PLATON
Platon naquit la première année de la 88^ olym- ATv.M.Hyr,. piade. Il fut d'abord appelé Aristocle, du nom de son '' ' '^^ grand-père : son maître de palestre l'appela Platon , à cause de ses épaules larges et carrées, et ce fut le nom qui lui resta. Pendant qu'il était encore au maillot, un jour qu'il dormait sous un myrte, on dit qu'un essaim d'abeilles se posa sur ses lèvres, d'où Ton augura que cet enfant deviendrait un homme éloquent, dont le styje serait d'une grande douceur. La chose arriva, quoi qu'il faille penser de l'augure; d'où lui est resté le surnom àctpis attica, abeille athénienne.
Il étudia sous les plus habiles maîtres de grammaire, de nuisique, de peinture. Il s'appliqua aussi à la poésie.
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et fit même des tragédies, qu'il brûla à l'âge de vingt ans, après avoir entendu Socrate. Il s'attacha uniquement à ce philosophe; et comme il avait beaucoup de dispositions pour la vertu, il profita si bien des leçons de son maître, qu'à vingt -cinq ans il donna des marques d'une sagesse extraordinaire.
an.m.36oo. Le sort d'Athènes pour -lors était bien triste. Lvsan- Av.j.c.40/,. / / I , , . . , .
dre, gênerai des Lacedemoniens, y avait établi les
trente tyrans. Le mérite de Platon, qui était déjà fort connu , les porta à faire tous leurs efforts pour l'attirer dans leur parti, et pour l'obliger à se mêler du gouvernement. 11 y consentit d'abord, dans l'espérance de s'opposer à la tyrannie , ou du moins de l'adoucir : mais il s'aperçut bientôt que le mal était sans remède, et que, pour prendre part aux affaires, il fallait se rendre le complice de leurs crimes, ou la victime de leur passion. Il attendit donc un temps plus favorable. An M.3f)02. Ce temps parut bientôt après être venu. Les tyrans furent chassés, et la forme du gouvernement toute changée. Mais les affaires n'en allèrent pas mieux, et l'état recevait tous les jours de nouvelles plaies. Socrate même fut immolé à la haine de ses ennemis. Platon se retira pour-lors chez Euclide à Mégare, d'où il passa à Cyrène pour se perfectionner dans les mathématiques sous Théodore, qui était le plus grand mathématicien de son temps. Il visita ensuite l'Egypte , et conversa long-temps avec les prêtres égyptiens , qui lui enseignèrent une grande partie de leurs traductions : on croit môme qu'ils lui firent connaître les livres de Moïse et ceux des prophètes. Non content de toutes ces connaissances, il alla dans cette partie de l'Italie que l'on appelait la grande Grèce, pour y en-
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leiulre les trois fameux pythagoriciens de ce teinpslà, Philoiaûs, Arcliytas de Tarente et Eurytus. De là il passa en Sicile pour voir les merveilles de cette île, et surtout les embrasements du mont Etna. Ce voyage , qui n'était qu'un pur effet de sa curiosité, jeta les premiers fondements de la liberté de Syracuse, comme je l'ai exposé fort au long dans Thistoire des deux Denys tyrans de Syracuse, et dans celle de Dion. Il avait dessein d'aller jusqu'en Perse, et de consulter les mages : mais il en fut empêché par les guerres qui troublaient alors l'Asie.
De retour dans son pays après toutes ses courses, où il avait amassé une infinité de rares connaissances, il établit sa demeure dans un quartier d'un feubourg d'Athènes appelé V Académie ( il en a déjà été «parlé ); et c'est là qu'il donna ses leçons, et qu il forma tant d'illustres disciples.
Platon se fit un système de doctrine composé des opinions de trois philosophes. Il suivait Heraclite dans les choses naturelles et sensibles; c'est-à-dire qu'il croyait, comme Heraclite, qu'il n'y avait qu'un monde; ({ue toutes choses se produisaient de leurs contraires; (jue le mouvement qu'il appelle la guerre fait ia production des êtres, et le repos leur dissolution.
Il suivait Pythagore dans les vérités intellectuelles, qui est ce que nous appelons métaphysique : c'est-à-diie <ju'il enseignait, comme ce philosophe, qu'il y a un seul Dieu, auteur de toutes choses; que l'ame est immortelle; que les honmies ne doivent travailler qu'à se purger de leurs [tassions et de leurs vices pour être unis à Dieu; qu'après cette vie il y a une récompense pour les bons, et une punition pour les méchants;
qu'entre Dieu et les hommes il y a (lifîérents ordres d'esprits, qui sont les ministres du premier Etre. Il avait pris aussi de Pythagore la métempsycose, mais ({uil tourna à sa manière.
