‹ Œuvres complètesChapitre 79 sur 89 · A UN INTENDANT DE PROVINCE · texte numérisé non relu

A UN INTENDANT DE PROVINCE

Nommé à celle de la Guyenne^'^

Ce n'est poiftt le hasard , ce n'est point le caprice

Qui règlent aujourd'hui nos aimables destins.

Quand tu viens parmi nous , c'est quelque Dieu propice

Qui, par toi, vient remplir ses décrets souverains.

J'augure , avec raison , un bonheur véritable ;

Les pleurs des citoyens que tu viens de quitter.

Leur amour, leurs regrets qu'on te voit emporter

Font naître dans nos cœurs l'espoir le plus aimable.

« Ce grand homme avec nous rendait nos jours heureux ;

Il était , disent-ils , notre ami , non un maître ,

Un père bienfaisant , noble , grand , généreux ,

Prévenant nos besoins et secondant nos vœux. »

Amis , à ces beaux traits vous pouvez le connaître !

J'applaudis au conseil dont les sages décrets Ont voulu , par tes soins , régler nos destinées. Son choix n'est point le fruit de ces sourdes menées Ni de ces vils complots qu'un espoir de succès Fait quelquefois tramer à des cœurs mercenaires. Tes brigues ont été tes talents , tes vertus ; Ton cœur, ton noble cœur, laisse aux âmes vtdgaires Les indignes moyens et les chemins tortus ; La route du mérite est la route du sage.

^ Épitrea ' 203

Pour aller aux honneurs qu'il ne recherche pas , Il laisse à ses talents à. frayer le passage. Au mensonge toujours, dont il hait le langage, Sa sévère vertu préfère le trépas.

Il ne voit qu'un opprobre au temple de mémoire ,

Quand on vient s'y placer par d'indignes moyens.

Grand dans l'obscurité , lui-même fait sa gloire

Et dédaigne toujours les secrets souterrains.

Un vertueux orgueil, une prudente audace

Le mettent au-dessus de toute lâcheté.

Un homme dans l'éclat à qui la probité ,

Dans le champ de l'honneur, n'a point marqué de place,

N'est qu'un être odieux , de son cœur détesté.

Mais quoi , me diras-tu ? quelle témérité

De venir me louer avant de me connaître !

Je veux te détromper ! Déjà , depuis longtemps ,

Je savais tes vertus , je savais tes talents.

Des hommes comme toi peuvent bien , sans paraître ,

Prétendre, à notre hommage : il suffit de leur nom.

Jamais je n'ai connu le fameux Aristide ;

Jamais je n'ai connu Socrate , ni Solon ;

Jusqu'à moi cependant , sur son aile rapide ,

L'agile renommée a porté leurs vertus.

Cette divinité , qui m'a servi de guide ,

Te donne le génie et le cœur d'un Titus.

De quels heureux transports , de quelle douce ivresse N'a pas dû nous remplir un langage aussi doux ! Hâte-toi , notre ami , de venir parmi nous ; Viens remplir notre espoir, nos vœux et ta tendresse.

ÉOLOa-TJE

AMEINTE ET DAPHNE

Daphné

Notre condition est-elle heureuse , Ameinte ?

Est-il vrai qu'il n'est pas d'état plus fortuné ?

Nous sommes sans témoins , parlons-nous sans contrainte ,

Sois sûre du secret que te jure Daphné.

Je suis fort jeune encore et depuis peu bergère,

Il n'est que quelques jours que j'ai soin d'un troupeau ;

Il faut que parmi nous il soit quelque mystère

Dès que l'on dit partout notre destin si beau.

Des n^outons, après tout, des chiens et des houlettes,

De vastes prés , des bois , ne parlent qu'à nos yeux ;

Quand de riches bouquets parent nos collerettes ,

Pour cela notre sort en est-il plus heureux?

On s'amuse un instant au bord d'une fontaine ;

Un instant , sans ennui , l'on recueille des fleurs ;

Mais un bois n'est qu'un bois , une plaine, une plaine :

Tout ce qui plaît aux yeux ne nourrit pas les cœurs.

