‹ Œuvres complètesChapitre 46 sur 89 · SUR LA GRANDEUR DE DIEU · texte numérisé non relu

SUR LA GRANDEUR DE DIEU

POÈME

Le bras du Tout-Puissant est un bras fort et long,

Les princes près de lui l'ont plus faible qu*un jonc ;

Les rois ne sont si fiers que parce qu'ils inspirent

La peur ; s'ils n'avaient pas le secours qu'ils désirent

Du Dieu qui tient toujours les victoires en main ,

Ils iraient s'abîmer dans le néant , demain !

Car du plus haut du Ciel où commença la guerre ,

Dieu jeta le Démon au centre de la terre.

En ce temps , Lucifer, ce vieux monstre infernal ,

Attaqua notre Dieu poui' être son égal ,

Ce grand Dieu qui contient trois divines personnes ,

De toute éternité grandioses et bonnes ,

Dont Tune s'incarna ( c'est de cette façon

Que Dieu vint parmi nous , à cette occasion ) ;

Par qui le Créateur sauva la créature.

Voulant pour son amour prendre notre nature,

Dans une étable il vint pour le commun salut ;

Entre deux scélérats, sur la croix il mourut.

Quand se sacrifiant, là-haut, sur le Calvaire,

Pour sortir le pécheur de sa grande misère ,

Voyez ce que l'amour fit de ce Dieu si fort ,

Du maître de la vie , — un valet de la mort !

Avant que de mourir, que chacun se confonde , En voyant ce que fit le sauveur de ce monde.

120 Arnaud Daubasse

Soun amour loa fasquèt pas céleste e pas biù , Lou jour del Dijeù-Sen, brèspos de sa passiii ; De sorto qu'à sa cèno , aquel amour extrèmo Y troubèt lou secret de s'y douna del mémo.

Lous reys as fabourits donoun be de trésors , Mes nou n'abèn bis cat qu'aje dounat soun corps , Goumo fèt moun Saùbur aqui dins lou Cénacle ; Bel cors d'un pecadou fasquèt soun tabernacle. Dounguèt sa car, soun sang , enquèro regardas , Qu'aquel Diû lou dounguèt al perfide Judas.

D'aquel dibin Saùbur, l'amour tant dous e tendre Lou pourtèt dins lou cors del que Tanabo bendre ! Mes aquel malurous coumo ne proufitèt ?

Soun Saùbur n'en sourtit e Satan y dintrèt.

Grand Diù, per acaba de moun salut l'oubratge, Nou permetès jamay que fasqui un tal usatge De bostre cors sacrât, de bostre sang preciùs Que fay beyre que s'ès lou Diù de touts lous.Diùs, Lou qu'a fèy lou soulel , la luno e las estèlos , Aquelos pierrarios tant rixos e tant bèlos , E qu'a bastit lou Cèl , séjour des bienurous, Sans teùle ni mourttè^ saùmiès ni cabirous.

A touto la scienço as bel laja la brido ,

Quand penses à toun Diù, majestat infinido,

Se nou te mètes pas dan la fe de councèr,

Toun esprit se counibun e ta rasou se pèr.

Home, podes-tu pla, tant qu'en esprit aboundes.

Fa lou detal d'un Diù may grand que milo moundes ,

Qu'a fèy tout d'un soûl mot, terro, mer, firmoraen,

Que n'a ni que n'aura fi ni coumençomen ;

Qu'en terro coumo al Cèl , tout sio que s'y boulègo ,

A soun coumandomen obéis e se plègo.

Tapla que l'unibèr n'a cat de poutentat

Que n'y cède lou dret de souberenetat.

Coumo soûl souberen del Cèl e de la terro ,

Amatur de la pat e noun pas de la guerro ;

Poèmes 45i

Cet amour ne le fit point céleste et vivant,

Le jour du Jeudi-Saint, veille de son tourment.

De sorte qu'à la Cène , en son amour extrême ,

Il trouva le secret de se donner lui-môme.

Les rois aux favoris accordent leur faveur ;

Mais on n'en voit aucun qui leur donne son cœur,

Comme fit le Sauveur au milieu du Cénacle ;

Car du corps du pécheur il fit son tabernacle ,

Donnant sa chair, son sang, et bien plue fort, hélas !

Car il le donna même au perfide Judas.

De ce divin Sauveur, Tamour si doux , si tendre ,

S'abandonne à celui qui s'apprête à le vendre !

Comment ce malheureux en a-t-il profité ?

Le Sauveur en sortit quand Satan est entré.

