PYTHAGORE
Diog. Laert. La plus commune opinion est qu(i Pythagore était de Samos, et fils de Mnésarque, sculpteur. Il fut d'abord disciple de Phérécide, que l'on met au nombre des sept sages. Après la mort de son maître, comme il avait un désir exraordinaire de s'instruire et de connaître les mœurs des étrangers, il abandonna sa patrie et tout ce qu'il avait pour voyager.
• C'est ainsi que les chrétiens étaient appelés.
SCIENCJb;S £T ARTS. ^"ICj
Il demeura un temps assez considérable en Egypte pour y converser avec les prêtres , et pour apprendre d'eux ce qu'il y avait de plus caché dans les mystères de leur religion et de leur sagesse. Polycrate écrivit en sa faveur à Amasis , roi d'Egypte , afin qu'il le traitât avec distinction. Pytliagore passa ensuite dans le pays an.m.sv.o. des Chaldéens pour connaître la science des mages. On av.j.c.5)!,. prétend qu'il a pu voir à Babylone Ézéchiel et Daniel , et profiter de leurs lumières. Après avoir voyagé dans divers endroits de l'orient, il alla en Crète, oii il fit une liaison très-étroite avec le sage Epiménide. Enfin , après s'être ainsi enrichi de différentes connaissances dans les divers pays qu'il parcourut , il revint à Samos, chargé de précieuses dépouilles , qui avaient été le but et qui étaient le fruit de ses voyages.
Le chagrin qu'il eut de voir sa patrie opprimée par la tyrannie de Polycrate lui fit prendre la résolution de s'exiler volontairement. Il passa dans cette partie de l'Italie qui a été appelée la grande Grèce , et s'établit à Crotone, dans la maison de Milon, le fameux athlète, où il enseigna la philosophie. C'est de là que la secte dont il a été fauteur s'est appelée italique.
Avant lui, comme je fai déjà observé, ceux qui ex- xuscuian. cellaient dans la connaissance de la nature, et qui se nt'cj. rendaient recommandables par une vie réglée et vertueuse , étaient appelés sages , coçot. Ce titre lui paraissant trop fastueux , il en prit un autre , qui faisait voir qu'il ne s'attribuait pas la possession de la sagesse, mais seulement le désir de la posséder. Il s'appela donc philosophe, c'est-à-dire amateur de la sagesse.
La réputation de Pythagore se répandit bientôt dans toute l'Italie, et lui attira un grand nombre de dis-
43o HISTOIRE ANCIENNE.
ciples. Quelques-uns ont mis de ce nombre Numa , qui
fut élu roi de Rome; mais ils se trompent. Pythagore
Tiisc. Qiia-st. florissait au temps de Tarquin , dernier roi des Ro-
llb. i,n. 38. . ' . ^ 1- r 1 r> 1 t--*
AN.M.3472. mams, cest-a-aire 1 an oe Rome 220, ou, selon lite-
iib^'4,^n.^3. Live, sous Servius TuUius. L'erreur ^ de ceux qui l'ont
fait contemporain du roi Numa est glorieuse h l'un et
à l'autre ; car on ne tomba dans cette pensée que parce
qu'on crut que Numa n'aurait pu faire paraître tant
d'habileté et de sagesse dans le gouvernement , s'il
n'avait été disciple de Pythagore. Ce qui est certain ,
c'est que dans la suite sa réputation était fort grande
p,j,f h Rome. 11 fallait que l'on y eût conçu une grande idée
"a^T/ ^^^ ^^ philosophe, puisqu'un oracle, pendant la guerre
î'irn. iii). 34, contre les Samnites, ayant ordonné aux Romains d'éri-
cai). (1. ^
ger deux statues , l'une au plus brave , et l'autre au plus sage des Grecs , ils les firent dresser en l'honneur d'Alcibiade et de Pythagore. Pline trouve ce double choix fort étonnant.
Il faisait subir à ses écoliers un rude noviciat de silence, qui durait pour le moins deux ans, et il le faisait durer ^ jusqu'à cinq années pour ceux en qui il reconnaissait une plus grande démangeaison de parler. Ckin Alex "^^^ disciples étaient partagés en deux classes. Les strom. 1. 5. ^j^g étaient simples auditeurs ^ , écoutant et recevant ce qu'on leur enseignait, sans en demander les raisons, dont on supposait que leurs esprits n'étaient pas encore capables. Les autres , comme plus formés et plus intelligents '*, étaient admis à proposer leurs difficultés ,
' Ovîde a suivi cette fausse tra- -vocis, mittebantur. » (Arui.. in Fhdition dans le X^^ livre des Meta- rid. ) niorplioses. Ay.r,\)<3-zv/.'Â.
' « Loquaciores eniraverô fermé 4 Mc.Or.aaTt/.ot.
in qainquennium , velut in exilium
SCIENCES ET ARTS. /[3l
à pénétrer plus avant clans les principes de la philosophie, et à apprendre les raisons de tout ce qui leur était enseigné.
Pythagore regardait la géométrie et Tarithmélique comme absolument nécessaires pour ouvrir l'esprit des jeunes gens, et pour les disposer à l'étude des grandes vérités. Il faisait aussi grand cas et grand usage de la musique , à laquelle il rapportait tout , prétendant que le monde avait été formé par une sorte ^ d'harmonie que la lyre a depuis imitée , et il donnait des sons particuliers au mouvement des sphères célestes qui roulent sur nos têtes. On dit que ^ les pythagoriciens avaieiit coutume en se levant d'éveiller leur esprit au son de la lyre pour se rendre plus propres à agir ; et qu'avant de se coucher, ils reprenaient leur lyre, dont ils tiraient sans doute des sons plus doux, pour se disposer au sommeil , en calmant ce qui pouvait leur rester des pensées tumultueuses de la journée.