Ameinte

Daphné , n'en doute pas , notre sort a des charmes , Chez les grands inconnus , à la ville ignorés. Tout chez nous a son prix , jusques à nos alarmes , Et nos amusements sont partout célébrés.

Les villes et les cours de nos noms retentissent ; Tous les jours on les voit envier nos plaisirs , Et le pauvre et le riche à nos jeux applaudissent : On croit voir le bonheur dans nos moindres désirs.

206 Arnaud Daubasse

MaisL ce n^est point à moi qu^il convient de t'instruire,

Tu dois d'un autre maître apprendre nos secrets.

Quand j'étais comme toi, j'interrogeai Théraire,

Qui , d'abord , des amours me vanta les bienfaits.

Elle loua beaucoup les bois et les bocages,

Les murmures des eaux , la fraîcheur des gazons ;

Ce que sait inspirer, sous des épais feuillages ,

Un volage zéphyr par mille trahisons.

Quoiqu'elle dit au mieux nos délices champêtres,

Mon cœur, je le sentais , voulait autre Mentor.

Un jour que j'étais seule, assise sous des hêtres.

Le hasard ou l'amour m'offrirent Alidor.

Quelque chose me dit , c'était mon cœur sans doute ,

Qu'il était un de ceux qu'il nous faut dans nos bois.

Il approche ; quel charme ! en tremblant je l'écoute :

Ses yeux me dirent plus que sa timide voix.

Dans l'instant, ce berger dissipa mes ténèbres :

Je vis le vrai bonheur folâtrer dans nos champs ;

Je vis s'évanouir ces nuages funèbres

Qui voilaient de mon sort les plaisirs ravissants.

Daphné

Gomme toi d' Alidor, j'aurais pu, de Silvandre, Apprendre des secrets déjà chers à mon cœur.

Ce berger, sûrement , m'aurait bien fait comprendre En quoi , de notre état , consiste le bonheur. Je le vois tous les jours dans ce bois solitaire , Garder non loin de moi ses timides brebis ; Mais je dois, par respect aux leçons de ma mère, Ne jamais lui parler et garder mes ennuis.

Il faut sur notre cœur user de vigilance , Il faut, m'a-t-elle dit, n'avoir pas de berger. Un berger est souvent l'écueil de l'innocence : On ne peut être heureux qu'en fuyant le danger.

Ameinte

Les austères leçons d'une mère craintive

N'ont jamais amené le bonheur dans nos champs.

Églogue 207

A les tr^op écouter, la bergère attentive

A toujours , dans Tennui , perdu son plus beau temps.

Daphné

S'il faut que d'un berger j'apprenne nos mystères , Silvandre est le docteijr que mon cœur a choisi ; On ne peut être heureux dans des lieux solitaires, Quand d'un affreux dégoût l'on se trouve saisi. On peut bien , sans brûler d'une secrète flamme , S'instruire d'un secret par la voix d'un berger ; Et si. l'amour venait s'emparer de mon âme , Ce ne serait jamais qu'un amour passager.

Si je sais, une fois, le secret d'être heureuse, J'irai loin de Silvandre emmener mon troupeau. En fuyant ses regards , d'une flamme amoureuse , J'aurai bientôt éteint le dangereux flambeau.

Ameinte

Quand le tendre Alidor eut pris soin de m'instruire , Je vis bien d'un autre œil et nos champs et nos bois. Je préférai le chaume au plus brillant empire ; Rien ne fut aussi beau que nos rustiques toits. Quel que soit un gazon, je l'aime mieux qu'un trône, La houlette vaut mieux qu'un sceptre dans mes mains. Quand mon cher Alidor de myrte me couronne.

Rien ne peut égaler mes précieux destins.

Dans la moindre des fleurs, j'entrevois mille charmes ; A l'ombre d'un ormeau, je me crois sous un dais. Daphné , dès que tu veux dissiper tes alarmes , Profite de tes jours, instruis-toi sans délais.

