‹ Œuvres complètesChapitre 2 sur 89 · CONTRAT DE MARIAGE D'ARNAUD DAUBASSE · texte numérisé non relu

CONTRAT DE MARIAGE D'ARNAUD DAUBASSE

( Copie textuelle )

Aiijourdhuy vingt sixième de janvier mil six cent quatre vingt mi à Villeneuve d'Agenais après midy dans la maison de Jean Lahoury n^! forgeront Régnant Louis roy de France et de Navarre devant w^oy n'* royal souhsigne presans les temoingz bas noumes ont estes personnellemant constitues,

Arnaud Daubasse fezeur de peignes fils légitime et natui^el de feu Raymond Daubasse et de Cathe^ rine Vodier^ natif de la paroice Sainte Catherine de Moyssac assisté de Jean Soulages coutelier (ici presant) comme procurateur de la d. Voudie (sic) mère par la procuration du vingt troisième du courant laquelle en original signe du Bourieu de Debodhon n" royal timbre et dusmant légalise il ma remise pour l'inscrire au pied des présentes d'une part

Et Jeanne Laboury fille légitime et naturelle du

ARNAUD DAUBASSE

sieur Jean Lahoury et de Françoize Gontie la pressante ville habitant par"* Sainte Catherine assistée de ses père et mère et de Guilhen Lahoury son couzin dautres parans et amis respectifs de la d. union.

Lesquels ont promis se joindre en mariage et colluy solempnizer en face de Sainte mère Esglise catholique apostolique romaine des le premier jour quand une partie en requerra l'autre apaine de touts despans dommaiges intérêts

Et pour les supportations des charges du presant mariage ont esté personnellemant constitues par Lahoury et Gontie maries lad, Gontie dusmant ' authorizée dtcd. Lahoury pour effait des presantes Lesquels de tout bon gre ayant led, mariage aplaisir et en contemplation dycelluy ont douné par dounation pure et simple entrevifs faite ajamais valable et revocable en favour de lad. Lahoury leur fille presante et acceptante sçavoir de la m^oytie de toute la possession Uh^e en biens et droits presants et advenir en payant la m,oytie des charges et hypothèques Et de plus ont convenu qu'ils vivront conjointement a mestïie pot et fu et ^^apporteront de toutes parts leurs œuvres et tr^avaux Et en caiz d'incompatibilité et qu'ils fussent obliges de se séparer ils viendront a partaige des biens Les " dounateurs auront dans leur partaige le devant de leur maison et les espous futeurs le derrière de lad. maison

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Lesquels biens et droits led, futeur espoux reçois gnoii dlwrs^ et desja sur touz ses biens presants et advenir

Dimurant encore convenu entre led, Laboury père et Daubasse quils dimurent associes aux prof^ fits quils feront pendant quils dimureront ensemble Lesquels proffits ce partageront par moytie

Lesquels futeurs espoux se sont associes par moytie profp^ts acquêts et conquets que diou leur dounera pendant et constan leur mariage pour apparttenir aux enfancs qui en proviendr^ont soubs 'cette condition den avantager tels ou tels que bon leur semblera et adeffaut denfancs cliascun dispo^ sera de sa moytie a son plaisir et vollonte Et en caiz de predeccz les dits futeurs espoux ce sont dounes dougmant et agencement scavoir le d. Dau^ basse à lad. Laboury la somme de cent Hures et aucontraire Icelle futeure espouse aud. son futeur espoux la somme de cinquante limbes payables au survivant d'etix Et pour ce dessus tenir obligent Jeurs biens presants et advenir Ainsi Vont promis et jure en presance des s'" Miasse^ procureur royal, et Jean Campmas, bourgeois et m^archant, de la presante ville y habitantz soubsignes non les parties pour ne scavoir de ce quoi interpelles par moy.

Ont signé a la minute :

Miasse P" roy^; Campmas, m'; Ilébrard; Malat père et Carrière n""" roy\

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Après son mariage, Daubasse s'établit comme maître peignier et cabaretier dans la maison de son beau-père située rue de Bourgogne. Son établissement était fréquenté par l'élite de la population et sa boutique était des mieux achalandées.

Ici se pose une question qui ne manque pas d'intérêt :

Daubasse a-t-il manifesté dans sa jeunesse des dispositions poétiques?

