‹ Œuvres complètesChapitre 47 sur 89 · SUR L'EUCHARISTIE · texte numérisé non relu

SUR L'EUCHARISTIE

POÈME

La foi qui s'appelle croyance

Et qui nous vint du haut du Ciel ,

A les traits doux comme le miel

Bien que n'étant qu'une apparence.

En parlant de réalité ,

Nous n'expliquons pas la moitié ;

Que notre raison se confonde ,

Car il faut croire fermement

Qu'un Dieu bien plus grand que le monde

Est tout dans le Saint-Sacrement.

Ce Dieu dont nous parle Moïse ,

Gomme on ne le connaissait pas ,

Envoya son fils ici-bas ;

Mais voyez comme il se déguise î

Pour montrer sa divinité ,

Il se mêle à l'humanité

Afin que chacun le contemple

Sans avoir tare ni défaut.

Nous pouvons tous , à son exemple ,

Gagner le Paradis d'assaut.

Et ce Dieu , cet homme adorable , La veille de sa passion , Pour combler son affection , Trouvait un secret admirable :

126 Arnaud Daubasse

Se fët Talimen del soupa Dins las apparences del pa.

Per la bertut de sa paraùlo , As apotro8 que fèt renja Tout al alentour d'uno taùlo , Se dounguèt el-mèmo à minja

Acos pla grand , sans countrodire , Aquel qu'a fèy tout d'un soûl mot , Digun nou diù douta , se pot Fa tout ço que benèn de dire.

Afin que toutjes zou cresian Remarquas qu'es dit dins Sen Jean Qu'el es d'uno bélo maniéro , Lou pa biii, lou riche cantèl Doun lous anges fan grando chèro Dedins lou royaume del Cèl.

Sa car- es beritablo biando, Soun sang beûrage, coumo dis ; Per dintra dins lou Paradis , De lou minja nous recoumando ; E nous proumèt dins lou moumen Que biûren eternèlomen.

Apèy dis uno aùtro noubèlo , Que qui nou minjara sa car, N'aura pas la bito eternèlo ;.

Bezès se li coustara car.

Calbin douto d'aquel miracle , Que, sans quita la trinitat, Dabalèt soun umanitat Jusquo dins nostre tabernacle , Ë que se trobo rèlomen Entiè dins lou Sen-Sacromen , Sans nous permètre de lou beyre.

Tayso-te , Calbin apoustat :

Un Diii z'a dit , zou cal doun creyre , Perço qu'es la puro bertat.

Poèmes 427

Il se donnait avec dessein Sous les apparences da pain.

Par la vertu de son vocable , Aux apôtres qu'il fait ranger En rond tout autour d'une table , Lui-même il se donne à manger.

C'est grand , on n'y peut contredire , Celui qui fit tout d'un seul mot^ S'il peut — et douter il ne faut , — Faire tout ce qu'on vient de dire.

Pour que chacun en soit croyant , Remarquez ce que dit Saint Jean , Qu'il est d'une belle manière , Le pain vivant et le chanteau , Dont les anges font grande chère Dans le Ciel , royaume d'en haut.

Sa chair est véritable viande , Son sang breuvage , comme il dit ; Pour entrer dans le Paradis, De le manger il nous demande.

Il promet que , dans le moment , Nous vivrons éternellement.

Mais il dit une autre nouvelle :

Qui n'aura pas mangé sa chair N'aura pas la vie éternelle.

Voyez s'il en coûtera cher.

Calvin douta de ce miracle , Que , sans quitter l'éternité , Il ait mis son humanité Jusque dans notre tabernacle , Et qu'il fût bien réellement Entier dans le Saint-Sacrement, Sans qu'on l'aperçut dans sa gloire.

— Tais-toi donc , Calvin le damné :

Un Dieu l'a dit, il faut le croire, Car c'est la pure vérité.

128 Arnaud Daubasse

Farios pla de ferma ta bouco.

La gleyzo cres per soun espous Que de milo e milo esclapous Lou pus mendre es touto la souco.

S*aquel miracle te surpren, Uno Cananèo t'appren Qu'es lou pa sacrât que Diù balho ; Aquelo fenno bèn à bout , Perço que cres qu'uno brigalho Es e bal autan que lou tout.