Daphné

Ameinte , à ton bonheur je ne veux point prétendre ; Je ne veux que savoir l'art de ne pas languir : Ce sera bien assez si , quelque jour, Silvandre M'apprend à profiter d'un ennuyeux loisir. *

A t'entendre, pourtant, on te croirait coupable De ces feux dangereux qu'inspirent les amours.

208 Arnaud Daubasse

S'il en faut pour passer une vie agréable ,

Chère Ameinte , aux ennuis j'abandonne mes jours.

Je veux qu'un vert gazon, un vallon,. un bocage,

Ma houlette et mon chien , quelques fleurs , un verger,

Un tilleul , un ormeau couronnés de feuillage ,

Fassent mon seul bonheur sans avoir de berger.

Quand ma mère Ta dit, en vain mon cœur réclame ;

Mon devoir à ses lois m'ordonne d'obéir ;

Et moi-même je hais une amoureuse flamme :

A l'aspect d'un berger, on ne saurait trop fuir.

Un entretien pourtant ne forge point des chaînes ,

Je puis l'avoir un jour sans beaucoup hasarder.

J'apprendrai de Silvandre à dissiper mes peines ;

S'il me parle d'amour, je saurai m'évader.

Ameinte

Que l'amour fasse ou non ma douce destinée , Ce que j'ai voulu dire, un jour tu le diras ; Je te verrai , bergère , à son char enchaînée Et chanter mieux que moi ses dons et ses appas.

Daphné

Ameinte , si je dois devenir sa captive ,

Aux champêtres plaisirs je renonce à jaçiais ;

Mais je connais mon cœur, en vain je suis craintive,

Je n'ai rien à risquer d'apprendre nos secrets.

XTOELS

NOËL I

Pasteurs , dans ces prairies , A la foi çle nos chiens , Laissons nos bergeries ; Allons , nouveaux chrétiens , Voir Tenfant admirable Conçu du Saint-Esprit , Et né dans une étable Ainsi qu'il fut prédit.

Allons, bergers, ensemble, Au son des chalumeaux, Voir un sauveur qui tremble Entre deux animaux.

L'auteur de la nature , En prenant notre corps, Ouvre à sa créature Le plus grand des trésors.

Notre roi vient de naître Dans Tétat le plus bas ; Allons le reconnaître , Précipitons nos pas.

Malgré la nuit obscure.

Allons, allons, mortels, ' Au Dieu qui nous assure Des plaisirs étemels.

Vierge pure , Marie , S'il vous plaît, dites-nous Quand ce divin Messie Voulut naître de vous ?

^0 Arnaud Daubasse

« Ce fut lorsqu'arrivée A Bethléem fort tard , Pour me voir enrôlée Dans l'édit de César. »

Rédempteur, dont l'enfance Fait notre vrai bonheur, C'est à votre naissance Que nous rendons honneur.

Que gloire soit au Père , Comme à son Saint-Esprit, Qui d'une Vierge mère Font naître Jésus-Christ.

NOËL II

Quand la Noël va paraître , Tout le monde se réjouit ; C'est le verbe qui va naître D'une Vierge vers minuit.

Accourons au grand mystère D'un Dieu pour nous fait enfant.

Sans douleur sa tendre mère Le donne dans un instant.

Trois rois quittent leur empire Pour lui porter des présents.

L'un offre l'or, l'autre la myrte , Et le troisième l'encens.

A l'exemple de ces Mages , Adorons ce divin roi ; Prodiguons-lui nos hommages Et tremblons devant sa loi.

Noëh 211

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NOËL III

Chers compagnons, que chacun s'éveille, Profitons d'une agréable nuit ; Que chacun quitte son lit Pour voir la merveille Qui vient d'arriver là Dans la tribu de Juda.

Dans cette nuit, toute la nature, Par l'amour d'un divin rédempteur. Voit unir le créateur A sa créature ,

Et le grand Dieu d'Abraham Revêtu du vieux Adam.