L'affirmative est soutenue par M. Escande, auteur de la deuxième édition de Daubasse, et par M. Emile Labroue, professeur au Lycée de Bor-' deaux, lequel a publié, en 1873, un intéressant Mémoire sur le poète Arnaud Daubasse^ sa vie et ses œuvres.

L'abbé Tailhé a émis une opinion contraire. < Ce ne fut, écrit-il, que vers la trente-quatrième année de son âge, qu'il commença à s'apercevoir qu'il aurait pu figurer dans la carrière des lettres, et surtout dans celle de la poésie, si un commencement d'éducation lui eût ouvert les portes des sciences. >

Nous adopterons ici encore l'opinion de l'abbé Tailhé. L'assertion tirée de l'invraisemblance qu'il y aurait à ce que Daubasse fût arrivé à la maturité de l'âge sans avoir rien produit, n'est pas, à nos yeux, une raison suffisante. Ce phénomène se présente assez fréquemment dans la société. Il y a des intelligences qui ne se révèlent que tar-

divement et qui ont besoin pour se produire d'une circonstance particulière, d'un incident fortuit. A l'exemple de ces plantes, qui demandent, pour couvrir leurs tiges de feuilles et de fleurs et pour mûrir leurs fruits, les pluies bienfaisantes du printemps et les fortes chaleurs de l'été, ces natures étranges ne se manifestent qu'après les orages de la jeunesse.

On raconte que le talent poétique de Daubasse se révéla publiquement de la manière suivante :

Un jour de foire de Villeneuve, un gentillâtre des environs entra dans sa boutique pour acheter des peignes. Les clients étaient nombreux à ce moment , et comme Daubasse était occupé à servir des paysans et à bavarder avec eux, il ne s'était pas aperçu de l'arrivée de ce personnage. Celui-ci, furieux de n'avoir pas été remarqué et impatienté d'attendre, se répandit en injures grossières. Le maître peignier, surpris par cette averse d'insultes, releva la tète, et, après être demeuré quelques instants interdit, répliqua par une tirade en vers patois des plus mordants et dans lesquels le gentillâtre était ridiculisé avec infiniment de malice. Les témoins de cette scène s'en égayèrent fort, et l'épigramme eut un succès fou dans toute la ville.

La renommée de Daubasse se développa, dès lors, rapidement. Les seigneurs des environs l'attirèrent dans leurs châteaux pour entendre ses boutades spirituelles. Le duc de Biron, qui passait

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une partie de l'année dans son château situé à une quarantaine de kilomètres de Villeneuve, se déclara • son protecteur. Le comte de Fumel, le marquis de Belzunce, Madame de Rigoulières, se faisaient un honneur de le recevoir à leur table.

Il fut honoré également de l'amitié du maréchal de Montre vel et du duc de Berwick. Ce dernier, qui était fils naturel de Jacques 11, avait reçu de Louis XIV la mission de réduire les protestants de l'Agenais ; plus tard , il eut le commandement de la province de Guyenne , avec résidence à Bordeaux, où le poète eut l'occasion de lui rendre visite.

Le maître peignier, comme on le pense bien^ laissait parfois ses outils pour répondre aux invitations de la noblesse ; mais ni son commerce ni sa famille n'eurent à souffrir de ces absences ; il était toujours largement dédommagé de la perte de son temps par ses hôtes émerveillés. C'est ainsi qu'il pût mener de front sa boutique, son cabaret et les muses.

Daubasse se rendait de loin en loin à Bordeaux pour faire ses achats de cornes. En octobre 1708, pendant un de ces voyages, les peigniers de cette viUe s'opposèrent à ce qu'il fît enlever la marchandise achetée. Un procès s'ensuivit et fut gagné par le poète villeneuvois , grâce à une spirituelle épître en vers qu'il adressa aux jurés sous forme de plaidoyer.

Ses poésies Tavaient rendu populaire. Il fut appelé successivement à Agen, à Montauban, à Toulouse et jusqu'à Marseille, pour y dire des vers. On le fêtait partout avec enthousiasme; il faisait les délices des salons et des sociétés littéraii^es.

