A UNE DAME
Des environs de Moissac
J'ai traversé , belle Henriette , Du Léthé les bienheureux flots ; Pour mon bonheur, chère brunette , Buvez vous-même de ses eaux.
Oubliez qu'un berger aimable , Par l'hymen , vous tient dans ses bras , Vous pourrez , sans être coupable , Disposer de tous vos appas.
Sans remords du passé , sans chaîne , Vous pourrez répondre à mes feux ; Vous cesserez d'être inhumaine , Et Tircis d'être malheureux.
i76 Arnaud Daubasse
Avant de boire de cette onde , Je ne pouvais avoir d'amour ; ' J*ai bu , l'ignorance est profonde :
Pour vous , je brûle nuit et jour !
Vos nœuds sacrés ne sont qu'un songe, La foi de Thyménée un nom , Le titre d'époux un mensonge , Votre couche une illusion.
Je ne vois de vrai que vos charmes , Vos vertus , mes fers , mes ardeurs ; Et vous , ne voyez que mes larmes , Mes feux, mes soupirs, mes langueurs.
Buvez donc, charmante Henriette :
Buvez, vous n'aurez plus d'époux...
Et votre nouvelle conquête Sera bientôt à vos genoux !