‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 2)Chapitre 129 sur 138 · POSIDONIUS · texte numérisé non relu

POSIDONIUS

Posidonius était d'A pâmée en Syrie; mais il passa la plus grande partie de sa vie à Rhodes, où il enseigna la philosophie avec grande réputation , et fut employé au gouvernement avec un pareil succès.

Pompée , au retour de son expédition contre Midiridate, passa par Rhodes pour le voir. Il le trouva malade. Nous verrons dans la suite comment se passa cette visite.

ÉPICTÊTE.

Je ferais injure à la secte des stoïciens si, dans le dénombrement de ceux qui s'y sont attachés, j'omettais Épictète, celui peut-être de tous ces philosophes qui lui a fait le plus d'honneur par la sublimité de ses sentiments et par la régularité de sa conduite.

Épictète était né à Hiérapolis, ville de Phrygie, visà-vis de Laodicée. La bassesse de son origine nous a dérobé la cojmaissance de ses parents. Il fut esclave

I « Stoici hoiridiores evadunt , nec acerbitatem sententiarum , nec

aspeiiores, duiiores, et oratione et disseiendi spiaas piobavit : fuîtquc

uioribus. Quam iUorum tristitiaiu in altero génère mitior , i.i alteio il-

atque asperitalem fugieus Panuetius , bistiior... ( De Finib. 1. 4 , n. 7 8 , 7 Ç). )

d'un Epaphrodite, nommé par Suidas un clés gardes de Néron; et c'est d'où lui fut donné le nom ^Épictete ^ , qui signifie serviteur acheté^ esclave. On ne sait ni par quel accident il fut mené à Rome, ni comment il fut vendu ou donné à Epaphrodite : on sait seulement qu'il fut son esclave. Epictète fut apparemment mis en liberté. Il fut toujours attaché à la philosophie des stoïciens , qui était alors la secte la plus parfaite et la plus sévère.

Aif. j.c. 94. Il vécut à Rome jusqu'à l'édit de Domitien qui en chassa tous les philosophes. Si l'on en croit Quintilien^, plusieurs d'entre eux cachaient de grands vices sous un si beau nom ; et ils s'étaient fait la réputation de philosophes, non par leur vertu et leur science, mais par un visage triste et sévère, et par une singularité d'habit et de manières qui servait de masque à des mœurs très -corrompues. Peut-être Quintilien charget-il un peu ce portrait pour faire plaisir à l'empereur : ce qui est certain, c'est qu'on ne peut en aucune sorte l'appliquer à Epictète.

Au sortir de Rome, il alla s'établir à Nicopolis, ville considérable d'Epire, où il passa plusieurs années, toujours dans une grande pauvreté, mais toujours fort honoré et fort respecté. Il revint ensuite à Rome, sous le règne d'Adrien, de qui il fut fort considéré. On ne marque ni le temps, ni le lieu, ni aucune circonstance de sa mort : il mourut dans une assez grande vieillesse.

' ÉttÎjcty'.to;. borabant; sefl vultum , et trîstïtîam ,

* « Nostris temporibus sub hoc et dissentientem a caeteris babitum

noraine maxima in plerisque vitia pessimis moribus praetendebant. »

latuerunt. Non enim vîilute ac stu- (Quint, in Proœm. lib. i.) diis, ut haberenlur pbilosopbi , la-

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11 réduisait toute sa philosophie à souffrir les rnaux patiemment et à se modérer dans les plaisirs ; ce qu'il exprimait par ces deux mots grecs , àveyou /.al aTreyciu , sustine et abstiiie.

Celse, qui a écrit contre les chrétiens, dit que son Orig.iu maître lui serrant la jambe avec beaucoup de violence, ^^^*' ^'^- "'' il lui dit sans s'émouvoir et comme en riant : Mais vous ni allez casser la jambe. Et comme cela fut arrivé, il lui dit du même ton : Ne vous Vavais-je pas bien dit , que vous me la casseriez ?

Lucien se moque d'un homme qui avait acheté très- LBcian. adcher la lampe d'Epictète ^ , quoiqu'elle ne fût que de ^^'^■. 548?^ " terre ; comme s'il se fût imaginé qu'en s'en servant il deviendrait aussi habile que cet admirable et vénérable vieillard.

Epictète avait composé plusieurs écrits, dont il ne nous reste que son Eiickiridion ou Manuel; mais Arrien, son disciple, a fait un grand ouvrage qu'il prétend n'être composé que des choses qu'il avait ouï dire, et qu'il avait recueillies, autant qu'il avait pu, dans les mêmes termes. Des huit livres qui formaient cet ouvrage, nous n'en avons que quatre.