Tout lou mounde la persecuto ; Lou Saùbur n'en fay pas grand cas , Quand li dis que n'es pas pes cas ; Elo jamay nou se rebuto ; Des disciples es lou rebut ; Mes elo abio tant de bertut , Que n'es que may persecutado , Jusquo qu'un Diù pie de bountat Li dis que la fe l'a salbado.

Bezès s'es de nécessitât.

Qu'es preciùso nostro naturo !

E lou pecadou qu'es urous De beyre un Diù tan amourous Del salut de sa creaturo.

Jitèn l'èl sur soun testomen , Que nous dis qu'aquel alimen Nourris toutjour l'amo deboto ; Mes qui n'aprosco indignomen, Coumo a fèy Judas Iscarioto , Beù e minjo soun jujomen.

Cal mémo que lou juste cregne Per sa faùto de se danna , Tant on risquo de proufana Lou sang preciùs de Nostre Segne !

Lou qu'à noços se sièt sul ban San pourta l'abilhomen blan,

Poèmes 129

Il faut "vite fermer ta bouche.

L'Eglise dit, pour ses croyants, Que de mille et mille fragments Le moins gros est toute la souche !

Si ce miracle te surprend , Une Cananéenne apprend Qu'il est le pain que Dieu nous jette ; Cette femme est venue à bout , Parce qu'elle croit qu'une miette Est et vaut autant que le tout.

Tout le monde la persécute ,

Le Sauveur n'en fait pas grand cas,

Lorsqu'il la repousse tout bas ;

Elle jamais ne se rebute ;

Les disciples l'éloignent d'eux ,

Mais son cœur est si vertueux ,

Qu'elle reste persuadée ,

Jusqu'à ce qu'un Dieu dé bonté

Lui dit que la foi l'a sauvée.

Voyez donc la nécessité ^■^.

Précieuse est notre nature !

Et que le pécheur est heureux De voir un Dieu tant amoureux Du salut de sa créature.

Jetons l'œil sur son testament.

Qui nous dit que cet aliment Nourrit toujours l'âme dévote ; Mais qui l'approche indignement , Comme fit Judas Iscariotc, Boit et mange son jugement.

Car il faut que le juste craigne Par sa faute de se damner, Tant Fon risque de profaner Le sang divin du Dieu qui règne.

Celui qui s'assied sur le banc , A l'autel , sans vêtement blanc ,

idO ' Arnaud Daubasse

Es estacat , seloun soun crime , Dambe de cadenos de fèr, Apèy jetât al grand abime , Oun resto lou bièl Lucifer.

Crey, créature miserablo , Quand bas minja lou pa dél Cèl , Que l'inoucenço del troupèl Te serio belcop fabourablo.

Cal , per approuja d'un repas Oun lou juste fay sous aiîas , Que toutjour nostre cors se pare D'uno sento dispositiù , Perço que gna res de tan rare Que la car de Tagnèl de Diù.

Froumen céleste , pa de bito , Nous-aùs te dibèn nostre amour^ Perque Jésus es net e jour Entiè dins sa mendro partido.

Ma fe badra men qu*un digniè , Se n*es pas la del Centeniè.

Es tem que mouh esprit se rande Per approuja del rey del Cèl , Cal be que ma fe sio pus grande Que touto aquelo d'Israèl.

Poèmes 131 '

Est attaché selon son crime Au moyen de chaînes de fer, Puis jeté dans le noir abîme A côté du vieux Lucifer,

Crois, créature misérable, En recevant le pain bénit , Que rinnocence de l'habit Te sera beaucoup favorable.

Il faut , pour se rendre au festin , Où le juste fait son destin , Que toujours «notre corps se pare Du sentiment le plus pieux , Parce qu'il n'est rien de si rare Que la chair de l'agneau de Dieu.

Froment céleste, pain de vie, Nous te devons tout notre amour, Puisque Jésus est , nuit et jour, Entier dans ta moindre partie.

Ma foi vaudra moins qu'un denier Si ce n'est foi du Centenier.

Il est temps que mon cœur se rende :

Pour approcher du roi du Ciel , Il faut que ma foi soit plus grande Que toute celle d'Israël.

DSrOË3L3

NOËL I

Très reys que Ton apèlo Mages de l'Orian , Counduts per uno estèlo , S'en ban en damandan Que caùcun lour ensegne L'estable benezit Qu'ayci-bas Nostre Segne Per palay a caùzit.

