‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 2)Chapitre 124 sur 138 · CLÉANTHE · texte numérisé non relu

CLÉANTHE

Cléanthe était d'Assos dans la Troade. Il n'avait que quatre dragmes % c'est-à-dire quarante sous, quand il entra à Athènes. Il se rendit fort recommandable par la patience courageuse avec laquelle il soutenait les plus durs et les plus pénibles travaux. Il passait la nuit presque entière à puiser de l'eau pour un jardinier, afin d'avoir de quoi vivre et de pouvoir s'appliquer à l'étude

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de la philosophie pendant le jour. Cité devant les juges de l'Aréopage pour rendre compte , selon que l'ordonnait une loi de Selon , de quoi il vivait , il produisit en témoignage le jardinier, et sans doute ses propres mains endurcies par le travail, et pleines de callosités. Les juges, ravis en admiration, ordonnèrent qu'on lui fournît du tréser public dix mines, c'est-à-dire six cents livres ^ Zenon lui défendit de les accepter; tant la pauvreté était en honneur parmi ces philosophes ! Il remplit la chaire du Portique avec beaucoup de réputation.

Il avait naturellement l'esprit pesant et tardif, mais il surmonta ce défaut par une application opiniâtre au travail. L'éloquence n'était pas son talent. Il s'avisa pourtant de composer une rhétorique*, aussi-bien que Chrysippe, dont il sera bientôt parlé; mais l'un et l'autre avec si peu de succès, que, si l'on en croit Cicéron, bon juge certainement en cette matière, ces ouvrages n'étaient propres qu'à rendre un homme muet.

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