Moissac, sa ville natale, voulut le fêter à son tour. Le récit de cette réception touchante figure dans le Mémoire de M. Labroue, auquel nous em»pruntons les lignes suivantes :

< Ce fut au milieu des ovations et presque en triomphe que Daubasse revint à Moissac. Monsei^ gneur de Gontaud-Biron , neveu du duc de Biron, était aloi^s abbé dans cette ville. Il voulut témoigner ses sympathies à l'hôte aimé et estimé de son oncle. Aussi, ce fut avec solennité qu'il reçut Daubasse. L'abbaye fut ouverte au poète improvisateur qui vint y réciter ses poèmes sur la Mort^ sur Y Etat de l'homme et sur la Grandeur de Dieu. Ensuite , après une fête religieuse et artistique , son pays natal reconnaissant lui décerna une couronne lauréale. >

Daubasse avait au plus haut degré le don de l'impr^ovisation. Lorsqu'il avait fait une pièce de vers un peu longue , il la dictait à un de ses amis et se la faisait relire jusqu'à ce qu'il n'y trouvât plus rien à modifier. Ses meilleures productions furent improvisées. Ses quatrains, ses épigrammes, ses boutades et plusieurs de ses pièces diver-

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ses sont de jolis impromptus où Tesprit et la grâce pétillent.

Inoffensif par nature, il fut cependant amené à être parfois mordant et agressif. Il eut des jaloux qui ne l'épargnèrent pas , et auxquels il dut répondre veii;ement , afin de ne pas laisser les rieurs de leur côté. Mais il est à noter que, même en se défendant, chaque fois qu'il lui arrivait d'emporter trop vivement le morceau, il s'empressait d'atténuer la gravité de la blessure par une nouvelle poésie destinée à réparer le tort qu'il croyait avoir fait.

D'après l'abbé Tailhé, la Biographie générale de Michaud et M. Labroue, la mort de Daubasse survint en 1720.

M. H. Escande veut, au contraire, que cet événement soit arrivé en 1727.

La première de ces deux versions était tenue jusqu'ici pour la plus vraisemblable, attendu que l'on s'accordait généralement à reconnaître que le poète était mort pendant l'épidémie qui sévit à Villeneuve en 1720.

On trouve- dans ses œuvres une pièce où il est justement question de cette épidémie et qui semble avoir été composée au cours de la maladie qui dût l'emporter-.

Nous sommes désormais en mesure de faire cesser toute controverse sur ce point. Nous avons, en effet , découvert dans les registres de l'Etat civil

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conservés à la mairie de Villeneuve-sur-Lot, l'acte de décès de Daubasse , qui est ainsi libellé :

Etat civil de la commune de Villeneuve d'Agenais

Paroisse de Sainte-Catherine

Le sixième octobre mil sept cent vingt est décédé en la communion de l'Eglise Arnaud Daubasse faiseur de peignes âgé de soixante trois ans ou environ son corps a esté inhumé dans le cymetiere En foy de quoy ay signe

Jouard curé

Pour être complet, nous ajouterons que Daubasse eût deux filles de son mariage.

N mot maintenant de l'œuvre du poète.

Daubasse a laissé des poésies patoises et des poésies françaises que ses admirateurs ont recueillies et que ses descendants nous ont transmises en grande partie, plus ou moins fidèlement.

• Ses œuvres comprennent des épigrammes, des madrigaux, des boutades, des chansons, des petits poèines et des cantiques.

Nous ne fet*ons que passer sur ces derniers. Au temps où ils furent composés , les esprits étaient ,

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beaucoup plus que de nos jours, préoccupés des choses du ciel. La philosophie du dix-huitième siècle n'avait pas encore émancipé là raison humaine. Le moyen-âge et l'influence des ordres monastiques avaient laissé dans les cerveaux des traces profondes , qu'une révolution complète pouvait seule effacer. En un mot, le mysticisme était de mise dans toutes les classes de la société. Daubasse subit l'influence du milieu où il vécut. Avec son esprit primesautier et son rare bon sens, s'il eût vécu à notre époque , il aurait sans doute été le premier à rire des tableaux grotesques que l'on nous retrace de l'Enfer et du Paradis, et il se serait plu à envisager les choses comme doit la faire tout bon philosophe- Cette partie de son œuvre — les Cantiques — peut donc être considérée de nos jours comme secondaire.

C'est surtout dans la satire légère qu'excella la muse de Daubasse. Ses épigrammes et ses boutades sont le plus souvent des quatrains ou des petites pièces que ne désavoueraient pas les meilleurs satiriques.