Un pastre , uno pastouro Que y èroun per Nadal , Respoundèroun sur l'ouro :

Lou troubares abal, Dedins uno crejeto Que li serbis de brès , Tout près d'uno saùmeto Qu'escaùduro sous pès.

Aquel niayssant estable Oun Nostre Segne nay.

Es be pus benerable Que lou pus bel palay. Perço que la nayssçnço D'aquel saùbur tant dous Boulio per l'endigenço Salba lous pecadous.

ISTOËLS

sa

NOËL I

Trois rois que l'on appelle Mages de l'Orient , Conduits par une étoile , Marchent en demandant Que quelqu'un leur indique L'étable bénie Qu'ici-bas le Seigneur Pour palais a choisie.

Un pâtre, une bergère, Qui y étaient pour Noël , Répondirent sur l'heure :

Vous le verrez là-bas , Dans une étroite crèche Qui lui sert de berceau , Et tout près d'une ânesse Qui réchauflfe ses pieds.

Cette mauvaise étable Où le Seigneur est né.

Est bien plus vénérable Que le plus beau palais, Parce que la naissance De ce si doux sauveur Voulut, par l'indigence, Racheter le pécheur.

^34 Arnaud Daubasse

Rejouissès-bous , mayre , D'aquel tant bel efan Qu'es ayci-bas , sans payre , Counçut dins bostre flan.

Abès bis très monarcos , Maigre sa paùretat, Recounesse las marcos De sa dibinitat.

NOËL II

Pastours, sans tarda, Se cadrio leba, Per presta Taùrelho An d'uno merbelho Que bèn d'arriba.

Uno troupo d'anges Gantoun de louanges Que sount d'admira , A l'entour d'un Crist Qu'es dins un estable , L'efan pus aymable Qu'ajen janiay bis.

Ah ! Diu qu'es poulit E qu'es aberit !

Sa may, fenno e filho , Sort d'uno familho Oun tout es bénit.

Acos soun efan Que, del brès, desquilho Lou jot de Satan.

Noëh 135

Réjouissez-vous, mère, De ce si bel enfant Qui est ici, sans père , Conçu dans votre flanc.

Vous vîtes trois monarques , Malgré sa pauvreté, Reconnaître les marques De sa divinité.

NOËL II

Pasteurs , sans tarder, Il faut se lever, Pour prêter Toreille A cette merveille Qui vient d'arriver.

Une troupe d'anges Chantent des louanges Qu'il faut admirer, Tout autour d'un Christ Né dans une étable , L'enfant plus aimable Qu'on ait jamais vu.

Dieu ! qu'il est joli Et tout embelli !

Sa mère , encor fille , Sort d'une famille Où tout est béni.

Et c'est son enfant Qui , du berceau , renverse Le jeu de Satan.

136 Arnaud Daubasse

Lous pastourelets , Dans lours flsgoulets, Sur tant de merbelhos Quitoun lours ouelhos E lours agnelets Dedins un campèstre , * Per cerca lou mèstre D'aques angclets Que cantoun anèts De moutets un tome Pel boun Diù fôy home Tout nut sur de glètz'^.

Ne fan un counplot De prene un falot , Un toupi de soupo.

Cadun de la troupo Pren un gras crabot , E s'en ban atal Beyre un Diù que poupo D'un lat birginal.

Frémis, Lucifer !

Perque dunpey hier Lou saùbur t'alarmo , Car déjà desarmo Tous souldats d'iffèr.

As bel fa la guen'o , N'as pus sur la terro De que fa lou fier.

Anèt, coumo on sat, La puro Mario , May d'aquel Messio , A'scrazat lou cat D'un bil malurous.

Serpen berinous, Qu'un maynatge assoumo , Nou sabes pus coumo

yr . .affiui

Noëls 137

Les jeunes bergers Aux gais flageolets, Devant ces mer\eiUes , Laissent leurs troupeaux Et leurs doux agneaux Dans un bois champêtre , Pour chercher le Maître De ces petits anges, Chantant , aujourd'hui , De motets un tome Pour le Dieu fait homme Tout nu sur le sol.

Ils font le complot De prendre un falot Et un pot de soupe.

