‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 2)Chapitre 134 sur 138 · Tome XI. Hist. anc. lOf · texte numérisé non relu

Tome XI. Hist. anc. lOf

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dit qu'il faisait , pour vaquer ^lus librement à la méditation.

Laert. Ce qui paraît plus certain , c'est qu'il dépensa pour p.v" i68 ^^^ voyages tout son patrimoine, qui montait à plus de cent talents ^ ( cent mille écus ). A son retour il fut cité en justice pour avoir ainsi dissipé son bien. Les lois du pays portaient que ceux qui auraient dépensé leur patrimoine ne seraient point enterrés dans le tombeau de leur famille. Il plaida lui-même sa cause, et produisit, pour témoin du- légitime emploi qu'il avait fait de ses biens', le plus parfait de ses ouvrages, dont il fit lecture aux juges. Ils en furent si cliarmés , que non-seulement ils le renvoyèrent absous, mais lui firent rendre , sans doute du trésor commun de la ville, autant de bien qu'il en avait dépensé dans ses voyages , lui érigèrent des statues , et ordonnèrent qu'après sa mort le public prendrait soin de ses funérailles : ce qui fut exécuté. Il voyagea en grand homme, pour s'instruire, et non pour s'enrichir. Il alla chercher jusqu'au fond des Indes les richesses de l'érudition , et ne se soucia guère des trésors qu'il trouvait presqu'à sa porte dans un pays abondant en mines d'or et d'argent. Il passa quelque temps à Athènes ^, le centre de ** toutes les sciences et le domicile des beaux esprits.

Mais , loin de chercher à y faire briller son mérite , et à y faire parade de ses rares connaissances , il affecta d'y demeurer inconnu : circonstance remarquable dans un savant et dans un philosophe !

On rapporte un fait assez singulier, mais fondé

' 55o,ooo fr.— L. vit.Constantemhominemetgiavem,

2 «Veni Athenas , inquit Derao- qui glorielur a gloria se abfuisse!» ci-itus , neque me quisquam ibi agno- ( Tiisc. Quast. lib. 5, n. io4-)

uniquement sur des lettres d'Hippocrate , que les savants croient être supposées. Les Abdérites, voyant Démocrite leur compatriote ne se soucier de rien , rire et se moquer de tout, dire que Tair était rempli d'images , chercher ce que disent les oiseaux dans leur chant, habiter presque toujours dans des tombeaux, craignirent que la tête ne lui tournât , et qu'il ne devînt entièrement fou, ce qu'ils regardaient comme le plus grand malheur qui pût arriver à leur ville. Ils écrivirent donc à Hippocrate , pour le prier de venir voir Démocrite. Le grand intérêt qu'ils prenaient à la santé d'un concitoyen si célèbre leur fait honneur. L'illustre médecin qu'ils avaient fait venir , ayant eu quelques conversations avec le prétendu malade, en jugea bien différemment d'eux , et dissipa toutes leurs craintes en déclarant qu'il n'avait point connu d'homme plus sage ni plus sensé que ce philosophe. Diogène Laërce fait aussi mention de ce voyage d'Hippocrate à Abdère.

On ne trouve rien de certain ni sur le temps de sa naissance, ni sur le temps de sa mort. Diodore de Sicile le fait mourir âgé de quatre-vingt-dix ans , la première année de la 90^ olympiade. , An.m.35.s/.

Démocrite était un beau génie , un esprit vaste , Lnort. étendu, pénétrant, et qui s'appliqua à toutes les plus rares connaissances. La physique, la morale, les mathématiques , les belles-lettres , les beaux-arts , se trouvèrent dans la sphère de son activité.

