‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 2)Chapitre 115 sur 138 · XÉNOCRATE · texte numérisé non relu

XÉNOCRATE

Xénocrate était de Chalcédoine. Il se mit de trèsbonne heure sous la discipline de Platon.

Il étudia sous ce grand maître en même temps qu'Aristote , mais non avec les mêmes talents. Il avait besoin d'éperon, et l'autre de frein ^ : c'est le jugement qu'en portait Platon; et il ajoutait qu'en les commettant ensemble , il appariait un cheval avec un âne. On le loue de ce que cette lenteur, qui lui rendait l'étude beaucoup plus pénible qu'aux autres , ne lui fit pas perdre courage. Plutarque emploie cet exemple et celui de Cléanthe , pour encourager ceux qui se sentent moins piut. <ie Aude pénétration et de vivacité , et il les exhorte a imiter ces deux grands philosophes , et à se mettre comme eux au-dessus des railleries de leurs compagnons. Si Xéno-

' Isocrate disait la même chose de Théopompe et d'Ephore. Tome XI. Hist. anr. 13

crate, par la pesanteur de son esprit, se trouva trèsinférieur à Aristote, il le surpassa de beaucoup dans ce qui regarde la philosophie pratique et la pureté des mœurs.

Diog. Laert. I^ était naturellement mélancolique , et avait quelque chose de dur et d'austère dans l'humeur : c'est pourquoi Platon l'exhortait souvent à sacrifier aux Grâces ^ lui faisant entendre assez clairement par ces mots qu'il avait besoin d'adoucir son humeur. Il lui reprochait

AEiian. 1. 14, quelqucfois ce défaut avec plus de force et moins de cap 9- ménagement , dans la crainte que ce manque de politesse et de douceur ne devînt un obstacle à tout le bien qu'il pouvait faire par ses instructions et par ses exemples. Xénocrate n'était point insensible à ces reproches; mais jamais ils ne diminuèrent en lui le profond respect qu'il avait toujours eu pour son maître; et connue on cherchait à l'indisposer contre Platon, et qu'on le portait à se défendre avec quelque vivacité, il imposa silence à ces amis indiscrets, en leur disant : Il nie traite ainsi pour mon bien. Il prit la place de

An. M. 3666. Platou la secoudc année de la i jo* olympiade.

Diogène Laërce dit qu'il n'aima ni les plaisirs ni les richesses, ni les louanges. Il fît paraître en plusieurs occasions un noble et généreux désintéressement. La cour de Macédoine avait la réputation d'entretenir beaucoup de pensionnaires et d'espions dans toutes les républiques voisines , et de corrompre à force d'argent toutes les personnes qu'on lui envoyait pour traiter d'affaires. Xénocrate fut député avec quelques autres Athéniens vers Philippe. Ce prince, habile dans l'art de s'insinuer dans les esprits, s'appliqua particulièrement à gagner Xénocrate , dont il connaissait le mérite

Diog. Laert.

et la réputation. L'ayant trouvé inaccessible aux présents et à l'intérêt, il tacha de le renverser par un mépris affecté et par de mauvais traitements , ne l'admettant point aux conférences qu'il avait avec les autres ambassadeurs de la république d'Athènes, qu'il avait corrompus par ses caresses, ses festins et ses libéralités. Notre philosophe, ferme et invariable dans ses principes, conserva toute sa roideur et toute son intégrité, et , exclu de tout, demeura dans une tranquillité parfaite, et ne parut point aux audiences ni aux festins comme ses collègues. A leur retour à Athènes, ses collègues travaillèrent de concert à le décrier dans l'esprit du peuple, et se plaignirent de ce qu'il ne leur avait servi de rien dans cette ambassade, et l'on était tout prêt à le condamner à une amende. Xénocrate , forcé par l'injustice de ses accusateurs à rompre le silence, exposa tout ce qui s'était passé à la cour de Philippe, fît entendre au peuple de quelle importance il était qu'on veillât sur la conduite de députés qui s'étaient vendus à l'ennemi de la république , couvrit de honte ses collègues , et s'acquit une gloire immortelle.

Son désintéressement fut mis aussi à l'épreuve par Cic Tusc.

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