Chacun dans la troupe Prend un chevreau gras ; Ils s'en vont ainsi Voir le Dieu qui tête Un lait virginal.

Fiémis , Lucifer !

Car, depuis hier, Le Sauveur t'alarme Et déjà désarme Tes soldats d'enfer.

Si tu fais la guerre, Tu n'as plus sur terre De quoi te gonfler.

On le sait, d'abord, La pure Marie, Mère du Messie , Ecrasa la tête D'un vil malheureux.

Serpent venimeux , Qu^un enfant assomme , Tu ne sais plus comme

138 Arnaud Daubasse

Tenta res sus nous.

Grand monstre infernal , Un Diù , de ta poumo , Ben gari lou mal.

NOÉL III

Anguen , gentils pastourelets , En nostres flajoulets, Dedins un mayssant estable Per la nayssenço d'un Crist, Beyre l'efan pus aymable Que jamay l'on n'aje bis.

Acos aquel dibin efan *Qu'a lountem qu'attendian Per rounpre nostre esclabatge.

Sa grando dibinitat Nous fay l'aùnou , Tabantatge De besti l'humanitat.

S'aquel grand Rey, Diù d'Abraharn ,

S'es fèy caùtiù d'Adam ,

Acos per abe destacado

Aquel home lou prumiè

La mort qu'èro encadenado

A las brancos d'un poumiè.

Soun amour bol atal Que se rande mourtal ; Per paga per aquel coupable Que nous a blassats à touts , Bol naysse dins un estable E mouri sur uno crouts.

Noëls 139

Tenter rien sur nous.

Grand monstre infernal , Un Dieu , de ta pomme , Vient guérir le mal.

NOËL III

Allons, gentils bergers, Avec nos flageolets, Dans une affreuse étable Pour la naissance d'un Christ , Voir l'enfant le plus aimable Que jamais nous ayons vu.

C'est ce divin enfant Attendu depuis si longtemps Pour rompre notre esclavage.

Sa grande divinité Nous fait l'honneur, l'avantage De revêtir l'humanité.

Si ce grand roi. Dieu d'Abraham, S'est porté caution d'Adam, C'est pour l'avoir détachée , — Cet homme le premier — La mort alors enchaînée Aux branches d'un pommier.

Son amour veut ainsi Qu'il se rende mortel.

Pour payer pour ce coupable Qui nous a blessés tous , Il naquit dans une étable Et mourut sur une croix.

140 Arnaud Daubasse

Que debrio nous fa pietat Sa sento humanitat \ En quai estât s*es rcduito Per randre urous nostre sort :

Lou qu'es mèstre de la bito, S*es fèy baylet de la mort.

Anguen , Bertran ! anguen , Bidal !

Tout en cantan Nadal ,

Beyre aquel dibin Messio

Sus de palho ou de rastoul,

E sa Sento niav Mario

E Sen Jousèt soun titouP^.

NOËL IV

Anguen, Angèlo, Dans falot e calel , Bevre l'estèlo Qu'a prouduit un soulel.

Anguen à Bethleèn Doun lou salut nous bèn ; Dins un mayssant estable Un efantou beyren Qu*es admirable.

Lou Col lou douno , Jujas praqui s'es bel , Per la courouno Del troune d'Israèl.

Bèn à pas de gean E quitto soun sen ran, Qu'es de soun pay la drejo ,

■142 A7*naud Daubasse

Per naysse à mejo-nèt Dins uno crejo.

Anguen lou beyre Gadun à nostre tour, Car poudèn creyre Qu'es un brasiè d'amour.

Per nous-aùs , pecadous , Soun cor n'es que carbous ; Nostro âmo es sa mestresso Per un pruden décret De sa sagesso.

Lou Cèl lou dardo De soun dibin matras^^^ Satan regardo D'un èl de galitras^. Lou bezi tout counfus Dins lous iffèrs reclus.

Pel bounur de la terro, Jamay nou pourra plus Nous fa la guerro.

Bous cal aprene ^ Que lou Diù d'Abraham , Qu'es bengut prene L'abilhomen d'Adam, Sans cesso per nous-aù Bol souffri sans repaù , Ço que cadun merito , Goumo jujo à prcpaù Lou Diù de bito.

Noëls 143

Pour naître à minuit Dans une crèche.

