Quaest
Alexandre-le-Grand. Les ambassadeurs de ce prmce , n. 91.
. , . , V 4 1 ^ 1 Valer. Max.
qui étaient sans doute venus a Athènes pour quelque lib. 4,0. 5. négociation publique (on n'en marque ni le temps, ni le sujet), offrirent à Xénocrate, de la part de leur maître, cinquante talents % c'est-à-dire cinquante mille écus. Xénocrate les invita à souper. Le repas était simple , frugal , 'sans appareil , et vraiment philosophique. Le lendemain "^ , les députés lui demandèrent entre les
' 9.75^000 fr. — L. cui numerari juberet : Quid ! vos
2 Quam postridiè rogarent eum, hesternâ , inquit, cœnuiâ non. Intel-
mains de qui il voulait qu'ils remissent l'argent qu'ils étaient chargés de lui donner. Quoi! leur dit - il , le festin d'hier ne voius a pas fait comprendre que Je n ai pas besoin d'argent? Il ajouta qu'Alexandre en avait plus besoin que lui , parce qu'il avait plus de monde à nourrir. Voyant que sa réponse les attristait , il accepta trente mines ^ (quinze cents livres) pour ne pas blesser le roi par un refus dédaigneux, qui marquerait de la fierté ou du mépris. Ainsi "^ , dit un historien en terminant ce récit, le roi voulut acheter l'amitié du philosophe , et le philosophe refusa de vendre son amitié au roi.
11 fallait que son désintéressement l'eût réduit à une grande pauvreté, puisqu'il n'avait pas de quoi payer un certain tribut que les étrangers étaient tenus de payer chaque année au trésor de la ville d'Athènes. Plutarque Plut. in Fia- raconte qu'un jour, comme on le traînait en prison nun. p. 375. fgy^g d'avoir satisfait à ce paiement, l'orateur Lycurgue acquitta sa dette , et le tira par ce moyen des mains des fermiers , qui souvent ne sont pas fort sensibles au mérite littéraire. Quelques jours après , Xénocrate ayant rencontré les fils de son libérateur , leur dit : Je paie avec usure a votre père le plaisir qu'il tu' a fait , car je suis caiise qu'il est loué de tout le monde. Diogène Diog. Laert. Laërcc rapporte à son sujet un fait tout pareil , qui
iu Xenocr. •!• a 1 a ^' • ' 1 tp
pourrait bien être le même , déguise par quelques diiférences. Il dit que les Athéniens le vendirent parce qu'il ne pouvait pas payer la capitation imposée sur
lexistis me pecuniâ non egere ? Quos, ' 2,75o fr. — L.
quum tristioresvidjsset, trigintami- ^ « Ita res philosophi amicitiam
Bas acceplt, ne aspeinari régis libe- emere voluit : philosophas régi suam
ralitatem videretur. .. (Cic. ) vendere noluit. » (Val. Max. )
SCIENCES ET ARTS. SSq
les étrangers , mais que Démétrius de Phalère Tacheta et le remit aussitôt en liberté. II n'y a guère d'apparence que les Athéniens aient fait un si dur traitement à un philosophe de la réputation de Xénocrate.
On avait à Athènes une grande idée de sa probité, cic. orat.
. ,., . proCoru.
Un jour qu 11 comparut devant les juges pour rendre Baib. u. 14.
/ . , ^^ . •] 7 1 • Valer. Max.
témoignage sur quelque amure, comme il s approchait ub. c, c. 9. de l'autel pour jurer que ce qu'il avait affirmé était vrai , tous les juges se levèrent , ne voulant point souffrir qu'il jurât, et déclarant que sa simple parole leur tenait lieu de serment.
S'étant trouvé dans une compagnie où l'on débitait force médisances , il n'y prit aucune part , et demeura toujours muet. Quelqu'un lui demandant raison de ce profond silence, il répondit : Oest que je me suis souvenl repenti d'avoir parlé ^ et jamais de niêlre tu.
