A UN GENTILHOMME
Qui était sur le point de se marier^
Ami , c'en est donc fait , une louable flamme ^
Aux volages amours va creuser le tombeau ;
Une beauté , dit-on , a captivé ton âme»,
Et l'hymen doit bientôt allumer le flambeau :
Ose donc espérer le destin le plus beau.
Si, de tes heureux jours, Boris nourrit la trame,
Chaque instant du bonheur sera le vrai tableau.
Ton choix, que j'applaudis, est digne de toi-même ;
Un grand cœur n'est point fait pour vivre dans l'erreur.
Tes penchants pour l'amour ne sont point un problème ;
Mais tu manquais d'objet qui fixât ton bonheur.
Quahd le ciel, par l'hymen, aura lié ton cœur,
Tes respectables nœuds seront un bien suprême ,
Tu pourras sans remords couronner ton ardeur.
JÉpitres 201
Je connais la beauté que le ciel te destine ,
Des nymphes du pays elle fait l*ornement ;
L'aurore est dans ses yeux ; sur sa bouche enfantine
Les grâces ont gravé leur pouvoir triomphant ;
Les roses font son teint, le lys n'est pas plus blanc,
Nason l'eût préférée à la belle Corinne,
Si, comme elle, Doris eût vécu dans ce temps.
Son austère vertu , liée avec les grâces ,
Peut servir de modèle aux belles d'alentour.
Quand les jeux et les ris folâtrent sur ses traces ,
Elle fait respecter les charmes de l'amour.
Son front, pur et serein comme l'est un beau jour,
De l'affectation dédaigne les grimaces ;
Une aimable décence est son plus bel atour.
Elle tient son éclat des mains de la nature ;
L'art le plus recherché ternirait ses appas ,
Un air noble et naif fait sa riche parure.
Du faste qu'elle hait le somptueux fracas ,
Le luxe ruineux qui confond les états
Ne sont à' ses regards qu'une folle imposture.
Quel bonheur, cher ami , de l'avoir dans tes bras !
J'admire ces hymens que l'amour seul contracte ,
Je ne puis qu'abhorrer ceux que fait l'intérêt.
Un cœur noble et sensible entre-t-il dans un pacte
Où les tendres amours se prêtent à regret ?
Si fu veux que tes nœuds aient un charme parfait ,
Déteste , cher ami , ceux que l'amour rétracte :
S'unir sans sentiment fut toujours un forfait.
Garde-toi d'écouter un langage sordide ;
Ce ne sont point les biens qui nous rendent heureux.
Il répugne qu'un cœur qui d'argent est avide
D'un amour épuré puisse goûter les feux.
Une âme délicate , en se formant des nœuds ,
Ne suit que le transport qui doit être son guide ;
Sans cela les amours sont un joug onéreux.
202 Arnaud Daubasse
Hâtez-vous, chers amants, d'unir vos destinées,
Rendez de vos plaisirs les dieux même jaloux.
Que Tamour, en filant vos paisibles années ,
Vous rende pour jamais l'exemple des épotix !
Quand on est vertueux , sensible comme vous ,
Et qu'on voit, par l'hymen, ses flammes couronnées.
On ne peut aspirer à des destins plus doux.