Tous les démons nous faisaient la guerre , Depuis l'homme désobéissant ; Mais, parce qu'un Dieu descend Du ciel sur la terre , Tous nos liens sont rompus Et nos ennemis vaincus.

Cet enfant qui couche sur la paille Dans la rude saison de l'hiver.

Aux puissances de l'enfer Vient livrer bataille Et rompre les attentats De nos anges apostats.

Peut-on rien voir de plus admirable Que ce qui nous paraît en ce lieu !

Bethléem nous offre un Dieu Ké dans une étable , Qui des pécheurs prend le rang Pour les laver dans son sang.

212 Arnaud Daiihas&e

Allons , pasteurs , au son de nos musettes , D'après ce qu'un ange nous a dit , Allons voir l'enfant prédit Par tant de prophètes, L'enfent descendu du ciel Pour délivrer Israël.

NOËL IV

On n'entend parler que de guerre ;

Rien n'est en paix parmi nous ici-bas ;

Le ciel la fait avec la terre ,

Il n'est que nous qui ne la faisons pas.

Lorsque le ciel , pour nous , tant que nous sommes ,

A crié : Paix I aux hommes ,

C'est dans ce moment Que , du haut du firmament ,

Notre Dieu descend.

L'homme ne pouvant satisfaire, Ni par œuvres, ni par contrition , A son offense originaire Qu'attendait l'horrible punition , Le rédempteur est descendu lui-même

Pour marquer qu'il nous aime

Jusques à l'excès.

Et nous donner de plus près

Le baiser de paix^^.

Noëla 213

NOËL V

On ne voit plus d'éclairs Qui précèdent le tonnerre , On ne voit plus d'éclairs Epouvanter les airs.

La paix succède à la guerre , La joie règne en tous lieux ; Dans ce moment , la terre L'a reçue des cieux.

Bénissons l'Eternel De ce mystère adorable ; Bénissons l'Eternel Et son Emmanuel.

Allons , pénétrons dans Tétable , Voyons-y l'Homme-Dieu Souffrir comme un coupable Sans avoir donné lieu.

Infini Tout-puissant Et par essence impassible , Infini Tout-puissant , Il gémit en naissant.

Sa misère est bien visible :

Il grandit en souffrant ; Aux maux il est sensible Plus que tout autre enfant.

Eveillez- vous , Catin, Isabeau, Margot, Lisette, Eveillez-vous, Catin, Quoi qu'il soit grand matin.

Qu'Arnaud prenne sa musette, Chariot son chalumeau , Pour célébrer la fête De notre enfant nouveau.

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Noëls 215

Chantons avec les anges, Chantons , et d'esprit et de cœur, Mille et mille louanges A l'enfant rédempteur.

C'est aujourd'hui, vers la minuit.

Qu'un Dieu , par son amour conduit , Pour nous veut paraître en proscrit.

Auteur de la nature, Etemel avant comme après ,

Il fait d'une masure

Son superbe palais.

Chantons avec les anges , Chantons , et d'esprit et de cœur,

Mille et mille louanges

A l'enfant rédempteur.

Une vieille étable sans toit , De tous côtés ouverte au froid , Est le mystérieux endroit

Que la Toute-puissance A voulu choisir pour son fils :

Prémices de vengeance

Pour les crimes commis.

Chantons avec les anges , Chantons , et d^esprit et de cœur.

Mille et mille louanges

A l'enfant rédempteur.

Qui n'a point la foi d'Abraham Restera fils du vieil Adam Et membre éternel de Satan.

Le mystère ineffable D'un Dieu fait homme pour souffrir,

Inventée à plaisir.

Chantons avec les anges , Chantons , et d'esprit et de cœur, Mille et mille louanges A l'enfant rédempteur.

216 Arnaud Daubasse

Pour nous , qui nous faisons honneur De croire au besoin d'un sauveur, Allons , et d'esprit et de cœur,

L'adorer dans sa crèche; C'est là qu'il lie Belzébuth ,

Le terrasse et nous prêche

Les dogmes du salut.

Chantons avec les anges , Chantons , et d'esprit et de cœur,

Mille et mille louanges

A l'enfant rédempteur.

