A; CLARIS
V1LLENEUVE-SUR-L(i'l IMPRIMERIE EDOUARD CHABRIÉ
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AVERTISSEMENT
AVERTISSEMENT
NNONCÉE depuis longtemps, la publication
de la nouvelle édition des Œuvres de
Daubasse, que nous donnons aujourd'hui
au public, a été retardée pour une raison que
je crois devoir faire connaître.
En relisant les épreuves du texte patois, je me suis aperçu que l'orthographe en était absolument défectueuse.
Les auteurs des deux premières éditions, M.
l'abbé Tailhé et M. Escande, n'ont tenu compte d'aucune règle et ont orthographié certains mots suivant leur caprice et leur bon plaisir.
J'ai essayé d'éviter ce défaut, et si je n'ai pas entièrement réussi, j'ai fait, du moins, tout ce que j'ai pu pour approcher autant que possible de la perfection.
Je me fais un devoir d'ajouter que j'ai été très utilement secondé par deux hommes qui sont, en quelque sorte, mes collaborateurs dans cette entreprise difficile : M. Jules Andrieu, l'auteur
IV ARNAUD DAUBASSE
érudit de la Bibliographie générale de VAgenaiSj qui a bien voulu revoir les épreuves du texte patois, et M. Alban Chabrié, directeur du journal Le Progrès de Villeneuve, qui a lu à son tour, avec le plus grand soin , toutes les épreuves et m'a aidé de ses conseils.
Si donc cette édition est supérieure à celles qui Font précédée, sous divers rapports, le mérite leur en revient en grande partie.
Mais, malgré le travail consciencieux auquel nous nous sommes livrés, je n'ai pas la prétention d'avoir fait une œuvre exempte de tout défaut. L'orthographe de notre patois — de l'idiome en usage à Villeneuve et dans les environs, -^ qui n'est même pas un sous-dialecte , est très difficile à fixer de nos jours. Les divers dictionnaires et ouvrages de grammaire récemment publiés sont loin d'être complets. Le Grand Dictionnaire encyclopédique du grand maître, M. Frédéric Mistral, renferme lui-même, à ce point de vue, des
lacunes inévitables.
Quoi qu'il en soit, nous espérons avoir fait un peu mieux que nos devanciers. A ceux qui s'occuperont, après nous, de Daubasse et des poètes de notre région , de faire mieux encore. C'est la loi du progrès.
Pour être équitable envers tous, je dois rendre justice à l'imprimeur, M. Edouard Chabrié, qui a mis à ma disposition son meilleur matériel et n'a
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pas hésité à faire les frais d'un caractère neuf pour l'impression de l'ouvrage. C'est grâce à lui que le public aura désormais un Daubasse bien imprimé, une édition qui fait le plus grand honneur à notre imprimerie locale.
A. Claris.
Décembre 1887.
ARNAUD DAUBASSE
Lettres d ^adhésion
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ARNAUD DAUBASSE
Les noms de Goudoulin, de d'Astros, de Daubasse, dans la Guyenne et le Languedoc ; de Bélaud de la Bélaudière, dans la Provence; d'Adam Billaut, dans le Nivernais; de Bernard de la Monnoye, dans la Bourgogne, sont, d'ailleurs, trop intimement liés à rhistoire de ces anciennes provinces, pour qu'on ne prenne pas un soin jaloux de les transmettre à la postérité.
Les œuvres des poètes, autant sinon mieux que les mémoires et les chroniques , nous initient aux mœurs des temps passés, et les chansons et les poésies populaires, étant l'expression de la civilisation qui les a produites, constitueront toujours des documents précieux à consulter.
Nous partageons, sur ce point, l'opinion de M. G. de Clauzade, écrivant à propos d'un troubadour du seizième siècle (*) : « Les poésies doivent être considérées comme un des guides les plus sûrs pour nous faire pénétrer dans la vie intime des peuples ; elles ont des rayons lumineux offerts à l'historien et au moraliste, des voix du ciel traduisant en paroles cadencées les images qui plurent autrefois au cœur et à l'esprit. Avec elles, nous pouvons prendre place au foyer domestique, en recueillir les émotions, apprécier la pureté de goût de cette époque, aussi bien que la richesse des langues. »
(*) Aujjer Gaillard , Loti Roudlé de Rahastens,
Mais , nous n'avons pas le dessein de nous occuper de tous les poètes dont les chants tristes ou joyeux ont charmé nos ancêtres ; nous ne voulons parler ici que de Daubasse.
Aussi bien le moment de remettre en lumière son œuvre nous semble des plus favorables. Il s'est produit, en effet, dans ces dernières années, un magnifique mouvement en faveur des dialectes méridionaux. Notre grand Jasmin a élevé un monument impérissable au patois agenais, et, après lui, une phalange d'écrivains de talent ont entrepris, sous la puissante et enthousiaste direction de l'immortel auteur de Mireille, la réhabilitation de l'ancienne langue d'oc et des divers dialectes qui s'y rattachent (*).
