ZENON
Zenon était de la ville de Citium dans l'île de Cvpre. Comme il revenait d'acheter de la pourpre de Phénicie, car il s'était d'abord appliqué au commerce, il fit naufrage au port de Pirée. Cette perte le rendit fort triste. Il se retira à Athènes, entra chez \\\\ libraire, se mit à lire un livre de Xénophon, dont la lecture lui causa un plaisir infini et lui fit oublier son chagrin. Il demanda au libraire oîi demeuraient ces sortes de gens
dont parlait Xénophon. Cratès le cyni(jiie passa par
hasard dans ce moment. I.e libraire le montra du bout ^
du doigt <à Zenon, et l'exhorta à le suivre. 11 commença AN-AT/^fî-a.
en effet dès ce jour-Là à être son disciple : il était pour-
lors âgé de trente ans. Il sentit bientôt tout le prix et
tonte futilité de la philosophie. Il se félicitait lui-même
sur le malheur qui lui était arrivé , et disait souvent
que jamais navigation n'avait été aussi heureuse pour
lui que celle oii il avait fait naufrage. La morale des
cyniques lui plut fort, mais il ne put goûter leur inq)u-
dence et leur effronterie.
Après avoir étudié dix ans sous Cratès, et passé dix autres années chez Stilpon de Mégare , Xénocrate , et Polémon, il établit à Athènes une nouvelle secte. Sa An. m. 3693. réputation ne tarda guère à se répandre dans. toute la Grèce. Il devint en peu de temps le plus distingué des philosophes du pavs. Comme il enseignait ordinairement dans une galerie, ses sectateurs furent appelés stoïciens ^ du mot grec GToà, qui signifie galerie^ portique.
Ayant rencontré un jeune homme qui, plein d'estime pour lui-même et se croyant fort habile, prenait toujours la parole dans les assemblées : Souvenez-vous , lui dit-il , que la nature nous a donne deux oreilles et une seule bouche , pour nous appi'endre qu il faut plus écouler que parler.
Zenon vécut jusqu'à l'âge de quatre-vingt-dix-huit L.iert. ans, sans avoir jamais eu aucune incommodité. Il y avait quaranfe-huit ans qu'il enseignait sans interruption, et soixante-huit qu'il avait commencé de s'appliquer à la philosophie sous Cratès le cynique. Eusèbe met sa mort à la 129*" olympiade. Il fut fort regretté. An.m.37.',o.
Lacrt.
4l6 HISTOIRE ANCIENNE.
Quand Antigoiie , roi de Macédoine , en apprit la nouvelle, il en fut sensiblement touché. Les Athéniens lui firent ériger un tombeau dans le bourg de Céramique, et, par un décret public oli ils faisaient son éloge comme d'un philosophe qui avait perpétuellement excité à la vertu les jeunes gens qui étaient sous sa discipline, et qui avait toujours mené une vie conforme aux préceptes qu'il enseignait , ils lui décernèrent une couronne d'or, et lui firent rendre des honneurs extraordinaires : « Afin , dit le décret , que tout le monde sache « que les Athéniens ont soin d'honorer les gens d'un « mérite distingué, et pendant leur vie, et après leur « mort. » Rien ne fait plus d'honneur à une nation que des sentiments si nobles et si généreux , qui partent d'un grand fonds d'estime pour la science et pour la vertu.
J'ai déjà remarqué ailleurs qu'une nation voisine, je parle de l'Angleterre, se distingue par cette estime qu'elle fait des grands hommes en ce genre, et par la reconnaissance qu'elle marque à ceux qui ont relevé la gloire de leur patrie.