LETTRE DE M. ÉLIE FOURÈS
(Extrait)
Paris, le 10 août 1885,
Mon cher Confrère,
.... Votre travail sur Daubasse a été chaleureu-sèment accueilli par nous tous. Vous nous apportez la meilleure des forces, V argument le plus prenant en faveur du Félibrige,
Peu à peu, nos vieux écrivains du Midi, les fidèles de la Langue d'oc, vont donc sortir de la nuit et de l'oubli. C'est par eux, par les poètes du peuple surtout, que nous aurons la physionomie la plus exacte et la plus vivante de la race, puisqu'ils s'expriment dans la langue même de cette race. Jamais la langue française ne rendra tout le pitto^ resque des traits moraux du peuple de nos pro^ vinces du Midi. Pour l'avoir tout à fait ressemblant, ce peuple, il faut aller le voir revivre dans les œuvres des écrivains qui ont manié sa langue. Peint par un écrivain du nord de la France, il n'est plus le même; nous le r^econnaissons à peine. Ce n'est plus lui. C'est Homère traduit; ce n'est pas Homère lui-même... Les artistes, les délicats me comprendront sans qu'il soit besoin d'insister plus longuement sur ce côté de la question...
Ces artistes vous garderont, mon cher Confrère, une vive et profonde reconnaissance d'avoir songé à remettre en lumière un de ces poètes du terroir à la verve primesautière et naïve qui sont toujours attachants et toujours neufs, en un mot, toujours vivants comme la Nature même, leur grande et souvent unique éducatrice. C'est un nouveau mets littéraire que vous venez ajouter au régal des esprits curieux qui, dans leurs libres et vagabondes excursions à travers l'art et les littératures, aiment à boire à toutes les sources.
Quand tous les astres de notre firmament du Midi auront fait leur apparition à l'horizon, ils donneront au ciel de la patrie commune un éclat plus brillant qui augmentera, aux yeux de l'étranger, la gloire et le prestige de notre chère France.
A vous cordialement.
Elie Fourés.
LETTRE Du Secrétaire de la Société des Félibres de Paris
Paris, le 4 août 1885.
Mon cher Confrère,
La Société des Félibres de Paris a été heureuse de recevoir, par V intermédiai^^e de son cher ancien président, M. Paul Arène, la remaf^quable préface de votre ouvrage.
Elle a tenu à vous faire savoir quelle importance elle attache aux ptçblications comme la vôtre qui^ vous le dites fort bien, doivent sauver de l'oubli les dialectes méridionaux et la littérature provençale. Ces publications sont surtout précieuses, ynon cher Confrère, quand on y trouve, ainsi que dans votre ouvrage, à côté d'une remarquable érudition, les charmes du style et d'une critique intelligente et judicieuse.
La Société des Félih^es de Paris tiendra à honneur de placer dans sa bibliothèque un exemplaire de votre étude sur le poètes-précurseur Daubasse. Elle a été heureuse de constater que, au rebours de certains érudits qui affectent de mépriser les
vivants pour la plus grande gloire des morts, vous avez su apprécier le beau mftuvement littéraire du Félibrige et rendre un solennel hommage à Mistral , à Auhanelj à tous nos maîtres. . .
Dès à présent, cher Confrère, elle vous inscrit au nombre de ses membres honoraires, et je suis heureux d'être auprès de vous l'interprète des cor-^ diaux sentiments de tous nos amis.
Le Secrétaire,
Jules Boissiére.
NOTES
Sur la Prononciation du Patois
e se prononce é,
eu se prononce éou.
au se prononce àou.
iù se prononce iou ou yoii.
où se prononce oou.
ù se prononce ou.
tj se prononce tz ou dg ou enfin dj\
j se prononce y dans le pronom personnelle.
g se prononce ts ou dgre, mais reste dur devant a, o, w.
h est toujours muette.
ch se prononce fc/i ou ts.
Ih se prononce /i mouillées.
c se prononce s«, sauf devant a, o, u et à la fin dun mot.
X se prononce comme en français : ikse ou kse.
La prononciation de y s'isole comme î.
Toutes les lettres se prononcent.
A DAUBASSE!
Quoique simple ouvrier, Daubasse Sut se faire aimer d'Apollon ; Il escalada le Parnasse Malgré Vorage et Vaquilon, A côté de V amphitryon Il eut vite marqué sa place.
Quoique simple ouvrier, Daubasse Sut se faire aimer d* Apollon.
Sa mu^e eut toujours de to grâce Dans Vépigramme ou la chanson ; Parfois aussi, pleine d'audace, Elle sut faire la leçon, Ou saisir Varc de Cupidon, Pour enlever d'assaut la place.
Sa muse eut toujours de la grâce.
Dans Vépigramme ou la chanson.
Il avait trois bons mots de passe :
La gaîté, l'esprit, la raison.
Aussi n' eut-il point de disgrâce A supporter dans sa maison ; Dominant toute passion.
Il se moquait d'une menace.
Il avait trois bons mots de passe :
La gaîté, l'esprit, la raison.
C'est pourquoi , Je chante Daubasse, Poète du pays gascon, Dans ces vers, sorte de préface.
Où Je n'ai d'autre ambition Que celle de prendre son nom Et de le lancer dans l'espace.
C'est pourquoi , Je chante Daubasse, Poète du pays gascon.
A. Claris.
ifcit Jk