Allons le voir

Chacun à notre tour,

Car on peut, croire

Qu'il est un foyer d'amour.

Pour nous autres , pécheurs ,

Son cœur n*est que charbons ;

Notre âme est sa maîtresse

Par un prudent décret

De sa sagesse.

Le Ciel le darde De son divin rayon , Satan regarde D'un œil hébété.

Je le vois tout confus Dans les enfers reclus.

Pour le bien de la terre , Jamais ne pouvant plus Nous déclarer la guerre.

Il vous faut apprendre Que le Dieu d'Abraham .

Est venu prendre Le vêtement d'Adam.

Sans cesse pour nous autres Il souffre sans repos Ce que chacun mérite Comme juge à propos Le Dieu de vie.

144 Arnaud Daubasse

NOËL V

Anguen, Miquèlo, Sans falot ni calel , Beyre l'estèlo Qu*a produit un soulel.

Quiten Jerusalèn, Courguên en Bethleèn , Oun tant de pastours ban, Dedins un estable Y beyre un efan Qu'es admirable.

Lou Cèl loù douno , Delors jujas s*es bel .

Per la courouno Del troune d'Israèl. Qùaque siogue un efan, Bèn à pas de gean.

El quito soun boun lèt , Qu'es de soun pay la drejo , Per naysse à niejo-nèt Dins uno crejo.

Anguen lou beyre Oadun à nostre tour.

Car poudèn creyre Qu'es un brasiè d'amour.

Per nous-aùs , pecadous , Soun cor n'es que carbous Que burloun net e jour.

Nostro âmo es sa mestresso , Près d'elo es soun séjour Per sa tandresso.

Noëh 145

NOËL V^'9

Allons, Michelle, Sans falot ïïï caleil, Voir rétoile Qu*a produit un soleil.

Quittons Jérusalem , Courons à Bethléem , Où tant de bergers vont , Dans une étable, Voir un enfant Qui est admirable.

Le Ciel le donne , Lors jugez s'il est beau, Pour la couronne Du trône dlraël.

Quoiqu'il soit un enfant , Il vient à pas de géant.

Il quitte son beau lit , Qui est la droite de son père, Pour naître à minuit Dans une crèche.

Allons le voir Chacun à notre tour.

Nous pouvons croire Qu'il est un brasier d'amour.

Pour nous autres , pécheurs , Son cœur n*est que charbons Qui brûlent nuit et jour.

Notre âme est sa maîtresse , Près d'elle est son séjour Pour sa tendresse.

146 Arnaud Daubasse

NOËL VI

Rebèlho-te, Miquèlo,

Quito toun lèt , Bèno beyre l'estèlo

De mejo-nèt.

Lou fil de Diù Es tout nut sul la palho Al fort d*un ben que talho , Per nous èstre caùtiù.

Qui porto la noubèlo ,

Nous a countat Qu'ai jour uno piùcèlo

L'abio boutât.

Al prumiè pas , Quand nous troubaren protche , A la may sans reprotche Offriren Tagnèl gras.

Nostros pastoureletos

A l'efantet Faran de cent flouretos

Un ramelet.

Touts , tant que sèn , Pourtaren del bilatge De lat pel bel maynatge Nascut à Betleèn.

A la sento Familho ,

Lou may saben Para , siosque home ou filho ,

Lou counplimen,

£ li dira Que berges ou bergèros An quitat lours fougèros Per béni l'adoura.

Noëls i47

NOËL VI

Réveille-toi, Michelle,

Quitte ton lit , Viens voir Tétoile

De minuit.

Le fils de Dieu Est tout nu sur la paille, Au fort d*un vent qui fouaille, Pour nous être caution.

Qui porte la nouvelle,

Nous a conté Qu*au jour une pucelle

L'avait donné.

Au premier pas , Lorsque nous serons proche , A la mère sans reproche Nous offrirons Tagneau gras.

Nos jeunes pastourelles,

Au petit en£ant , Feront de cent fleurettes

Un bouquet.

Tous , tant que nous sommes , Nous porterons du village Du lait pour le bel enfant

Né à Bethléem.

A la sainte famille ,

Le plus savant Fera — soit homme ou fille —

Le compliment,

Et lui dira Que bergers et bergères Ont quitté leurs fougères Pour venir l'adorer.

i48 Arnaud Daubasse

Janoun, la men timido,

Quand cal parla, Per touts fusquèt caùsido

Per arenga.

