ARISTIPPE
Aiistip[)e fut le chef de la secte cyrénaïque. Il était originaire de Cyrène dans la Libye. La grande réputation de Socrate lui fit quitter son pays pour aller i.a s'établir à Athènes , afin d'avoir le plaisir de l'entendre. Il fiit un des principaux disciples de ce philosophe : mais il mena une vie fort opposée aux préceptes qu'on enseignait dans cette excellente école, et, de retour dans sa patrie, il ouvrit à ses disciples une route bien différente. Le fond de sa doctrine est , que le souverain
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bonheur de riiomme , pendant cette vie , consiste dans la volupté. Sa conduite ne démentit point ses sentiments^ et il employait les ressources d'un esprit présent et agréable à éluder par des plaisanteries les justes reproches qu'on lui faisait de ses excès. Il était livré sans cesse à la bonne chère et aux femmes. Comme ^ on le raillait sur le commerce qu'il avait avec la courtisane Laïs : // est vrai^ dït-'û , je possède Laïs, mais Lais ne me possède pas. Quand on lui reprochait qu'il vivait trop splendidement, il disait : Si la bonite chère était blâmable^ on ne ferait pas de si grands festins dans toutes les fêtes des dieux.
La réputation de Denys le tyran , dont la cour était le centre des plaisirs , dont la bourse , disait-on , était ouverte aux savants, et la table toujours magnifiquement servie, l'attira à Syracuse. Comme il avait l'esprit souple , adroit , insinuant ; qu'il ne manquait aucune occasion de flatter le prince , et qu'il supportait ses railleries et ses mauvaises humeurs avec une patience qui allait jusqu'à la servilité , il eut beaucoup de crédit dans cette cour. Un jour Denys lui demandant pourquoi on voyait perpétuellement des philosophes chez les grands seigneurs, et qu'on ne voyait jamais ceux-ci chez les philosophes : C'est , répondit Aristippe , que les philosophes connaissent leurs besoins ^ et que les grands seigneurs ne connaissent pas les leurs.
Si Aristippe pouvait se contenter de légumes., disait
contre lui Diogène le cynique, il ne s'abaisse?'ait pas a
faire la cour aux princes. Si celui qui me condamne ,
' «Ne Aristippus quidem ille so- (\ai\., Laïda, non habeor a Laide.» craticus erubuit, quum esset objec- (Cic. Ep. 26 , 1. 9 , adFamU. ) tum habeie eum Laïda : Habco , in-
répliquait Aristippe, savaitfaire la cour aux princes ^ il ne se contenterait pas de légumes.
Si pranderet olus patienter, regibus uti Horat. 1. r,
Nollet Aristippus. Si sciret regiIJus uti, ''
Fasticliret olus qui me notât.
L'un cherchait à faire honne chère , l'autre à se faire admirer du peuple.
Scurror ego ipse mihi, populo tu.
Lequel vaut mieux? Horace n'hésite point; il donne la préférence à Aristippe , dont il fait l'éloge en plus d'un endroit. Il lui ressemblait trop pour ne le pas louer. Cependant il n'ose se livrer aux principes d'Aristippe : il y retombe par une pente secrète.
Nunc in Aristippi furtim praecepta relabor. Ibiil. lib. i,
epist. r.
Tant l'amour de la volupté a de bassesse, que se dissimulent le mieux qu'ils peuvent, mais que ne peuvent se cacher entièrement ceux même qui s'y abandonnent !
Aristippe fut le premier des disciples de Socrate qui commença d'exiger certaine rétribution de ceux qu'il enseignait; de quoi son maître lui sut bien mauvais gré. Ayant demandé à un liomme cinquante dragmes ^ pour instruire son fils : « Comment, cinquante dragmes î «s'écria le père de l'enfant; eh! il n'en faudrait pas « davantage pour acheter un esclave. Eh bien , repartit « Aristippe; achète-le, et tu en auras deux. »
Aristippe mourut en retournant de Syracuse à Cyrène. Il avait une (ille nommée Aréta , qu'il eut grand
' Vingt-cinqlivres. = 4-^fi'- — L-
soin d'élever dans ses principes, et elle y devint trèshabile. Elle instruisit elle-même son fils Aristippe, surnommé Mètrodidacte.