Stobée nous a conservé quelques sentences de ce philosophe, qui étaient échappées à la diligence de son disciple. J'en citerai ici deux ou trois.

« Il ne dépend pas de toi d'être riche, mais il dé- « pend de toi d'être heureux. Les richesses même ne « sont pas toujours un bien, et certainement elles sont « toujours de peu de durée; mais le bonheur qui vient « de la sagesse dure toujours.

^ Trois mille dragmes , c'est-à- = 2,^50 fr. — L, dire quinze cents livres.

^■aG histoire ancienne.

« Quand tu vois une vipère ou un serpent clans une « boîte d'or, l'en estimes-tu davantage? et n'as-tu pas « toujours pour elle la même horreur à cause de sa « nature malfaisante et venimeuse? Fais de même à « l'égard du méchant, quand tu le vois environné « d'éclat et de richesses.

« Le soleil n'attend point qu'on le prie pour faire « part de sa lumière et de sa chaleur. A son exemple, «fais tout le bien qui dépend de toi, sans attendre « qu'on te le demande, w

Voici la prière qu'Epictète souhaitait de faire en «mourant: elle est tirée d'Arrien. «Seigneur, ai -je « violé vos commandements? Ai -je abusé des présents « que vous m'avez faits? Ne vous ai-je pas soumis mes «sens, mes vœux, mes opinions? Me suis-je jamais « plaint de vous? Ai -je accusé votre providence? J'ai « été malade, parce que vous l'avez voulu, et je l'ai « voulu de même. J'ai été pauvre, parce que vous M l'avez voulu , et j'ai été content de ma pauvreté. J'ai «été dans la bassesse, parce que vous l'avez voulu, « et je n'ai jamais désiré d'en sortir. M'avez-vous ja- « mais vu triste de mon état? M'avez-vous surpris « dans l'abattement et dans le murmure? Je suis en- « core tout prêt à subir tout ce qu'il vous plaira d'or- « donner de moi. Le moindre signal de votre part est « pour moi un ordre inviolable. Vous voulez que je « sorte de ce spectacle magnifique, j'en sors, «et je vous « rends mille très-humbles grâces de ce que vous avez « daigné m'y admettre pour me faire voir tous vos « ouvrages, et pour étaler à mes yeux l'ordre admi- « rable avec lequel vous gouvernez cet univers. » Quoiqu'il soit aisé de remarquer ici des traits empruntés

SCIENCES ET ARTS. l\1']

du christianisme, qui alors commençait à jeter une grande lumière, on sent néanmoins un homme hien content de lui-même, et qui, par ses fréquentes interrogations, semble défier la Divinité même de trouver en lui aucun défaut : sentiment et prière véritablement dignes d'un stoïcien, tout fier de sa prétendue vertu! Saint Paul, si rempli de bonnes œuvres, ne parlait pas ainsi. /(? n ose pas méjuger moi-même^ disait-il; i Coriuth.

, . cap. 4 , V. 3

<?«/', encore que nia conscience ne me reproche rien ^ et 4. je ne suis pas justice pour cela ; mais celui qui me juge, c'est le Seigneur. Au reste cette prière, tout imparfaite qu'elle est, sera la condamnation de beaucoup de chrétiens ; car elle nous montre qu'une parfaite obéissance , un entier dévouement , une pleine résignation à toutes les volontés de Dieu, étaient regardés par le paganisme même comme des devoirs indispensables de la créaturt^ à l'égard de celui de qui elle tient l'être. Ce philosophe a connu le terme des devoirs et des vertus : il a eu le malheur d'en ignorer le principe.

Epictète était à Rome dans le temps que saint Paul y faisait tant de conversions, et que le christianisme naissant brillait avec tant d'éclat par la constance inouïe des fidèles. Mais , loin de profiter d'une si vive lumière, il blasphémait contre la foi des premiers chrétiens et contre le courage héroïque des martyrs. Dans le quatrième chapitre du septième livre d'Arrien, Epictète , après avoir montré qu'un homme qui sent sa liberté, et qui est persuadé que rien ne lui peut nuire, parce (ju'il a Dieu pour libérateur, ne craint ni les satellites , ni les épées des tyrans , ajoute : La folie et la coutume ont pu porter quelques-uns a les mépriser ,

4^8 HISTOIRE ANCIEJVNE.

comme elles y portent les Galiléens ^ ^ et la raison et la démonstration ne pourront le faire. Il n'y avait rien de plus opposé à la doctrine évangéliqiie que l'orgueil stoïcien.

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