‹ Œuvres complètesChapitre 53 sur 89 · A L'INTENDANT DE BORDEAUX · texte numérisé non relu

A L'INTENDANT DE BORDEAUX

Pour la même affaire

Seigneur, dont l'austère équité

Ne sait s'adapter à des bornes ,

Pour vous dire la vérité ,

Ces gens que vous voyez si mornes

Ont eu l'atroce lâcheté

De vouloir m'enlever des cornes

Achetées en argent compté.

Est-il la moindre ressemblance Entre mes cornes et les leurs ?

Poésies diverses 167

Que demande donc cette engeance ?

Que veut-elle par ses clameurs ?

S'ils ne sont pas de vrais voleurs , Ils sont du moins dans la démence.

Je consens à perdre une somme Telle qu'ils la voudront , au cas Où voulant visiter mes sacs , On y trouve une corne d'homme.

On y verrait plutôt un gnome Ou les oreilles de Midas.

Ce qu'on achète en temps de foire Est de plein droit aux acquéreurs.

Monseigneur, vous pouvez le croire , Je n'ai point acheté les leurs ; Dans mon petit laboratoire , Elles seraient des non valeurs.

vous que la raison implore !

Jugez combien sont dangereux Ces hardis suppôts de Pandore.

Hé quoi ! chacun porte ses deux Et l'on veut les miennes encore !

Et vous dont la vertu s'honore , Seigneur, ordonnez que ces gueux, Jusqu'à leur guérison , chez eux , Prennent leur dose d'ellébore ; Que moi , depuis longtemps oiseux' Et qu'un trop long ennui dévore, J'aille rejoindre mes aïeux.

168 Arnaud Daubasse

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