On dit qu'ayant prévu qu'une certaine année serait mauvaise pour les oliviers, il acheta à vil prix une grande quantité d'huile , et y fit un gain immense. On s'étonnait avec raison qu'un homme qui n'avait jamais

452 'histoire ancienne.

paru se soucier que de l'étude % et qui avait toujours fait tant de cas de la pauvreté, se fût jeté tout d'un coup dans le commerce , et eût songé à amasser de si grands biens. H expliqua bientôt lui-même ce mystère, en restituant à tous les marchands dont il avait acheté l'huile , et qui étaient au désespoir du mauvais marché qu'ils avaient fait , tout ce qu'il avait gagné dessus , et se contentant de faire connaître qu'il ne tenait qu'à lui de devenir riche. On raconte une histoire pareille de Thaïes.

Epicure est redevable à Démocrite de presque tout son système; et, pour rendre l'élégante expression latine^, c'est des sources de ce dernier que coulent les eaux dont Epicure arrose ses jardins. Celui - ci se fit tort en n'avouant pas les obligations qu'il avait à Démocrite, et en le traitant de rêveur. Nous exposerons dans la suite ses sentiments sur le souverain bien de l'homme, sur le monde, sur la nature des dieux. Laert. C'est aussi Démocrite qui a fourni aux pyrrhoniens

tout ce qu'ils ont dit contre le témoignage des sens : car, outre qu'il avait accoutumé de dire que la vérité était cachée au fond d'un puits, il soutenait qu'il n'y avait rien de réel que les atomes et le vide, et que tout le peste ne consistait qu'en opinion et en apparences.

On prétend que Platon était ennemi déclaré de Démocrite. Il avait ramassé avec soin tous ses livres, et

I «Miraiitibus qui paupertatem opes sibi in facili, quumvellet, fore.»

et quietem doctriiiariim ei sciebant ( Plin. lib. i8 , cap. 28. )

inpriinis cordi esse. Atque , ut appa- ' « Democritus vir maguus in pri-

luit causa, et ingens divitiarum cur- mis, cujus fontibus Epicurus hoitu-

sus,iestituisse mercedeui (o;//^/«;«f los suos inigavit. >> (^De Nat. Deor.

inercem ) anxise et avidae dominorum lib. i , n, 121.) pœnitentiœ, contentum ita probasse,

Ibid

allait les jeter au feu, lorsque deux piiilosoplies pythagoriciens lui représentèrent que cela ne servirait de rien, parce que plusieurs personnes s'en étaient déjà pourvues. La haine de Platon envers Démocrite a paru, en ce qu'ayant fait mention de presque tous les anciens philosophes, il ne l'a jamais cité, non pas même dans les endroits où il s'agissait de le réfuter.

§ III. Secte appelée sceptique ou pjrrhonienne.

Pyrrhon , natif d'Élide au Péloponnèse , fut disciple d'Anaxarque, et l'accompagna jusqu'aux Indes. Ce fut sans doute à la suite d'Alexandre-le-Grand, d'où l'on peut connaître en quel temps il a fleuri. Il avait exercé le métier de peintre avant que de s'attacher à la philosophie.

Ses sentiments ne différaient guère des opinions d'Arcésilas, et se terminaient à l'incompréhensihilité de toutes choses. Il trouvait partout, et des raisons d'affirmer, et des raisons de nier : et c'est pour cela qu'il retenait son consentement après avoir bien examiné le pour et le contre, sans conclure autre chose, sinon qu'il ne voyait encore rien de clair et de certain , non liquet, et que la matière dont il était question avait besoin d'être encore approfondie. Il paraissait donc toute sa vie chercher la vérité ; mais il se ménageait toujours des ressources pour ne pas tomber d'accord qu'elle se fût montrée à lui : c'est-à-dire qu'en effet il ne voulait pas la trouver, et qu'il cachait cette affreuse disposition sous le spécieux dehors de la recherche et de l'examen.

Quoiqu'il ne soit pas Tuiventeur de cette méthode

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de philosopher, elle ne laisse pas de porter son nom : l'art de disputer sur toutes choses, sans prendre jamais d'autre parti que de suspendre son jugement, s'appelle pjrrhonisme. Les disciples de Pyrrhon s'appelaient aussi sceptiques^ ,^vl\\ mot grec qui signifie considérery examiner, parce que c'était là où se terminait tout leur travail.