Pythagore avait une grande autorité sur l'esprit de ses disciples. Il suffisait qu'il eût avancé quelque chose; sans autre preuve , ils en étaient pleinement convaincus : d'où vint parmi eux cette célèbre parole , le maître Va dit ^ aùioç âça. Une réprimande qu'il fit un piut. ,ie jour à un de ses écoliers en présence de tous les autres Ainiô'.*'bi!'r. fut si sensible au jeune homme, qu'il ne put y survivre , r"S-7"-
' «Pytbagoras,atqueeumsecuti, 2^,, pytJjagoricis ceitè morîs fuit:,
acceptam sine dubio antiquitùs opi- et, quum cvigilâssent , aniinos ad
nîoneni vulgaverunt , mundum Ip- lyram excitare, f£uù essent ad agen-
sum eâ ratione esse compositum , dum erectîores ; et, quum somnuiii
quam posteà sit lyra imitata. ÎN'ec peteient , ad eamdeni priùs lenire
illà raodô contenti dissimillimum mentem, ut, si quid fuisset turi)i-
concordià, quam vocant àpu.'.vtav diorum cogltationum, compone-
sonum quoque his motibus dede- rent. » (Quikt. lib. 9, cap. 4.) runt. » (Quint, lib. i , cap. 10.)
et se donna la mort. Depuis ce temps Pytliagore , instruit et infiniment afïligé par un si triste exemple , ne censura plus personne qu'en particulier.
Justin. 1.20, Ses leçons , et encore plus ses exemples, produisirent «;ap. 4- yj^ merveilleux changement dans l'Italie, et surtout dans Crotone, qui était le principal lieu de sa résidence. Justin décrit fort au long la réforme qu'il introduisit dans cette ville. «Il vint, dit-il, à Crotone; et (c en ayant trouvé les habitants livrés généralement au « luxe et à la débauche , il vint à bout de les rappeler « par son autorité aux règles d'une sage frugalité. Il « louait tous les jours la vertu , et en faisait sentir la a beauté et les avantages. Il représentait vivement la «honte de l'intempérance, et faisait le dénombrement « des états dont ces excès vicieux avaient causé la ruine. « Ses discours firent une telle impression sur les esprits, « et causèrent un changement si général dans la ville , « qu'on ne la reconnaissait plus , et qu'il n'y resta « aucune trace de l'ancienne Crotone. Il parlait aux « femmes séparément des hommes , et aux enfants sé- « parement de leurs pères et mères. Il recommandait « aux femmes les vertus de leur sexe , la chasteté et la « soumission envers leurs maris ; aux jeunes gens , un « profond respect pour leurs pères et mères , et du goût « pour l'étude et pour les sciences. Il insistait ^ princi- « paiement sur la frugalité , mère de toutes les vertus ; « et il obtint des dames qu'elles renonçassent aux étoffes
' « Inter hœc , velut genitiicem riae, deponerent, eaque omniadelata
virtutum frugalitatem omnibus inge- in Junonis œdem ijjsi deae consecra-
rebat , conseculusque disputationmu lent ; prac se f'eientes , vera ornamen-
assiduitate eiat , ut matronae aura- taniatronaruiu, pudicitiam, nonves-
tas vestes, caeteraque dignitatis suœ tes esse.» (Justin, lib.ao, cap. 4.) ornaïuenta, velut instrumenta luxu-
'< précieuses et aux riches parures qu'elles faisaient « passer pour les ornements nécessaires à leur rang, « mais qu'il regardait comme l'aliment du luxe et de (f la corruption ; et qu'elles en fissent le sacrifice à la « principale divinité du lieu, qui était Junon, montrant <( par ce généreux dépouillement la pleine conviction « où elles étaient que le véritable ornement des dames « était une vertu sans tache, et non la magnificence «des habits. On peut juger, ajoute l'historien, de la « réforme que produisirent parmi les jeunes gens les '( vives exhortations de Pythagore par le succès qu'elles «eurent chez les dames, attachées pour l'ordinaire à « leurs parures et à leurs bijoux avec une passion presse que invincible : in juvenLiUe qiioque quaiUum proiijîigatum sity victi Jèminarum contumaces animi ma- « nifestant. »
Cette dernière réflexion , qui peint assez au naturel le caractère des dames, n'est pas particulière à Justin. Saint Jérôme remarque aussi que le sexe aime naturellement la parure^ . « Nous connaissons, dit-il, des «dames d'une chasteté reconnue, qui aiment à se «parer, non pour plaire aux yeux d'aucun homme, « mais pour se plaire à elles-mêmes. » Et il ajoute ail- Hieron. cp.
, , I ^ . ' ,v ad Démet r.
leurs que dans quelques-unes (;e goût va jusqua un excès que rien ne peut arrêter : ad quœ ardent et insaniunt studia maironaruni.
TjC zèle de Pythagore ne se renferma pas dans son école, et ne se borna pas à l'instruction des particuliers, mais pénétra jusque dans le palais des grands.
' <l>t>.c;)tco u.cv ?!enusferaineuin est: scimus llbcnrer ornari. » (HiEnoN. ' ,
iniiltasque eliain insignis ptulicilia', F.pl'it. ad Ciiiidcnt.) qnanivis niiUi viroruin , laincn si))i,