‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 2)Chapitre 112 sur 138 · THÉODORE · texte numérisé non relu

THÉODORE

Lacrt. Théodore, disciple d'Aristippe, outre les autres prin-

cipes des cyrénaïques, enseigna publiquement qu'il n'y avait point de dieux. Les Cyrénéens l'exilèrent. Il se réfugia à Athènes, où il aurait été conduit devant l'Aréopage , et condamné , si Démétrius de Phalère n'eût trouvé le moyen de le sauver. Ptolémée, fils de Lagus , le reçut chez lui , et l'envoya un jour en qualité d'ambassadeur vers Lysimaque. TjC philosophe lui parla avec tant d'effronterie, que l'intendant de ce prince, qui se trouva présent, lui dit : Je crois ^ Théodore^ que tu t'imagines qu'il nj a pas de rois, non plus que de dieux.

On croit que ce philosophe fut à la fin condamné à mort, et qu'on l'obligea de prendre du poison.

Nous voyons ici combien cette doctrine impie de l'athéisme , contraire à la créance commune et immémoriale des hommes, scandalise et révolte généralement tous les peuples, jusqu'à être jugée digne de mort. Elle doit sa naissance à des maîtres plongés dans la débauche de la bonne chère et des femmes, et qui se proposent la volupté des sens pour leur dernière fin.

ARTICLE IL

De la secte inégarique.

Elle fut établie par Euclide, qui était de Mégare , ville d'Achaïe , près de l'isthme de Corinthe. Tl étudiait

SCIENCHS ET ARTS. '^''j'J

nctwellement sous Socrate à Athènes, Iors({ue survint le célèbre décret qui donna lieu en partie à la guerre du Péloponnèse , et qui défendait aux citoyens de Mégare , sous peine de mort , de mettre le pied dans Athènes. Un danger si présent ne put refroidir son zèle pour rétude de la sagesse. Déguisé en femme , il entrait le soir dans la ville, passait la nuit chez Socrate, et sortait avant le jour , faisant ainsi régulièrement tous les jours presque dix lieues ^ , tant pour aller que pour revenir. Il est peu d'exemples d'une ardeur si vive et si constante.

Il changea peu de choses dans les sentiments de son maître. Après la mort de Socrate, Platon et les autres philosophes, qui craignaient les suites de cette mort, se retirèrent chez lui à Mégare , et ils y furent fort bien reçus. Son frère, un jour, dans un mouvement de colère et pour quelque mécontentement particulier, lui ayant dit, que je périsse ^ ^î Jf^ ne me venge de vous : et moi^ reprit Euclide, que je périsse si, par ma douceur, je ne viens point a bout de vous corriger de ces violents emportements ^ et de vous rendre autant mon ami que vous Vêtiez par le passé.

L'Euclide dont nous parlons est différent d'Euclide le mathématicien , qui était d'Alexandrie , et qui fleurit plus de quatre - vingt - dix ans après , sous le premier des Ptolémées.

Il eut pour successeur Eubulide, qui avait été son disciple. Diodore succéda à celui-ci. Nous verrons dans la suite que ces trois philosophes contribuèrent beau-

■ ■< Anipliùs viginti millia.=r La d'Antonio, qui font environ 7 lieues distance d" Athènes à Mégare était de de 20 au degré, ou y lieues conia(> milles romains , selon l'itinéri'.ire niunes. — L.

coup à jeter dans les disputes de dialectique un mauvais goût de raisonnements subtils, et uniquement fondés sur des sophismes.

Je passe presque sous silence ce qui regarde les deux sectes éliaque et érétrique, qui renferment peu de choses importantes.

ARTICLE III

Des sectes éliaque et érétiique.

Je confonds ensemble et tranche en peu de mots ces deux sectes, qui ne renferment rien d'important.

La secte éliaque fut fondée par Phœdon, l'un des plus chers disciples de Socrate. Il était d'Elée, dans le Péloponnèse.

\2 érétrique îwX. ainsi nommée d'Erétrie, ville d'Eubée, patrie de Ménédème, son fondateur.

ARTICLE IV

Des trois sectes académiciennes.

Parmi toutes les sectes qui sortirent de l'école de Socrate, la plus célèbre fut X académicienne ^ ainsi appelée du lieu où se tenaient ses assemblées, qui était la maison d'un ancien héros d'Athènes nommé Académus, située dans un faubourg de cette ville, où Platon enseigna. Nous avons vu, dans l'histoire de Cimon, que ce général athénien, qui cherchait à se distinguer autant par l'amour des sciences et des savants que par les exploits guerriers, orna et embellit ï Académie de fontaines et d'allées d'arbres pour la

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commodité des philosophes qui s'y assemhlalent. Depuis ce temps, tous les lieux où se sont assemblés les gens de lettres ont été appelés académies.

On compte trois acadé/fiies ^ ou trois sectes académiciennes. Platon fut le chef de Yancieniie ou de la première. Arcésilas, l'un des successeurs, apporta quelques changements dans sa philosophie, et fonda par cette réforme ce qu'on appelle la moyenne ou la seconde académie. On attribue à Carnéade l'établissement de la nouvelle ou troisième académie. Nous verrons bientôt ce qui en faisait la différence.

§ I. De Vancienne académie.

Ceux qui la firent fleurir, en se succédant les uns aux autres, furent Platon, Speusippe, Xénocrate, Po lémon et Grantor.

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