Laert. L'indiffércnce de Pyrrhon est étonnante ; et , si tout ce que Diogène de Laërce en rapporte est vrai, elle allait jusqu'à la folie. Cet historien dit qu'il ne préférait rien à rien, qu'un chariot et un précipice ne l'obligeaient point à faire un pas en arrière ou à côté, et que ses amis qui le suivaient lui sauvèrent fort souvent Aristocies, la vie. Cependant un iour il prit la fiiite pour se ga-

apud Euseb. , ^ . '^ ^ ' "

Prœp.evang. rautir d'uu cliieu qui le poursuivait; et* comme on le

Hb. i4,c.i8. .,, . ^ . ^ . , . .

raillait sur cette crainte contraire a ses principes et indigne d'un philosophe : // est difficile , répondit -il, de dépouiller entièrement l'hommel Lacrt. Anaxarque son maître étant tombé dans un fossé,

il passa outre sans daigner lui tendre la main. Loin qu'Anaxarque lui en sût mauvais gré, il blâma ceux qui reprochaient à Pyrrhon une dureté si inhumaine , et loua son disciple de cet esprit indifférent et qui n'aimait rien. Que deviendraient la société et le commerce de la vie avec de tels philosophes?

stobaîus,ser. Pyrrhou soutenait qu'il n'importe pas plus de vivre que de mourir, ou de mourir que de vivre. Pourquoi donc ne mourez-vous pcis? lui demanda-t-on. Oest a cause de cela même, répondit-il : parce que la vie et kl mort sont également iîidifférentes .

monc u8.

SCIEMCKS ET AliTS. 4^5

Il enseignait ce dogme abominable, et qui ouvre la Lacrt. porle ù tous les crimes : que l'honneur et l'infamie des actions, leur justice et leur injustice dépendaient uniquement des lois humaines et de la coutume ; en un mot, qu'il n'y avait rien en soi-même d'honnête et de honteux, de juste et d'injuste.

Sa patrie le considéra extrêmement, lui conféra la ibid. dignité de pontife, et, en sa faveur, accorda une exemption de tributs à tous les philosophes : conduite bien singulière à l'égard d'un honnne que l'on cond>lait d'honneurs, pendant qu'il ne lui était dû qu'un profond mépris.

§ IV. Secte épicurienne.

Épicure, l'un des plus grands philosoplies de son ib,d. siè('le, naquit à Gargettium dans l'Attique, la troisième année de la 109*^ olympiade. Son père Néoclès, an.m.36G? et sa mère Chérestrata, furent du nondore des habitants de l'Attique que les Athéniens envoyèrent dans l'île de Samos. C'est ce qui fit qu'Épicure passa dans cette île les années de son enfance.

Il ne revint à Athènes qu'à l'âge de dix -huit ans. Lact. Ce ne fut pas pour s'y fixer : car (|uelc[ues années après il alla trouver son père qui demeurait à Colophon; et depuis il séjourna en différents endroits. Ce ne fut (pTenviron à Fage de trente-six ans qu'il s'établit pour An.m.Sijoo. toujours à Athènes.

H y érigea une école dans un beau jartbn qu'il avait acheté. Une foule incroyalde d'auditeurs vint bientôt de toutes les villes de la Grèce, de l'Asie, et de l'Egypte même, pour recevoir ses leçons. Si l'on en croit

lijG IIISTOUIE ANCIENNi:.

De Finii). le Torquatus de Cicéron , ardent défenseur de la secte épicurienne, les disciples d'Epicure vivaient en commun avec leur maître dans une union parfaite. Et au lieu que, dans toute l'antiquité, à peine comptait- on pendant plusieurs siècles trois couples de vrais amis,

Eus. iva?p. Epicure avait su en réunir des troupes nombreuses

■vaug. l. li^ , ^ . ,

cap. 5. dans une assez petite maison ^ . Le philosophe Numenius, qui vivait dans le second siècle, remarque qu'à travers les discordes et les divisions qui régnaient dans chacune des autres sectes , l'union des disciples d'Epicure s'était conservée jusqu'à son temps. Son école ne se divisa jamais : on y suivit toujours sa doctrine comme >iÎD.iib.34, un oracle. Son jour natal était encore solennisé du '^^' ' temps de Pline le naturaliste, c'est-à-dire plus de quatre cents ans après sa mort : on fêtait même le mois entier de sa naissance. Son portrait se trouvait partout.