Enfin, il imitait Socrate dans les choses de la morale et de la politique, c'est-à-dire qu'il ramenait tout aux mœurs, et qu'il ne travaillait qu'à porter tous les hommes à remplir les devoirs attachés à l'état où ils étaient engagés par la Providence.
Il perfectionna aussi beaucoup la dialectique, ou, ce qui est la même chose, l'art de raisonner avec ordre et justesse.
Tous les ouvrages de Platon, hors ses lettres, qui ne nous restent qu'au nombre de douze, sont en forme de dialogues. Il a choisi exprès cette manière d'écrire comme plus agréable , plus familière , plus variée , et plus propre à instruire et à persuader que toute autre. Par elle il réussit merveilleusement à mettre les vérités dans tout leur jour. Il donne à chacun de ses interlocuteurs son caractère propre, et, par un enchaînement ingénieux de propositions qui suivent nécessairement les unes des autres', ii les conduit à avouer ou plutôt à dire eux-mêmes tout ce qu'il veut leur prouver.
Pour le style, on ne peut rien imaginer de plus grand , de plus noble, de plus majestueux; de sorte, dit Quintilien^, qu'il paraît parler le langage, non des hommes, mais des dieux. Le nombre et la cadence y forment une harmonie qui ne le cède presque point à celle des poé-
1 «In fllalogis sociaticorum , ma- (Quint, lib. 5, cap. 7.) ximèque Platonis, adeù scitse sunt ^ «Ut milii , non bomluls inge-
inteiTOgationes , ut, quuiii plerisque nio, sed quodani delphico vidcatiir
benè lespondeatur , res tandem ad oraculo instinctus. » (Ibid.lib. lo,
id quod volnnt efflcerc, pciveniat. » ci.)
sies d'Homère; et ralticisme, qui était pcinni les Grecs, en matière de style, ce qu'il y avait de plus fin, de plus délicat, déplus parfait en tout genre, y règne généralement, et s'y fait sentir d'une manière toute particulière.
Mais ni la beauté du style, ni l'élégance et le choix des expressions , ni Fliarmonie du nombre , ne sont pas les grands avantages des écrits de Platon. Ce qu'on y doit le plus admirer, c'est la solidité et la grandeur des sentiments, des maximes, des principes qui y sont répandus, soit pour la conduite' de la vie, soit pour la politique et le gouvernement, soit pour la religion. J'en citerai quelques endroits dans la suite.
Platon mourut la première année de la loS*' olym- An M.365fi.
piade, qui était là i3*^ du règne de Philippe, âgé de ^ '' '
quatre-vingt-un ans, et à pareil jour qu'il était né.
Il eut plusieurs disciples, dont les plus distingués furent Speusippe, son neveu du côté maternel, Xénocrate Calcédonien , et le célèbre Aristote. On prétend que Théophraste fut encore du nombre de ses auditeurs, et que Démosthène aussi le regarda toujours comme son maître : son style en est une bonne preuve. Dion, beau-frère de Denys le tyran , lui a fait aussi beaucoup d'honneur par son caractère excellent, par son attachement inviolable à sa personne, par son goût extraordinaire pour la philosophie, par ses rares qualités de l'esprit et du cœur, et par les grandes et héroïques actions qu'il fit pour rendre la liberté à sa patrie.
Après la mort de Platon, ses disciples se partagèrent cic. Aoad. en deux sectes : les premiers continuèrent à enseigner ^.^Tv 'i8^' dans l'Académie, dont ils retinrent le nom; les autres placèrent leur école dans le Lycée, endroit d'Athènes
Laert.
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orné de portiques et de jardins. Ils furent appelés y>mpateticiens ^ et curent pour clief Aristote. Ces deux sectes ne différaient que de nom , et convenaient pour les sentiments. Elles avaient toutes deux renoncé à la coutume et à la maxime de Socrate, qui était de ne rien affirmer, et de ne s'expliquer dans les disputes qu'en doutant et en hésitant. Je parlerai des péripatéticiens dans la suite, lorsque j'aurai exposé en peu de mots l'histoire des philosophes qui fixèrent leur demeure dans l'Académie.