Il avait une fort bonne maxime sur l'éducation des piut. de Aujeunes gens , et qu'il serait à souhaiter que les pères et ' ' ^'^^' les mères fissent observer exactement dans leur maison. Il voulait que ^ , dès leur plus tendre enfance, de sages et vertueux discours, répétés souvent en leur présence, mais sans affectation, s'emparassent, pour ainsi dire, de leurs oreilles comme d'une place encore vacante ^ à travers laquelle le vice et la vertu peuvent également pénétrer jusqu'au fond du cœur, et que ces sages et vertueux discours , comme de fidèles gardiens , en tinssent l'entrée sévèrement fermée à toutes les paroles capables d'altérer le moins du monde la pureté des mœurs, jusqu'à ce que, par une longue habituile, ils
' T&)v Xo'yw^ toÙç (paûXou; çuXâx- ÛttÔ çiXcffoifîa; , tw ViOêi Tr,v p.à/.iça Tsoôat irapatvwv, Tpw érEpouç X.P"''" x'vouj/.svriv aÙTOù xal àvaTfEt9op.svv)v çoùî, «iffTtap (pûXa/iaç, àvTaafî'vTa; y^wpav xaiacy^cïv.
eussent fortifié les jeunes gens , et mis leurs ' oreilles en sûreté contre le souffle empesté des mauvaises conversations.
Plut, tic Selon Xénocrate , il n'y a de véritables philosophes
i)ag.44(5. que ceux qui font de bon gré et de leur propre mouvement ce que les autres ne font que par la crainte des lois et de la punition.
Dio-. Lacrt. Il composa plusieurs ouvrages, l'un, entre autres, sur la manière de bien régner : du moins Alexandre le lui avait demandé.
Il ne perdait guère de temps en visite. Il aimait beaucoup la retraite du cabinet, et méditait beaucoup. On le voyait très-rarement dans les rues ; mais quand il y paraissait, la jeunesse débauchée n'osait y rester, et s'écartait pour éviter sa rencontre.
u„d. Un jeune Athénien, plus vicieux que tous les autres,
vaier. Max. et absolument décrié pour ses dérèglements , dont il
lib. 6, 0. g. . . . /'Il 1 • -r\ 1 ' \ '' 1 A
faisait gloire (il s appelait Polemon j, n eut pas la même retenue. Au sortir d'une partie de débauche, passant devant l'école de Xénocrate, et en ayant trouvé la porte ouvçrte, il y entra plein de vin, tout parfumé d'essences et portant une couronne sur la tête, et prit séance parmi les auditeurs, moins pour écouter que pour insulter. Toute l'assemblée fut étrangement surprise et indignée. Xénocrate, sans se démonter, et sans changer de visage , changea seulement de discours , et se mit à
^ Il emploie une comparaison ti- jeunes gens; car tout le risque que
rée des athlètes qui se battaient à courent les athlètes, c'est d'avoir les
coups de poings, et qui couvraient oreilles décliirées; au lieu que les au-
leur tète et leurs oreilles d'une es- très courent risque de perdre leur
pèce de calotte pour amortir la vio- innocence , et de se perdre eux-
lence des coups. Il dit que cette pré- mêmes, caution est bien plus nécessaire aux
parler sur la tempérance et la sobriété, dont il fit valoir tous les avantages , en leur opposant la honte et la turpitude des vices opposés à ces vertus. Le jeune libertin, qui écoutait avec attention , ouvrant les veux sur la difformité de son état , eut honte de lui-même. La couronne lui tombe de dessus la tête ^ , il baisse les yeux, s'enferme sous son manteau ; et au lieu de cet air enjoué et pétulant qu'il avait montré en entrant dans l'école , il paraît sérieux et rêveur. Enfin il se fit un entier changement en lui , et , guéri absolument de ses passions par un seul discours , d'infâme débauché qu'il était il devint un excellent philosophe , et répara heureusement les désordres de sa jeunesse par une vie sage et réglée, qui ne se démentit jamais.
Xénocrate mourut âgé de quatre-vingt-deux ans , la an.m.sgss. première année de la 1 16^ olympiade. " ^ " "