Épicure composa un grand nombre de livres; on les fait monter à plus de trois cents : et il se piquait de n'y rien citer, et de tirer tout de son propre fonds. Quoiqu'il ne nous en reste aucun, il n'y a point d'ancien philosophe dont les sentiments soient plus connus que les siens. On en est surtout redevable , sans parler de Cicéron dans ses œuvres philosophiques, au poète Lucrèce, et à Diogène Laërce. Le savant Gassendi a ramassé avec beaucoup d'exactitude tout ce qui se trouve sur la doctrine et sur la personne d'Epicure dans les anciens livres.

Il mit dans une extrême réputation le système des atomes. Nous verrons qu'il n'en était pas l'inventeur,

• « Epicui us unâ in doino , et eâ tientes tenuit amicorum greges ! » quidemangustà,quàmmagnos, quart- (Cic.) tâque amoVis conspiratione consen -

mais qu'il y changea seulement quelque chose. Son dogme sur le souverain bonheur de l'homme , qu'il met dans le plaisir, contribua beaucoup à décrier sa secte, et à la faire valoir : il en sera aussi parlé dans la suite, comme de ses sentiments sur la nature des dieux , sur la providence , et sur le destin.

L'éloge que fait d'Épicure Lucrèce , son fidèle interprète, nous marque ce qu'on doit penser du système de ce philosophe. Il le représente comme le premier des humains qui ait eu le courage de s'élever contre les préjugés qui aveuglaient l'univers, et de secouer le joug de la religion , qui , jusqu'à lui, avait tenu tous les hommes asservis sous son empire , et cela sans être arrêté ni par le respect pour les dieux, ni par la crainte du tonnerre , ni par aucun autre motif.

Humana ante oculos fœdè qmim vita jacerct In terris oppressa gravi sub relligione. . . . Primùm grains homo mortales tollere contra Est oculos ausus, primusque obsistere contra : Quem nec fama dcùm, nec fulmina, ncc minitanti Murmure compressit cœlum.

On loue Épicure de n'avoir jamais varié dans le zèle Laert. pour le bien de sa patrie. Il n'en sortit point dans le .^ u",^\.tr temps que Démétrius Poliorcète assiégeait Athènes , et pag- 903voulut avoir sa part des maux qu'elle souffrait. Il se nourrit de fèves, et en nourrit ses disciples. Il souhaitait de bons souverains , et se soumettait à ceux qui gouvernaient mal : maxime importante, et qui est le fondement fie la tranquillité des états. Tacite l'exprime en ces termes : bonos impevalores voto expetere^ qua- ^^ .^ ^^.^^ lescumque tolerare. «Faire des vœux pour avoir de l't. 4, c. 8. « bons empereurs , les tolérer quels qu'ils soient. »

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Epicure mourut dans les douleurs d'une rétention d'urine , qu'il supporta avec une patience et une constance extraordinaires, la seconde année de la \'ij^ An. M. 3733. olympiade. Il commençait d'entrer dans sa soixantedouzième année.

Réflexion générale sur les sectes des philosophes.

