‹ Œuvres comples de P.-J. BangerChapitre 83 sur 172 · LA MOUCHE · texte numérisé non relu

LA MOUCHE

Air : Je Inr/c au (lualrihnc élage.

Au bruit de notre gaîté folle,

Au bruit des verres, des chansons,

Quelle mouche murmure et vole,

Et revient quand nous la chassons? {hh.)

C'est quelque dieu, je le soupçonne,

Qu'un peu de bonheur rend jaloux.

Ne souffrons point qu'elle bouidonne, |

Qu'elle bourdonne aulonr de nous. I

Iî)4 CHANSONS

Transforniéo en mouclie liidciisc, Amis, oui, c'est, j'en suis certain, La Raison, déilé grondeuse, Qu'irrite un si joyeux festin.

L'orage approche, le ciel tonne; Voilà ce que dit son courroux.

Ne soutfrons point qu'elle bourdonne, Ou'elle bourdonne autour de nous.

(Test la Raison ((ui vient me dire :

« A ton âge on vit en reclus.

» Ne bois plus tant, cesse de rire, » Cesse d'aimer, ne chante plus. « Ainsi son lieffroi toujours sonne Aux lueurs des feux les plus doux.

Ne souffrons point qu'elle bourdonne.

Qu'elle bourdonne autour de nous.

(rest la Raison ; gare à Lisette 1 Son dard la menace toujours.

Dieux ! il perce la collerette :

Le sang coule! accourez, Amours!

Amours, poursuivez la félonne; Qu'elle expire enfin sous vos coups.

Ne souffrons point qu'elle bourdonne, Qu'elle bourdonne autour de nous.

Victoire I amis, elle se noie Dans l'Aï que Lise a versé.

Victoire! et qu'aux mains de la Joie Le sceptre» enfin soit replacé, dm.)

DE IÎERA>C.KR.

Un soulïle él)ranle sa couronne:

Une niouclie nous troul)lait tous.

Ne craignons plus qu'elle bourdonne , Qu'elle bourdonne autour de nous.

LES LITINS DE MONTLHERI

Am ; Ce soir-là sous son ombrage.

A pied, la nuit, en voyaiie, Je m'étais mis a l'abri Contre le vent et l'orage.

Dans la tour de Montlhéii.

Je chantais, lorsqu'un long riie D'épouvante m'a glacé ;

Puis tout haut j'entends dire :

Notre règne est passé.

Des follets brillent dans Tombre,

Et la voix que j'entendais

Se mêle aux cris d'un gi-and nombre

De lutins, de farfadets.

Au bruit d'une aigre trompetti'

Le sabbat a commencé.

Plus haut la \oix répète :

Notie l'ègne est passé.

(( Non, dit la voix, plus de fêtes! » Esprits, vite délogeons.

» La Raison, par ses conquêtes, » Nous bannit des vieux donjons.

» Le monde a changé d'oracles ; » Nos prodiges ont cessé.

» L'homme fait les miracles ;

» Notre règne est passé.

» Nous donnâmes h la Grèce » Ces dieux créés pour les sens, » Dont Téternelle jeunesse » Vivait de fleurs et d'encens.

» Dans la Gaule encor sauvage » Pour nous le sang fut versé.

» Hélas! même au village

» Notre règne est passé.

» On nous vit, sous vos trophées,

» Paladins et troubadours,

» Enchaîner aux pieds des fées

» Les rois, les saints, les Amours.

I) La magie à notre empire

» Soumit le ciel courroucé.

» Des sorciers j'entends lire ;

» Notre règne est passé.

» La Raison nous exorcise; » Esprits, fuyons sans retour. »

La voix se tait... () surj)risc!

.Lai cru voir crouler la tour.

Do leur retraite clierie Tous ont lïii cruii vol pressé. Au loin la voix s'écrie :

Noti'c règne est passé.

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