillons de jeunesse, Prendre un amant, mais couronné de fleurs; Viens sous l'ombiage, où, libre avec ivresse, La Volupté seule a versé des pleurs.

Accours ici purifier tes charmes :

Les délateurs respectent nos loisirs.

DE HKKANGKU. 101

Tous à leur prince ont prédit que nos armes Se rouilleraient à l'ombre des plaisirs.

Sur les coussins où la douleur l'encliaine, Quel mal, dis-tu, vous fait ce roi des rois? Yois-le d'un mascpie enjoliver sa haine, Pour étoutler notre gloire et nos lois.

Vois ce cœur faux, que cherchent tes caresses. De tous les siens n'aimer que ses aïeux ; Chai'ger de fers les muses vengeresses, Et par ses mœurs nous révéler ses dieux .

Peins-nous ses feux, qu^en secret tu redoutes. Quand sur ton sein il cuve son nectar. Ses feux infects dont s'indignent les voûtes Où plane encor l'aigle du grand César.

Ton sexe faible est oublieux des crimes ; Mais dans ces murs ouverts à tant de pleuis, N'entends-tu pas des ombres de victimes 3Iêler leurs cris à tes soupirs trompeurs?

Sur le tyran et sur toi le ciel gronde : Avec les siens ne confonds plus tes jours. Ah! trop souvent la liberté du monde A d'un Ions deuil affligé les Amours.

Viens parmi nous, qui brillons de jeunesse, Prendre un amant, mais couronné de fleurs; Viens sous l'ombrage, où, libre avec ivresse. La Volupté seule a versé des pleurs.

Page 1