J'ai taché d'exposer le plus clairement qu'il m'a été possible l'histoire des différentes sectes des philosophes païens. Avant que de quitter cette matière, et d'exposer les divers sentiments de ces sectes, je crois devoir avertir par avance le lecteur qu'il serait trompé s'il s'attendait à voir un grand changement, une grande réforme dans les mœurs des hommes par les différentes Instructions de tous ces philosophes. La sagesse dont se vantaient les plus éclairés parmi tant de sectes qui partageaient l'univers , n'a pu finir aucune question , et a nudtiplié les erreurs. Toute la philosophie humaine n'a prétendu instruire les hommes qu'à marcher d'une manière digne de l'homme, parce qu'elle n'a reconnu dans les hommes que des qualités humaines , et qu'elle ne les a destinés qu'à la jouissance des biens humains. Et ses instructions ne sont pas inutiles en ce point, qu'elles détournent au moins les hommes de la vie brutale qui liéshonore l'excellence de la nature humaine, et qui leur fait chercher leur bonheur dans la plus vile portion de leur être, c'est-à-dire, dans le corps. Mais toute cette réforme se réduit à bien peu de chose. Quel progrès ont fait les sectes des philosophes, quoique revêtues de tant d'éloquence, et soutenues de tant de subtilité? Elles ont laissé les hommes dans l'état où elles les ont

SCIENCES ET ARTS. liJ<)

trouvés; clans les mêmes perplexités, les mêmes préventions , le même aveuglement.

Et comment auraient-elles pu travailler à la réforme du cœur humain , ne sachant ni en quoi il était déréglé, ni quelle était la source de son dérèglement? Sans la révélation du péché d'Adam , que connaissait- m. duCuct, on de l'homme et de son véritable état? Depuis sa tôm.Z'ch.'s' chute , il est plein de contrariétés étonnantes. Il retient j^ 7»'a7rai de sa première origine des sentiments de grandeur et d'élévation, que sa dégradation et sa bassesse n'ont pu étouffer. Il veut tout , il aspire à tout. Son désir pour la gloire, pour l'immortalité, pour un bonheur qui renferme tous les biens , est infini. Et , d'un autre coté , il s'amuse à tout : un néant l'occupe , un néant l'afllige ou le console. Il est un enfant en mille occasions; faible, découragé , abattu : sans parler de ses vices et de ses passions, qui le déshonorent et l'avilissent, et qui le rendent quelquefois inférieur aux bêtes, dont il est plus voisin que de l'homme par ses indignes inclinations.

L'ignorance de ces deux états a jeté les philosophes Principes <k dans deux excès également absurdes. Les stoïciens , qui tom. i , c. «j. s'étaient fait une idole de leur sagesse chimérique , inspiraient à l'homme des sentiments d'une grandeur pure: ce n'est pas là son état. Les épicuriens , qui l'avaient dégradé en le réduisant à la matière , lui inspiraient des sentiments de bassesse pure : et c'est aussi peu son état. La philosophie n'était point capable de discerner des choses si voisines , et en même temps si éloignées : si voisines , puisque l'état de l'homme les réunit ; et si éloignées, puisqu'elles appartiennent par leur nature à des états totalement différents. Un tel discernement n'a

/jGo HISTOIRE ANCIENNE.

point été fuit avant Jésus-Christ , ou indépendamment de Jésus-Christ. L'homme ne s'est point connu , et n'a pu se connaître avant lui. Il s'est ou trop élevé, ou trop abaissé. Ses maîtres l'ont toujours trompé , ou en flattant un orgueil qu'il fallait abattre, ou en ajoutant à une bassesse qu'il fallait relever. Je comprends par là combien la révélation m'était nécessaire, et combien le don de la foi me doit paraître précieux.

Il est vrai que la manière dont le péché d'Adam a passé jusqu'à moi est couverte d'obscurité. Mais de ce seul point que cachent les ténèbres vient la lumière qui éclaircit tout , et dissipe toutes mes difficultés. Je n'ai donc garde de refuser de croire une seule chose , dont la foi est récompensée par l'intelligence de tant d'autres : et j'aime mieux soumettre ma raison à un seul article qu'elle ne comprend pas , mais qui est révélé , (fue de la révolter sur une infinité d'autres qu'elle comprend aussi peu , et dont la révélation divine ne lui interdit pas l'examen , et n'aplanit pas les difficultés.

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