REQUETE
Contre les maîtres peigniers de Bordeaux^
Messieurs les héros de Thémis, Puisque l'Eternel vous a mis Sous l'étendard de la justice, Gomme un rat près du chat qui dort ; Si j'ai droit., soyez-moi propice , Mais condamnez-moi si j'ai tort.
Je viens , comme les autres fois , Pour faire mes petits emplois , Et Ton veut y mettre des bornes.
Des Normands et des Miquelets, Etablis autour du Palais, Viennent s'opposer à mes cornes.
Chez la raison je suis niché, Puisqu'au dernier qui fait marché La marchandise se délivre ; Et par là je veux faire voir Que, puisque le négoce est libre, C'est donc moi qui les dois avoir.
Faut-il que , de tous les marchands Qui quittent femmes et enfants , Le nez ne soit plus qu'une bête ?
Ayant déjà payé comptant, Serait-il beau que leur emplette Fût faite pour un habitant ?
166 Arnaud Daubasse
Un habitant a le loisir Et, d'acheter et de choisir, Puisqu'il a le temps à sa guise :
Un étranger qui vient exprès , Chargé de fatigue et de frais , N'aurait donc point de marchandise ?
S'il en est ainsi dans Bordeaux, Ce charmant rivage des eaux , Deux foires n'en vaudraient pas une.
Messieurs , vous l'allez mériter Pour n'y pas laisser acheter De marchandise si commune.
Des cornes ! il en est partout :
Le monde en est plein jusqu'au bout ,
Plus encore des invisibles.
Ne voient-ils pas, ces malheureux,
Que je ne prends que les visibles
Pour laisser les autres pour eux ?