‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 2)Chapitre 104 sur 138 · THALÈS · texte numérisé non relu

THALÈS

Thaïes était de Milet, ville célèbre de l'Ionie. Il, vint Diog. Lacrt. au monde la première année de la 35^ olympiade. Av.'lc?64o.'

Pour profiter des lumières de ce qu'il y avait alors de plus habiles gens, il fît plusieurs voyages, selon la coutume des anciens : d'abord dans l'île de Crète, puis

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dans la Phénicie, et enfin dans l'Egypte, où il consulta les prêtres de Memphis, qui cultivaient avec un soin extrême les sciences supérieures. Il apprit sous ces grands maîtres la géométrie, l'astronomie et la philosophie. Un disciple de cette espèce ne l'est pas longtemps ; aussi Thaïes passa-t-il bien vite des leçons aux découvertes. Ses maîtres de Memphis apprirent de lui le moyen de mesurer exactement les immenses pyramides qui subsistent encore ^.

L'Egypte était gouvernée pour-lors par Amasis, prince ({ui aimait les lettres, parce qu'il était lui-même fort lettré. Il fit tout le cas qu'il devait du mérite de Thaïes, et lui donna des marques publiques de son estime; mais ce philosophe grec, amateur de la liberté et de l'indépendance, n'avait pas ce qu'il fallait pour se maintenir à la cour. II était grand astronome , grand géomètre , excellent philosophe , mais mauvais courtisan. La manière trop libre dont il déclamait contre la tyrannie déplut à Amasis, et lui fit prendre contre lui des impressions de défiance et de crainte qu'il ne se mit pas trop en peine d'effacer, et qui furent suivies peu de temps après de sa disgrâce entière. La Grèce en profita. Thaïes quitta la cour, et revint à Milet répandre dans le sein de sa patrie les trésors de l'Egypte.

Le grand progrès qu'il avait fait dans les sciences le fit mettre au nombre des sept sages de la Grèce , si vantés dans l'antiquité. De ces sept sages , il n'y eut que Thaïes qui fonda une secte de philosophes , parce qu'il s'appliqua à la contemplation de la nature, forma une école et un corps de doctrine , eut des disciples et des

' "Voy. plus haut la note à <;e sujet, tora. II , p. 435. — L.

successeurs. Les autres ne se firent remarquer que par un genre de vie plus réglé, et par quelques préceptes moraux qu'ils donnèrent dans les occasions.

J'ai parlé ailleurs avec quelque étendue de ces sages, lu^f ancien, aussi-bien que de plusieurs circonstances de la vie de ^'^"."'"li'-^Kïhalès , de son séjour à la cour de Crésus , roi de Lydie , «-'J'"""- 1 et de son entretien avec Solon. J'y ai rapporté le mot j)laisant et sensé d'une femme qui le vit tomber dans une fosse lorsqu'il contemplait les astres: Coiyiment, lui ditelle, pourriez -vous connaître ce qui se fait dans le ciel y puisque vous ne vojez pas ce qui est proche de vos pieds ? Et le tour ingénieux dont il se servit pour éluder les poursuites de sa mère qui le pressait de se marier, en lui répondant lorsqu'il était jeune : // n'est pas encore temps ; et lorsqu'il fut sur le retour: Un est plus temps.

Les raisons qui avaient empêché Thaïes de se donner des chaînes en s'engageant dans le mariage lui firent préférer une vie douce et tranquille aux emplois les plus brillants. Animé d'un désir vif de connaître la nature, il l'étudia assidûment dans un heureux loisir que lui donnait une retraite exacte, impénétrable au tumulte, mais ouverte à tous ceux que l'amour de la vérité ou le besoin de ses conseils lui amenait. Il n'en sortait que très-rarement : c'était pour aller prendre un repas frugal chez Thrasybule, son ami, qui devint par ses talents roi de Milet, dans le temps du traité que les Milésiens firent avec Alyatte II, roi de Lydie.

Cicéron*dit que Thaïes est le premier des Grecs qui cic de JVat. ait traité des matières de physique. ^u.7.5!'

On lui donne la gloire d'avoir fait plusieurs belles '^p^i',"|i '" découvertes dans l'astronomie, dont l'une, qui regarde

la grandeur. du diamètre du soleil comparé au cercle de son mouvement annuel , lui faisait grand plaisir. Aussi un homme riche, à qui il en fit part, offrant h ce philosophe pour récompense tout ce qu'il voudrait, Thaïes ne lui en demanda point d'autre, sinon qu'il fît honneur de cette découverte à celui qui en était fauteur. On reconnaît ici le vrai caractère des savants, infiniment plus sensibles à l'honneur d'une nouvelle découverte qu'aux plus grandes récompenses , et la vérité de ce que disait Tacite^ en parlant d'Helvidius Priscus , que la dernière chose dont les gens même les plus sages se dépouUlent , c'est le désir de la gloire. Il se distingua fort par son habileté à prédire dans une grande exactitude les éclipses du soleil et de la lune, ce qui était regardé pour-lors comme une chose bien merveilleuse. Saint Clément d'Alexandrie rapporte, d'après Diogène Laërce , deux belles paroles de Thaïes. Interrogé un jour ce qu'était Dieu^ : C'est ^ dit-il, ce qui n'a ni commencement niJin.Vin autre lui demandant si l'homme pouvait dérober à Dieu la connaissance de ses actions : Comment pourrait - il le faire , répondit-il , puisqu'il n'est pas en son pouvoir de lui cacher même ses pensées? Valère Maxime ajoute que Thaïes parlait ainsi ^, afin que fidée de la présence de Dieu aux pensées les plus secrètes de l'ame obligeât les hommes à tenir leur

1 « Erant quibus appetentior fa- qui ne cogitans quidem ? »

mœ videbatur, quandô etiam sapien- 3 « Mirificè Thaïes. Nam interro-

tibus cupido glorlœ novissima exni- gatus an facta hominum deos falle-

tur." (Taoit. Eist. lib. 4, cap. 6.)' rent : Nec cogitata, inquit. Ut non

2 «Rogatus Thaïes quîd sitDeus? solùm manus, sed etiam mentes pu- Id , inquit, quod neque habet prin- ras habere vellemus ; quum secretis cipium , nec finem. Quum autem ro- cogitationibus nostris cœleste nugâsset aliu«, an Deum lateat homo men adesse crederemus. » (Val. aliquid agens : Et quomodo , inquit , Max. lib. 7 , cap. 2. )

cœur, non moins que leurs mains, dans une grande pureté. Cicéron fait précisément la mênie remarque, quolqu'en termes un peu différents. Thaïes % dit-il, qui tenait le premier rang parmi les sept sages de la Grèce, croyait qu'il était de la dernière importance que les hommes fussent bien convaincus que la Divinité remplissait tout et voyait tout, et que c'était là le moyen de les rendre plus sages et plus religieux.

Il mourut la première année de la 58^ olympiade, an.m.3.^5(;. âgé de quatre-vingt-douze ans, dans le même temps qu'il assistait à la célébration des jeux olympiques.

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