Enfin, depuis l'année 1854, la Sœiété des FéUhres, à la tête de laquelle se trouvent Mistral, Aubanel, Roumanille, Félix Gras, Paul Arène, Clovis Hugues, Anselme Mathieu, Sextius Michel, Crousillat, Tavan, Paul Giéra, Elle Fourès, etc., étend ses rameaux depuis le beau ciel de la Provence jusqu'au ciel terne mais vibrant de Paris (**).
(*) Ces dialectes sont : le provençal ^ le languedocien, le gascon, Vaquitain, le limousin, Vauvergnat et le dauphinois , qui se divisent à leur tour en sous-dialectes.
(**) Le Félibrige a été fondé le 21 Mai 1854, mais n'a été constitué que le 21 Mai 1876. La Société des Félibres de Paris a été fondée en 1880.
« Gomme la Chambre des députés, nous écrit M. Auguste Fourès,
ARNAUD DAUBASSE
Et Ton voit, chaque année, au mois de mai, les gais Félibres parisiens se rendre à Sceaux , au pied de la statue de Florian, pour célébrer dans une fête champêtre les beautés de la littérature provençale.
Daubasse a été l'un des précurseurs du félibrige, et c'est à ce titre que nous avons cru devoir attirer sur son nom l'attention de nos concitoyens.
L n'y a pas un complet accord entre les biographes sur divers incidents de la vie de Daubasse, et nous n'avons pu, malheureusement, reconstituer en entier cette vie si laborieuse et si bien remplie.
La famille du poète compte encore des descendants à Villeneuve-sur-Lot, et nous avions espéré recueillir auprès d'eux quelque renseignement ou quelque détail inédit; mais leur aïeul n'ayant jamais su ni lire ni écrire, et les écrits
directeur de la Lauseto (F Alouette), almanach du patriote latin, le Félibrige a sa droite , son centre , sa gauche et son extrême gauche. La gauche et l'extrême gauche sont représentées par A.-B. Crousillat , Iléray Marcelin, Félix Gras, Louis Astruc, Valère Bernard, Paul Chassary, Maurice Faure, A. Quercy, etc., etc. »
n existe également à Paris une société de méridionaux connue sous le nom de Cigale, dont le but est à peu près le même que celui de la Société des Félibres parisiens, mais qui est distincte de celle-ci.
que ses contemporains ont laissés à son sujet n'ayant jamais été collectionnés, il nous a été impossible de satisÉaire notre curiosité sur ce point.
Toutefois , nos recherches n'ont pas été complè- / tement infructueuses , puisqu'elles ont abouti à la découverte de deux documents inédits que nous sommes heureux de faire connaître : l'un est le contrat jde mariage et l'autre Vacte de décès du poète villeneuvois.
Il a été publié jusqu'à ce jour deux éditions des Œuvres de Daubasse, précédées d'une notice biographique.
La première, due à M. l'abbé Tailhé, a été imprimée en 1796 par M. Currius fQs, imprimeur, à Villeneuve-sur-Lot.
La seconde, due à M. H. Escande, a été imprimée également à Villeneuve , par la maison Glady , en 1839 (*).
Ces deux éditions, aujourd'hui épuisées, diffèrent entre elles par le texte même des pièces de poésie et se contredisent 'assez fréquemment.
A défaut de renseignements plus précis, nous avons cru devoir adopter de préférence , en ce qui concerne la partie biographique, la version de l'abbé Tailhé, attendu que celui-ci vivait à une
(*) L'édition de 1796 porte la fausse indication MDLXXXXXVI (1806). C'est, évidemment, une erreur typographique.
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époque et dans ua milieu où il lui était relativement facile de s'édifier à ce sujet.
Nous écrirons donc , avec l'auteur de la première édition, qu'Arnaud Daubasse est né à Moissac (Tarn-et-Garonne), vers 1660. Son père, un modeste fabricant de peignes, était à la tête d'une famille nombreuse et n'avait pas toujours de quoi satisfaire l'appétit de la dizaine de marmots qui grouillaient dans son atelier. Aussi ne fallait-il pas songer à leur faire donner la moindre instruction. La grande préoccupation de ce père peu fortuné était plutôt de se débarrasser des plus âgés de ses enfants, afin d'alléger ses charges et d'augnienter d'autant le morceau de pain qu'il avait toutes les peines du monde à se procurer par son travail.
Le jeune Arnaud vécut sous le misérable toit paternel, sans apprendre à lire ni à. écrire, jusqu'au moment où il fut en âge d'entreprendre ce que l'on a longtemps appelé « le tour de France > .
Il n'existe aucun document relatif au voyage de Daubasse, et nous ignorons sur quoi s'est basé l'un de ses biographes , pour aflirmer qu'après quelques mois de pérégrinations dans la contrée, on le retrouve à Agen , où il aurait fait la connaissance d'une jeune fille originaire de Villeneuve, avec laquelle il se serait marié plus tard dans cette dernière ville.
Ce qu'il y a de certain , c'est que Daubasse alla
habiter Villeneuve quelques années après son départ de Moissac, et qu'il s'y maria avec une jeune fille du pays, ainsi que le constate la pièce^suivante :
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