Ses madrigaux ont un cachet particulier de grâce et d'aisance qui rappelle ce qui a été fait de mieux dans ce genre.

Ses chansons et ses odes ont des qualités précieuses : la simplicité, l'humour, l'inspiration. Il est impossible de rien trouver de plus coquet et de

plus frais que la petite ode au vin intitulée : OU de sirmen (Huile de sarment).

Enfin, ses poèmes se distinguent par une note que l'on pourrait qualifier de < réaliste >, s'il était permis d'appliquer cet euphémisme aux écrits du dix-septième siècle. En lisant VEtat de l'homme, La Mort, et l'ode sur la Mort de Louis XIV, on trouve des strophes dont l'idée et la facture du vers rappellent Beaudelaire et les poètes de son école.

Dans le Mémoire que nous avons mentionné, M. Emile Labroue s'est mis en contradiction avec lui-même et nous paraît avoir été bien injuste envers Daubasse lorsque, après en avoii' fait un grand éloge, il a écrit ces mots qui déparent son opuscule :

< Cependant, après avoir analysé ses œuvres, nous nous demandons s'il est vraiment digne du nom de poète. > (Page 83).

Nous voulons croire à un simple lapsus, car le même M. Labroue a écrit un peu plus loin :

« Daubasse fut un de ces poètes, remarquables par l'inspiration et le sentiment plutôt que par là forme. Admirablement doué par la nature, il possédait moins la science que l'intuition du beau qu'il sut atteindre quelquefois dans ses vers. Ses poésies patoises foisonnent de ces expressions belles et originales qui, en français, font la grandeur de quelques rares écrivains, et certains passages de

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^^;^jde Daubasse com- 'f^^^b poésies françaises.

Nous n'avons pas eu à nous occuper de ces dernières autrement que pour les classer. Nous nous sommes fait un scrupule de respecter les moindres détails de la forme. Nous dirons seulement que pour être dues à un poète illettré, elles n'en attestent pas moins la valeur poétique de leur auteur.

Quant aux poésies patoises, nous avons cru devoir les rendre compréhensibles pour ceux qui ne sont pas familiarisés avec les idiomes du Midi, en les traduisant toutes en vers français, à l'exception de quelques Cantiques qui ne nous ont pas paru exiger un pareil travail.

• 11 va sans dire que nous n'attachons pas d'autre importance à cette traduction. Nous nous sommes efforcé de rendre aussi exactement que possible, non seulement le sens, mais encore, autant que nous l'avons pu, le mot à mot du texte patois, ce qui nous a parfois condamné à une banalité d'expression que l'on comprendra sans peine.

Enfin, à l'aide de notes, placées soit dans le corps soit à la fin du volume , nous avons donné quelques explications indispensables sur certaines expressions hors d'usage aujourd'hui et sur l'origine des diverses pièces du recueil.

L'unique mérite de notre édition sera, sans doute, d'être plus complète que les deux premières. Nous avons recueilli toutes les pièces de vers que Daubasse a laissées, toutes celles du moins qui sont parvenues jusqu'à nous. L'édition de l'abbé

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Tailhé renferme des lacunes que M. Escande a comblées en partie, mais en en laissant subsister d'autres que nous avons cru devoir combler à notre tour.

Cela devrait suffire pour expliquer là raison d'être de cette nouvelle' édition. Mais nous ggouterons que l'impossibilité où l'on se trouve, depuis plusieurs années, de se procurer, même à prix d'argent, l'une ou l'autre des deux éditions précédentes, a vaincu tous nos scrupules et nous a encouragé dans une entreprise que le public, nous l'espérons du moins, trouvera suffisamment justifiée.

A. Claris.

VANT de livrer au public cette pouvelle édition des Œuvres de Daubasse, nous avons tenu à consulter quelques-uns des écrivains qui s'intéressent plus particulièrement aux productions littéraires du Midi de la France.

Les réponses que nous avons reçues sont on ne peut plus encourageantes et ne laissent pas le moindre doute sur l'utilité de notre publication. Les extraits ci-après des lettres de MM. Mistral, Cloyis Hugues, Elle Fourès et de la Société des Félibres de Paris , en sont un témoignage éclatant.

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