Grand Dieu ! pour achever de mon salut l'ouvrage ,

Ne me permets jamais de faire un tel usage

De ton être sacré , de ton sang précieux ,

Qui te montrent ainsi le Dieu de tous les Dieux ,

Celui qui nous a fait : lune, soleil, étoiles,

Diamants précieux , si beaux à l'œil sans voiles ,

Et qui bâtit le Ciel , séjour des bienheureux ,

Sans tuiles ni mortier, charpente ni moyeux.

Et l'on peut appeler la science à l'envie , Quand on pense à ce Dieu de grandeur infinie, Avec la foi/si l'on ne va pas de concert.

Notre esprit se confond et la raison se perd. Homme , toi qui parfois de tant d'esprit abondes , Sais-tu ce qu'est un Dieu plus grand que mille mondes ; Qui fit tout d'un seul mot : terre , mer, firmament , Qui n'a , n'eut et n'aura fin ni commencement , Dont au commandement, tout ce qui reçut vie, Sur terre comme au ciel , obéit et se plie ?

Il n'est, dans l'univers, aucune majesté Sur laquelle il n'ait droit de souveraineté , Comme seul souverain du Ciel et de la terre , Partisan de la paix et non pas de la guerre :

122 Arnaud Daubasse

Car se nous-aù& n'abèn cat de tranquilitat, Acos un mal que bèn tout de nostre coustat.

Ah ! malurous que sèn , nou pensan res qu'à paùsos , An un Diù que de res a fèy toutos Jas caùsos ; De mémo qu'a tirât Iqu mounde del cahos , Oun fay belugueja d'homes de car e d'os , Dan d'autres animais d'espèços differentos, Oun soun soiirços e riùs e ribièros courentos , Uno aùtouno , un iber, un printen , un estiù , Quatre sasous de l'an, qu'a réglât aquel Diù. Y a may de cinq milo ans que sa douço clemenço Fay prene souèn de nous , amay sa proubidenço , Que claùfîs l'unibèr de trésors infinits , E nourris tout ço qu'es^* jusquos à las froumits, Dan lou souèn paternel de sas creaturettos , Nourris l'agnèl de lat , e las aùlhos d'herbettos ; E l'home qu'a besoun de dinna , de soupa , Per el sur uno palho enjoco pla prou pa; Que fay soui^ lou bi del bourrou de la trelho , De mémo que la ciro e lou mèl de l'abelho , Qu'abilho lous aùsels dan tapaii d'atirals , D'un jipou sans couturo , amay es de r étals !

Poèmes 123

Car si nous n'avons , nous , nulle tranquillité , C'est un mal qui nous vient tout de notre c6té.

Ah ! malheureux humains \ nous ne pensons qu'à pauses Au Créateur qui fit de rien toutes les choses , De même qu'il tira le monde du chaos , Où l'on voit s'agiter l'homme de chair et d'os , Au milieu d'animaux d'espèces différentes , Où sont sources, ruisseaux et rivières courantes, Un automne , un hiver, un printemps , un été , . Quatre saisons, que Dieu règle dans sa bonté. Or, depuis cinq mille ans, dans sa douce clémence, Il fait prendre de nous soin par sa providence ; Il comble l'univers de trésors infinis , Nourrit tout ce qui vit, tout jusques aux fourmis. Dans son soin paternel pour toute créature , Donne à l'agneau le lait , aux brebis la pâture ; Pour l'homme désireux chaque jour de son pain , Sur une faible paille il fait mûrir le grain, Et fait sortir le vin du bourgeon de la treille , De méipe que la cire et le miel , de l'abeille , Revêt tous les oiseaux avec simplicité , D'un habit sans couture et non sans sûreté !

rro'trrwo^ .- .

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SUL L'UCARISTIO

POUÈMO

La fe que s'apèlo crezenço ,

Qu'es bengudo del naù del Cèl ,

A lous trèts d'un sacrât pincèl

Qùaque bastido d'apparenço.

Quand parlan de realitat,

Nou n'explican pas la mitât :

Cal que la razou se counfounde ,

Per que cal creyre fèrmomen

Qu'un Diù qu'es pus grand que lou mounde

Es tout dins lou Sen-Sacromen.

Aquel Diù doun parlo Moïso , Coumo nou lou counession pas , Embouyèt soun fil ayci-bas ; Mes bezès coumo el se deguiso !

Per moustra sa dibinitat , Coumenço per l'umanitat, Afin que cadun lou countemple Sans abe taro ni defaù.

Nous-aùs poudèn , à soun exemple , Gagna lou paradis d'assaù.

Aquel home , Diù adourable , Que la brèspro de sa passiù , Per satisfa soun afFectiù , Troubèt un secret admirable.

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