AUTRE CHANSON
Contre le même
Messieurs et dames , Dieu vous gard' !
Je suis venu vous faire part D'une croustillcusc nouvelle Touchant un meunier sans cervelle.
Un triple sot , double niais , Le plus grand voleur des meuniers , Qui pour trouver la moindre rime , Tant la nuit que le jour, s'escrime.
Il croyait donc me chagriner !
S'il ne savait pas mieux voler, Il serait peu digne d'envie Et serait gueux toute sa vie.
Lui qui remplit trop le boisseau , Au Ciel il n'ira pas sitôt.
Il a plus usé du grimoire , Qu'un notaire de l'écritoire.
Cette peste d'aliboron.
Double voleur, double pinson ,
Sot au-delà de toutes bornes ,
Que prend-il pour couvrir ses cornes ?
Une perruque de teigneux, Un assemblage immonde, affreux.
Et l'on peut dire , sans scrupule , Qu'il ressemble au bourreau de Tulle.
Un avaricieux très malin.
Qui , pendant vêpres , à Toussaint , Ne donna de son vol notoire Qu'un denier pour le purgatoire.
64 Arnaud Daubasse
Gresen de n'abe donnât trop , Al mouli s*enfut al galop , E quito Sento-Gatharino ^ Per tourna deyma la farino.
^Las très pugnèros e Tescat, Del zou boto tout à Tassât.
Acos un Clou per naturo , Tabe tout lou monde murmuro.
Amay digun nou dis un mot.
Gaùcun diûrio fa lou counplot De li donna las estribièros , . Noun pas praco per las carrèros ,
Mes dins un carrerot estret, Per mor d'y aprene soun dret, E nou passa jamay pus outre , Gar que boules fa d'un jean-foutre !
Es tan boulur coumo gelons Dunpey lou cap dunco as talous.
Ne cres sa fenno coutinaûdo^, De tan que n*a la testo caùdo.
Que lou fay couyoul^sans défaut.
M*es pla juste qu'aquel maraud Porte de comos sus la tèstp , Quand sa fenno sio may hounèsto.
Poésies légères 65
Pensant môme avoir donné trop, Au moulin courut au galop, Et quitta Sainte-Catherine Pour aller dîmer la farine.
Les trois picotins et l'écho , Il vous le met tout à l'assaut ; C'est un flibustier de nature , Aussi tout le monde murmure.
Cependant nul ne parle haut.
On devrait faire le complot De lui donner les étrivières , Non pourtant en pleines lumières.
Mais bien dans un passage étroit , Pour le pénétrer de son droit , Et pour qu'il ne passe plus outre ; Quel cas faites-vous d'un jean-foutre ?
Aussi jaloux qu'il est fripon De la tète jusqu'au talon ; Il croit que sa femme est coquette , — Tant il a de feu dans la tête , —
Et le fait cocu sans défaut.
Il est juste que ce maraud Porte des cornes sur la tête , Bien que sa femme soit honnête.
66 Ai*naud Daubasse
CANSOU
En reparatiù de las précédentes
Aro béni de councebre Per un sentimen noubèl Que lou moulignè de Pebre Es un moulignè fidèl.
Gaùso siguro, Mémo enquèro un cot , Que quand moulduro Nou prèn jamay trop.
Quand un sat de blat moulduro , Tant lou se que lou mati , Forço mounde m*assiguro Que n'en prèn qu'un pecouti.
D'aco nou tengue, Per gagna lou Cèl , Cal que n*en prengue Res qv'un met bouyssèl.
Per qu'ey fèy la negro enjuro De dire patantomen Que canbiabo sa mesturo Dambe nostre bel froumen,
You nou me cresi
Fort de moun coustat ,
Perço que besi
Que n'es pas bertat.
El a , zou pot dire enquèro , Perque z'ey môs en questiù , La may bèlo moulignèro De touts lous moulis de riù :
Fenno bertuouso , N'en toumbi d'accord ,
Poésies légères 67
CHANSON
En réparation des deux qui précèdent
Je m'aperçois à cette heure , Par un sentiment nouveau, Oui, que Pèbre est la demeure D'un meunier très comme il faut.
C'est chose bien sûre,
Je le dis tout haut,
Que pour la mouture
Il ne prend pas trop.
Du sac de blé qu'il mesure, Soit le soir, soit le matin , Tout le monde nous assure Qu'il ne prend qu'un picotin.
A cela ne tienne, Pour aller là-haut , Il faut qu'il ne prenne Qu'un demi-boisseau.
Ayant fait la noire injure De prétendre ouvertement Qu'il échangeait sa mixture Contre notre beau froment ,
Je ne me crois pas
Fort de mon côté ,
Car je m'aperçois
Que ce n'est pas vrai.
Il a , son âme en est fière , Puisqu'il en fût question , La plus charmante meunière Des moulins de ce canton.
Femme vertueuse.
J'en tombe d'accord ;
68 Arnaud Daubasse
E qui Taccuso
A lou pus grand tort.
Se la gelousio lou peno , Acos un mal qu'es coumun ; Car, de gelous de lour fenno , Toutjour s'en trobo caùcun.
Serio be pire
S'èro fèy couyoul ,
Mes pourio dire
Que n'es pas lou soûl !
Cal be que lous paùres biscoun , Que n'an raailhos ni dignes , Perque Dominus vohiscum ^ Sousten tant lous moulignès ; Que quand s'afanoun A fa de plangens , Lous que may panoun Soun las paùros gens.
Boulho mounta sul Parnasse Que n'es pas soun ateliè, Al bas rancoutrèt Daùbasso Qu'y despanlèt l'escaliè ;
Car lou Pégase
Qu'èro destacat,
Sur lou paùre ase
Se serio jetât.
Poésies légères 69
Qui la croit coureuse A le plus grand tort.
Et s'il a rhumcur jalouse , Hélas ! c'est un mal commun , Car, jaloux de leur épouse Il en est toujours quelqu'un.
Ce serait bien pire
S'il était trompé ,
Mais il pourrait dire
Son sort bien porté.
Il faut que le pauvre , en somme ,
Qui n'a mailles ni deniers ,
Vive, puisque D... vobiscum
Soutient si bien les meuniers ;
Car lorsqu'ils s'affolent
Et font les plaignants ,
Ceux qui le plus volent
Sont les pauvres gens.
Il gravissait le Parnasse Qui n'est pas son atelier, En bas il trouva Daubasse Qui démolit l'escalier.
Pégase iiTi table
Etant détaché ,
Sur le pauvre diable
Se serait jeté !
JEREMIADOS DE LAS MOUNJOS "
Se lou boun Diù fasio miracle , E qu*arribès aquel spectacle , Que lou couben se canbiario , E que lou Papo n'ordounesse Que qui bol sourti sourtiguesse , Pas uno nou damourario.
Nostros mayres , per èstre urousos , Nous an randudos malurousos.
Lous plases nou lour manquoun pas ; E nous aùtros , paùros captibos , Sèn enterrados toutos bibos Dins aqueste maudit séjour.
Bèn uno so founfounilheto , Ne fay souna la campaneto , Li fay dire d'un toun malin :
Maùdito siogue la damoro Que nou dirio jamay deforo !
Sounco : dedin , dedin , dedin !
Jerusalèn ! JeiTisalèn !
Tant maytos sèn, tant languissèn...
SUL LET DE MORT ^s
Anèt tu , beleù you douma !
La mort en sa dailho à la ma , You nou la besi pas que daysse Ni ber, ni set, ni mol, ni dur ; Coupo ço que nou fay que naysse , Tapla coumo ço de madur.
Poésies légères 71