‹ Œuvres comples de P.-J. BangerChapitre 97 sur 172 · LAIDEUR ET BEAUTE · texte numérisé non relu

LAIDEUR ET BEAUTE

A lit : ("est à mon nuiilrc m l'art de /ihiirr.

Sa trop grande l)eauté m'obsède; C'est un masque aisément trompeui.

Oui, je voudrais qu'elle fût laide, .Mais laide. laide à faire peur.

I)K HKKAA'GEH.

Belle ainsi laut-il (jiie je l'aime!

Dieu, reprends ce don éclatant; Je le demande à Tenfer même.

Qu'elle soit laide et que je Taime autant.

A ces mots m'apparaît le diable; C'est le pèfe tie la laideur :

« Rendons-la, dit-il, effroyable, » De tes rivaux trompons l'ardeui'. )) J'aime assez ces métamorphoses.

)) Ta belle ici vient en chantant :

» Perles, tombez; fanez- vous, roses.

» La voilà laide et tu Faimes autant. )'

Laide! moi! dit-elle, étonnée.

Elle s'approche d'un miroir.

Doute d'abord, puis, consternée.

Tombe en un morne désespoir.

(( Pour moi seul tu jurais de vivre, » Lui dis-je, à ses pieds me jetant : )) A mon seul amour il te livre.

» Plus laide encor, je t'aimerais autant. >-

Ses yeux éteints fondent en larmes, Alors sa douleur m'attendrit :

Ah! rendez, rendez-lui ses charmes.

Soit! répond Satan ([ui sourit.

Ainsi que naît la fraîche aurore.

Sa beauté renaît à l'instant.

Elle est, je crois, plus belle encore; Elle est plus belle et moi je l'aime autant.

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