Ses cris sont des leçons

Et ses exemples des raisons

De mourir à nos passions.

S'il n'est point en délire , Qui voit pour soi son Dieu souffrir,

Des méchants est le pire

S'il ne sait s'attendrir.

Chantons avec les anges , Chantons , et d'esprit et de cœur, Mille et mille louanges A l'enfant rédempteur.

Les maux qui cernent son berceau , Sur lui s'accroîtront en monceau Pour le suivre jusqu'au tombeau.

La croix et le calvaire Ont déjà préparé l'autel

Où Dieu , dans sa colère ,

Attend Emmanuel.

Chantons avec les anges ^ Chantons , et d'esprit et de cœur.

Mille et mille louanges A l'enfant rédempteur.

De tout chrétien c'est là la Toi, Le ciel, les prophètes, la loi Garantissent ce que je crois.

Noëls 217

Pour expier le ci^me Dont rhomme en Adam s'est noirci ,

Il faut que la Victime

Soit d'un prix infini.

Chantons avec les anges , Chantons , et d'esprit et de cœur,

Mille et mille louanges

A l'enfant rédempteur.

NOËL VII

On dit que le Sauveur est né ;

Qui croit, ne peut être étonné

D'une telle nouvelle.

Qu'il sera doux Ce chaste époux , De toute âme fidèle !

Les prophètes, depuis Adam, Ont prédit de ce Saint enfant La naissance mortelle.

Qu'il sera doux Ce chaste époux.

De toute âme fidèle !

Bethléem , le plus chétif lieu , Est, par la naissance d'un Dieu, La cité la plus belle.

Qu'il sera doux Ce chaste époux , De toute âme fidèle !

Allons, pasteurs, conjointement, Adorer ce divin enfant Dont la mère est pucelle.

Qu'il sera doux ' Ce chaste époux, De toute âme fidèle !

Nous verrons , dans ce pauvre lieu , Le véritable agneau de Dieu , Sa parole éternelle.

Qu'il sera doux Ce chaste époux , De toute âme fidèle !

Bientôt trois rois de l'Orient Viendront adorer cet enfant Encore à la mamelle.

Qu'il sera doux Ce chaste époux, De toute âme fidèle !

A l'éclat du même flambeau , Nous verrons un peuple nouveau L'adorer avec zèle.

Qu'il sera doux Ce chaste époux, De toute âme fidèle !

Ces mages , vrais adorateurs , De l'évangile précurseurs.

Seront notre modèle.

Qu'il sera doux Ce chaste époux, De toute âme fidèle !

Noëls 219

Leur vocation à la foi Annonce que la vieille loi Fait place à la nouvelle.

Qu'il sera doux Ce chaste époux, De toute âme fidèle !

La synagogue n'aura plus Ni temple , ni lois , ni vertus , Ni fête solennelle.

Qu'il sera doux Ce chaste époux, De toute âme fidèle !

Nous verrons périr des faux Dieux Qu'ont adoré nos vieux aïeux , L'étonnante séquelle.

Qu'il sera doux Ce chaste époux.

De toute âme fidèle !

Sur nous cet enfant régnera , Pour nous sur la croix il mourra D'une mort très cruelle.

Qu'il sera doux Ce chaste époux, De toute âme fidèle !

Tous ceux qui suivront ses leçons Auront au ciel leurs portions A sa gloire éternelle. *

Qu'il sera doux Ce chaste époux, De toute âme fidèle !

220 Arnaud Vaiihasse

NOËL VIII

Heureuse et funeste pomine Dont réclat séduisit l'homme , La terre, sans ton malheur, N'eût point germé de sauveur Ni pu rassembler la somme Qu'il fallait pour sa rançon.

L'étemel, souverain maître, N'eût jamais pu reconnaître Que son fils pour caution.

Devant ce profond mystère , Toute raison doit se taire.

Dieu voulut, dans sa bonté.

Qu'une Vierge ait enfanté ' Son Dieu, son fils, son père.