Daban lou jour, E ma%re la frescuro , Bèîioun à la mazuro Oun es lou Diù d'amour.

« Bous , mayre per miracle ,

Diguèt Janoun ; Bous , per cal lou diable

De cap à foun

Es abimat , Digas coumo pot èstre Que la may del grand mèstre Siogue dins tal estât?

» N'abès ni fe ni pallio

Per bous couja , Ni pesseto , ni malho ,

Per ne crounpa.

De touts constats , La gelado bous glaço , Lou ben passo e repasso ;

» Benès dins lou bilatge ,

A nostre ouslàl , Bous e boslre maynatge

Seres men mal.

Ambe nous-aûs, Jousèt aura sa plaço ; Fazès-me aquelo graço E bous saiirey grand caùs^.

» Prenès aquelo estoffo ,

En atenden Que posqui d'uno coffo

Bous fa presen.

Noi'h Ud

Janon , la moins timide , Quand il faut parler, •

Par tous est choisie Pour haranguer.

Avant le jour

Et malgré la froidure ,

Ils vont à la masure .

Où est le Dieu d'amour.

« Vous , mère , par miracle ,

Dit Janon, Par qui le diable

De haut en bas

Est abimé , Dites comment cela peut être Que la mère du grand maître Soit dans un tel état ?

» Vous n'avez foin ni paille Pour vous coucher,

Ni sou , ni maille , Pour en acheter. ' De tous côtés ,

Le froid vous glace ,

Le vent passe et repasse.

» Venez dans le village ,

A notre maison , Vous et votre enfant

Vous serez moins mal.

Au milieu de nous, Joseph aura sa place.

Faites-moi cette grâce, Je vous en saurai gré.

» Prenez cette étoffe,

En attendant Que je puisse d'une coiffe

Vous faire présent

Per bostre fil , Qu*es raourfoundut de glaço , Aùres uno bourrasse E de may un rnandil. »

Quand a dit sas caùzotos ,

Nou parlo pus , Mes bayzo las manolos

Del boun Jésus.

De soun bounhur Felicito la mayre , E recoumando al payre D*abe souèn del Saùbur.

Apèy cadua se prèsso

D'offri soun doun E de fa sa carèsso

Al Diù poupoun.

D'un panieret , Bidal tiro uno agnèlo ; Del damantal, Miquèlo Sort un poulit bouquet.

Quand an fèy lour estrcno

Al rey del Cèl , Presque à perto d*aleno

Cantoun Noël.

E pes carais Celèbroun sous louanges , Counip fan touts lous anges Que soun al Paradis.

Noëls 151

Pour votre fils Tout morfondu de froid.

Vous aurez une layette Et une chemisette. »

Quand elle a dit ces choses ,

Elle ne parle plus , Mais baise les mains roses

Du bon enfant Jésus.

De son bonheur Félicite la mère , Et recommande au père D'avoir soin du Sauveur.

Et puis chacun s'empresse

D'offrir son don Et faire une caresse

Au Dieu-poupon.

D'un petit panier, Vidal sort un agneau ; Michelle, de son tablier, Sort un bouquet fort beau.

Quand ils ont fait leur étrenne

Au roi du Ciel , Presque à perdre haleine

Ils chantent Noël.

Et par les chemins Célèbrent ses louanges , Comme font tous les anges Qui sont au Paradis.

d52 Arnaud Daubasse

NOËL VII

E leù, lèbo-te, Pierre, Pertout cantoun Nadal.

Aro you m'en baù querre Bernardin e Bidal.

Sur ço que dis un angelet , Anguen , cal tem que fasque ; You baù prene moun flajoulet E moun tambour de basque.

Gentos pastoureletos , Leba-bous de mati Per caùzi las floui'etos Pus bèlos del jardi.

Quand bendres oun anan , Coufados d'un bel ayre , Dounas lou muguet à Tefan E la roso à la mayre.

Apelèn Mars, que bengue Dan nous-aùs d'aqueste pas , E diguen-y que prengue Caùque crabot pus gras ; E tabe lou counpay Peyrot Sera de nostro cliquo ; Aquel pourtara lou falot Qu'es grand coumo uno piquo.

