‹ Œuvres comples de P.-J. BangerChapitre 82 sur 172 · L'ANGE GARDIEN · texte numérisé non relu

L'ANGE GARDIEN

An; : Jddis un cclrhre empereur.

A riiospice un gueux tout pcMclus Voit apparaître son l)on ange ; (iaîment il lui dit : Ne faut plus Que Votre Altesse se dérange.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez- vous i)ien.

Sur la paille, né dans un coin, Suis-je enfant du Dieu qu'on nous prêche Oui, dit l'ange; aussi j'eus grand soin Que ta paille fût toujours fraîche.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez-vous bien.

Jeune et vivant à l'abandon, L'aumône fut mon patrimoine.

Oui, dit l'ange, et je te fis don Des trois besaces d'un vieux moine.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez-vous bien.

Soldat bientôt, courant au fou.

Je perdis une jambe en route.

(:ha>so>s

Oui, dit range; mais avant peu Cette jambe aurait eu la goutte.

Tout compté , je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez-vous bien.

Pour mes jours gras, du vin fraudé >Iit le juge après mes guenilles.

Oui, dit l'ange; mais je plaidai :

Tu ne fus qu'un an sous les grilles.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez-AOus bien.

Chez Vénus j'entre en maraudeur; C'est tout fruit vert ([ue j'en rapporte. Oui, dit l'ange; mais, par pudeur, Là, je te quittais à la porte.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez-vous bien.

rVun laidron je deviens l'époux.

Priant qu'il ne soit que volage.

r)ui, dit l'ange; mais nul de nous Ne se mêle de mariage.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez- vous bien.

Vieillard, alTranclii de regrets, Au terme heureux enfin atteins-je?

Oui, dit l'ange, et je tiens (ont prêts De Phuile, un prêtre et du vieux linge.

I)K lîERAAGKU.

ïoiil compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez-vous bien.

De Tenfer serai-je lial)ilanl.

Ou droit au ciel veut-on que j'aille?

Oui, dit l'ange; ou bien non, pourtant Crois-moi, tire à la courte paille.

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez-vous bien.

Ce pauvre diable ainsi parlant Mettait en gaîté tout l'hospice.

Il éternue, et, s'envolant, L'ange lui dit : Dieu te bénisse!

Tout compté, je ne vous dois rien :

Bon ange, adieu; portez- vous bien.

Page 1