C'est l'ineffable moyen Que le Tout-puissant invente Pour ne pas tromper l'attente Du coupable genre humain.

Verbe, éternelle substance,»

Egal à Dieu par essence , De notre salut jaloux , Vous venez , comme un de nous , Ici-bas prendre naissance.

Du berceau jusqu'à la croix.

Votre énergique tendresse N'a cessé d'être en détresse Pour reconquérir nos droits.

Annoncé par vos oracles , Vous quittez vos tabernacles Pour vous réunir à nous , Et du bonheur de nous tous Aplanir tous les obstacles.

Noëls 221

L'enfer réglait notre sort ; Mais , malgré sa noire envie , Vous ravivez notre vie En triomphant de la mort.

Grand Dieu, majesté suprême, Qu*il est juste qu*on vous aime , Puisque c'est à votre amour Que l'homme doit le retour De cette tendresse extrême Qu'eût pour nous le créateur !

Votre caution reçue, L'Eternel perdit de vue Les outrages du pécheur.

NOËL IX

Hâtez-vous , grands prophètes , Successeurs d'Abraham , De venir à nos fêtes Dans cet heureux moment :

Le Sauveur admirable Que le ciel nous promit Est né dans une'étable, Au milieu de la nuit.

Voyez si c'est le même Que vous avez prédit Et que l'Être suprême A nos pères promit.

Vous devez le connaître Puisqu'il fut révélé ; Voyez si c'est le même Qui doit être immolé.

222 Ai*^iaud Daubasse

Témoins de la misère Dont il est tout couvert , N'ayant qu'une chaumière Sans porte ni couvert ; Nous avons peine à croire Que la divinité Ait pu mettre sa gloire Dans tant de pauvreté.

Au lieu du plus beau Louvre Qu'aient jamais eu les rois , La détresse le couvre Et le met aux abois ; Confidents authentiques Des grands secrets de Dieu , Voyez dans vos rubriques Si c'est l'enfant Hébreu.

Cet état de détresse Dit un être impuissant , Et sa grande faiblesse Ur> pur et simple enfant.

Le Verbe dans les langes, « Qui se nourrit de lait , Dit des choses étranges Qui choquent, en effet.

Expliquez-nous , prophètes , Ce mystère inouï ; Soyez nos interprètes Et parlez-nous de lui.

Le Verbe à la mamelle Offre je ne sais quoi Qui fait que l'on chancelle Sur ce dogme de foi.

Bergers , répond Elie , Ne vous abusez pas ; C'est le sort du Messie D'être tel ici-bas.

Noëls 223

Pour être le modèle »

De toutes les vertus , Il fallait que son zèle Réformât tout abus.

Dans le plan ineffable De la rédemption , Dieu veut pour préalable L'humiliation , Une souffrance extrême , Un entier dénûment, L'abandon de soi-même Et des œuvres d'Adam.

L'orgueil fit le grand crime De tout le genre humain.

Quel être assez sublime , S'il n'eût été divin , Aurait pu satisfaire A l'Éternel fâché , S'il n'eût fait le contraire De l'acte du péché.

Il fallait qu'il fût homme Pour être rédempteur.

Bût-il payé la somme Que devait le pécheur, S'il n'eût été capable D'expier sur son corps Les forfaits du coupable Qu'il figurait alors ?

Il suit le cours de l'âge De notre humanité Pour fixer davantage Notre crédulité.

S'il eût voulu paraître Autre qu'on ne l'a veu*^, On eût douté peut-être Qu'il fût un homme Dieu.

Arnaud Daubasse

L'accord èes deux natures Est un secret divin Que toutes nos mesures Voudraient atteindre en vain.

II serait téméraire A Forgueilleux mortel De sonder un mystère Qu*a caché TEternel.

Dans l'empire céleste , Tout est vu clairement , Ainsi que nous l'atteste La voix du Tout-puissant.

Respectons les nuages Dont Dieu veut se couvrir ; Bornons-nous aux hommages De savoir obéir.

Notes des Poésies

NOTES

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