Quand y aùrio be uno lègo , Res nou nous pot troubla ; Nou y a balat ni sègo Que nou lou saùten pla.

Pourtant, sièguen nostre dessèn.

Un grand falot que flambo ; Sans counta que touts tant que sèn , Abèn prou bouno cambo.

Noi'b 153

NOËL VII

Et tôt, lève-toi, Pierre, Partout on chante Noël.

Maintenant je vais quérir Bernardin et Vidal.

Sur ce que dit un petit ange , Allons , quel temps qu'il fasse ; Je vais prendre mon flageolet Et mon tambour de basque.

Gentilles pastourelles , Levez-vous de bon malin Pour choisir les fleurettes Les plus belles du jardin.

Quand vous irez où nous alloué, Coiffées avec bon goût , Donnez le muguet à l'enfant Et la rose à la mère.

Appelons Marc , qu'il vienne

Avec nous , de ce pas ,

Et disons-lui qu'il prenne

Quelque chevreau bien gras ;

Aussi le compère Peyrot

Sera de notre clique^*.

Celui-là portera le falot,

Car il est grand comme une pique.

Y eût-il bien une lieue ,

Rien ne nous peut troubler ;

Il n'est ni fossé , ni haie

Que nous ne puissions sauter.

Pourtant, suivons notre dessin,

Un grand falot qui flambe ;

Sans compter que tous , tant que nous sommes ,

Nous avons assez bonne jambe.

lo4 Arnaud Daubasse

NOËL VIII

He ! leù de pès, bèlos pjistouros

Rebelhas-bous e qui tas bostre lèt.

Lou soulel se lèbo à doutzo ouros

E lou jour bèn anèt à mejo-nèt.

Lous .pastourèls que gardoun dins la prado ,

Al mitan de l'estrado

Quitoun lour troupèl

Per beyre l'efan noubèl

Dabalat del Cèl.

Bol que la paùriéro lou coubre ,

Aquel grand Diù qu'es dabalat del Cèl.

Acos praco qu'a fèy soun Loubre

A Bethleèn, bilatge d'Israèl ;

Dins un estable oun nou se bey que palho,

Sans tapis ni muralho ,

Aqui es nascut. '

Dins uno crejo tout nut,

Atal es bengut.

Per bous douna may de louanges ,

Agnèl de Diù que tant souffris,

Dayssas-nous uni dan lous anges

Per un councèrt que sio digne de bous :

Diù de bountat , perque l'amour bous meno ,

Jusqu'à perdre l'aleno

Touts boulèn atal ,

Jusqu'al darrè badal*'^,

Ganta per Nadal.

,Noëls 155

NOËL VIII

Eh ! lestes de pied, belles bergères, Réveillez-vous et quittez votre lit.

Le soleil se lève à douze heures , Et le jour vient aujourd'hui à minuit.

Les bergers qui gardent dans la prairie ,

Au milieu de l'estrade

Laissent leur troupeau ,

Pour voir l'enfant nouveau

Descendu du Ciel.

Il veut que la misère le couvre ,

Ce grand Dieu qui est venu du Ciel ;

C'est pour ça qu'il a fait son Louvre

A Bethléem , village d'Israël ;

Dans une étable où l'on ne voit que paille,

Sans tapis ni muraille ,

C'est là qu'il est né.

Dans une crèche tout nu ,

Ainsi il est venu.

Pour vous donner plus de louanges , Agneau de Dieu, qui tant avez souffert.

Laissez-nous nous unir avec les anges Dans un concert qui soit digne de vous :

Dieu de bonté , puisque l'amour vous mène ,

Jusques à perdre haleine ,

Tous nous voulons ainsi

Jusqu'au dernier souffle

Chanter à Noël.

156 Arnaud Daubasse

NOËL IX

Per abe lou Cèl en partatge , Touts tant que sèn,

Cal ana en pèlerinatge A Bethleèn.

Anguen en lous pastourelets E las pastouros ,

Beyre lou Rey des Angelets.

Qu'es nascut à doutzo ouros^.

Noëls -157

NOËL IX

Pour avoir le Ciel en partage , Tous, tant que nous sommes,

Il nous faut aller en pèlerinage A Bethléem.

Allons avec les jeunes bergers Et les bergères ,

Voir le roi des petits anges

Qui est né à minuit.

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