‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 2)Chapitre 103 sur 138 · DE LA PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

DE LA PHILOSOPHIE

La. philosophie est l'étude de la nature et de la morale fondée sur le raisonnement. Cette science fut d'abord appelée sagesse y coipia; et ceux qui en faisaient profession, sages, (7090t. Ces noms parurent trop fastueux à Pythagore, et il leur en substitua de plus modestes, appelant cette science philosophie, c'est-à-dire amour de la sagesse; et ceux qui l'enseignaient ou qui s'y api^iquaient, philosophes, cesl-adire amateurs de la sagesse.

Presque dans tous les temps et dans toutes les nations policées, il y a eu des hommes studieux et d'un esprit élevé qui ont cultivé cette science avec un grand soin : les prêtres en Egypte, les mages dans la Perse, les Chaldéens à Babylone , les ])rachmanes ou gymnosophistes chez les Indiens, les druides chez les Gaulois. Quoique la philosophie doive son origine à plusieurs de ceux que je viens de nommer, je ne la considérerai ici qu'autant qu'elle a paru dans la Grèce, qui lui a donné un nouvel éclat, et qui en est devenue connue l'école générale. Ce ne sont pas seulement quelques

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particuliers, épars ch et là en différentes régions, qui fassent de temps en temps d'heureux efforts et qui jettent par leurs écrits et par leur réputation une lumière brillante, mais courte et passagère; la Grèce, par un privilège singulier, a nourri et formé dans son sein, pendant une longue suite de siècles non interrompue , une foule, ou, pour mieux dire, un peuple de philosophes uniquement occupés à chercher la vérité, dont plusieurs, dans cette vue, renonçaient à leurs biens, quittaient leur patrie, entreprenaient de longs et pénibles voyages, et passaient toute leur vie dans l'étude jusqu'à une extrême vieillesse.

Peut-on croire que ce concours d'hommes savants et studieux, si persévérant, et d'une si longue durée dans un seul et même pays, n'ait été l'effet que du hasard, et non d'une providence particulière qui a suscité cette nombreuse suite de philosophes pour maintenir et perpétuer l'ancienne tradition sur certaines vérités essentielles et capitales? Combien leurs préceptes sur la morale, sur les vertus, sur les devoirs, ont - ils été utiles pour empêcher le débordement des vices! Quel affreux désordre, par exemple, aurait -on vu , si la secte épicurienne eût été seule et dominante ! Combien leurs disputes ont - elles servi pour conserver les dogmes importants de la distinction de la matière et de l'esprit, de l'immortalité de l'ame, de l'existence d'un Être souverain. Il n'est pas douteux que Dieu leur avait découvert sur tous ces points d'admirables principes préférablement à tant d'autres peuples que la bar barie tenait dans une profonde ignorance ^

' « Quorl notum est Dei, luanifestuui est in illis : Deus enim illis nianifestavit. »

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Il est vrai que parmi ces philosophes plusieurs ont avancé d'étranges absurdités. Tous même, selon S. Paul, ont retenu la vérité de Dieu dans Vinjustiee...^ Rom i, 19 ne V ayant point glorijîé comme Dieu , et ne lui ajatit point rendu grâces. Aucune école n'a jamais osé soutenir ni prouver l'unité d'un Dieu, quoique les plus habiles philosophes fussent tous pleinement convaincus <le cette vérité. Dieu a voulu nous apprendre par leur exemple ce qu'est et ce que peut l'homme abandonné à lui seul. Pendant quatre cents ans et plus, tous ces beaux esprits si subtils, si pénétrants, si profonds, n'ont cessé de disputer, d'examiner, de dogmatiser, , sans pouvoir convenir de rien entre eux, et sans rien finir. Ce n'était pas eux que Dieu avait destinés pour être la lumière du monde : non fios elegil Dominus. Bjjui.

La philosophie chez les Grecs s'est divisée en deux grandes sectes : l'une appelée ïionoque, fondée par Thaïes, qui était d'Ionie; l'autre nommée V italique ^ parce que c'est dans cette partie de l'Italie appelée la Grande - Grèce qu'elle a été établie par Pythagore. L'une et l'autre se partagent en plusieurs autres branches, comme on le verra bientôt.

Voilà en gros la matière de la dissertation que j'entreprends de donner sur la philosophie ancienne. Elle deviendrait immense, si je songeais à la traiter à font!, ce qui ne convient point au plan que je me propose. Je me contenterai dohc , en exposant l'histoire et les sentiments de ceux qui se sont le plus distingués parmi ces philosophes, de rapporter ce qui me paraîtra le plus important, le plus instructif, le plus propre à satisfaire la juste curiosité d'un lecteur qui regarde les actions et les opinions de ces philosophes connne une partie

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essentielle de l'histoire, mais dont il lui suffît d'avoir une connaissance si^perficielle et une idée générale. Mes guides seront, parmi les anciens, Cicéron dans ses œuvres philosophiques , et .Diogène Laërce dans son traité des philosophes; et, parmi les modernes, le savant Stanley, Anglais, qui a fait un excellent ouvrage sur cette matière.

Je diviserai ma dissertation en deux parties : dans la première, je rapporterai l'histoire des philosophes, sans m'étendre beaucoup sur leurs sentiments ; dans la seconde, je traiterai l'histoire de la philosophie même, en exposant les principaux dogmes des différentes sectes.

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