‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 2)Chapitre 133 sur 138 · EMPÉDOCLE · texte numérisé non relu

EMPÉDOCLE

Empédocle, philosophe pythagoricien, était d'Agrigente, ville de Sicile. Il florissait dans la 84*^ olym- an.m.jSGo. piade. Il fit plusieurs voyages, comme c'était alors la coutume , pour enrichir son esprit des plus rares connaissances. De retour dans sa patrie, il fréquenta les écoles des pythagoriciens. Quelques-uns le font disciple |

de Pythagore : mais on croit qu'il lui était postérieur de plusieure années.

Il s'appliquait non - seulement à composer des ou- oiog. Lacrt. j vrages , mais encore à réformer les mœurs de ses concitoyens ; et il ne tint pas à Empédocle qu'il ne fît à

Agrigeiite ce que Pytliagore avait fait à Crotone. La ville cl' Agrigeiite était plongée clans le luxe et la débauche. On y comptait, selon Diogène Laërce , huit cent mille habitants : ce qu'il ne faut pas entendre de la ville seule, mais encore de son territoire. J'en ai marqué ailleurs les richesses et l'opulence. Empédocle avait coutume de dire que les Agrigentins se livraient à la bonne chère et au plaisir comme s'ils comptaient mourir le lendemain, et qu'ils s'appliquaient cà construire des édifices comme s'ils comptaient ne devoir jamais mourir.

Rien ne fait mieux connaître le luxe et la mollesse des Agrigentins , que l'ordre qui fut prescrit à ceux qui étaient commandés la nuit pour défendre la ville contre les attaques des Carthaginois. Cet ordre portait que chaque homme n'aurait pour se coucher qu'une peau de chameau, un pavillon, une couverture de laine, et ) deux oreillers. Les Agrigentins trouvèrent cette discipline très -dure, et eurent bien de la peine à s'y soumettre. Parmi ces citoyens livrés au luxe il y avait néanmoins d'honnêtes gens qui disaient un très-bon usage de leurs richesses, comme je l'ai exposé ailleurs.

L'autorité qu Empédocle s'était acquise à Agrigente ne lui servit qu'à y faire régner , autant qu'il put , la paix et le bon ordre. On lui offrit l'autorité suprême , qu'il refusa constamment. Son principal soin fut de faire cesser les divisions qui régnaient parmi les Agrigentins, et de leur persuader de se regarder tous comme égaux , et comme ne formant tous ensemble qu'une même famille. Il porta ensuite son attention à réprimer l'insolence des principaux de la ville, et à empêcher qu'on ne dissipât le trésor public. Pour lui ,

il employait ses revenus à marier les filles qui n'avaient point de dot.

Ce fut pour établir , autant qu'il lui était possible , ^'or i-^rf l'égalité entre les habitants d'Agrigente , qu'il fit casser le conseil composé de mille citoyens choisis entre les plus riches. 11 le rendit triennal , de perpétuel qu'il était; et fit en sorte qu'on en accordât l'entrée à ceux du peuple , ou au moins à ceux qui étaient dans la disposition de favoriser le gouvernement démocratique.

Lorsque Empédocle allait aux jeux olympiques , on rbid ne parlait que de lui. Ses louanges faisaient le sujet ordinaire des conversations. C'était un usage ancien AHifn. i i/;, de chanter en public les vers des grands poètes, comme ceux d'Homère , d'Hésiode , d'Archiloque , de Mimnerme, de Phocylide, et d'autres. On fit cet honneur à ceux d'Empédocle. Le chantre Cléomène chantait aux jeux olympiques ses Purifications^^ poème moral de trois mille vers hexamètres , composé par notre jihilosophe sur les devoirs de la vie civile , le culte des rlieux, et les préceptes de morale. On appelait ainsi ce poème, parce quil contenait des maximes qui enseignaient le moyen de purifier l'ame et de la perfectionner. On croit que les vers dorés faisaient partie de Cirmaur ce poème.

Empédocle était en même temps philosophe , poète , H'i-i historien, médecin, et même, selon quelques-uns, magicien. Il y a bien de l'apparence que sa magie n'était autre cj^ose que la connaissance profonde qu'il avait acquise de tout ce qu'il y a de plus secret dans la nature. On attribuait à la magie le service important

' Ka6ap[x.ct.

LacTt.

44^ HISTOIRE ANCIENJNE.

qu'il avait rendu aux Agrigentins, en faisant cesser certains vents réglés , qui par leur souffle violent causaient un grand dommage aux fruits de la terre ; et à ceux de Séllnonte , en les guérissant de la peste causée par la puanteur des eaux d'un fleuve qui passait dans leur ville. Sa magie était , pour le premier fait , d'avoir bouché une ouverture de montagne d'où sortaient des exhalaisons infectes qu'un vent du midi poussait vers le territoire d'Agrigente ; et pour le second fait, d'avoir fait entrer à ses frais dans le fleuve de Sélinonte deux petites rivières qui en adoucirent les eaux , et qui leur otèrent leur mauvaise qualité.

Le plus merveilleux effet de la magie d'Empédocle , et qui le fit regarder comme un dieu, est la résurrection prétendue d'une femme d'Agrigente, nommée Li]).f),c.52. Panthia. Pline en parle, aussi-bien qu'Origène. Herc.uir.cèis. mippus, qui se contente de dire que cette femme, ayant été abandonnée des médecins, et apparemment tenue pour morte , fut guérie par Empédocle , réduit ce mine Lods racle à sa juste valeur; et Galien paraît entrer dans affect.1.6. ce sentiment.

Diog. Lacrt. On dit qu'Empédocle, afin de confirmer ^ les peuples dans l'opinion où ils étaient de sa divinité en disparaissant tout d'un coup , alla se précipiter dans le gouffre du mont Etna. Mais cette extravagance a bien l'air d'être de l'invention de ceux qui se sont fait un plaisir, soit de jeter du merveilleux dans la vie de ces philosophes , soit au contraire de les rendre ridicules. Des

1 Deus immorlalis baberi

Dum cupit Empcdorles, ardentem frigidus AEtuaui lusiiuit.

( HoRAT. de Artepoet. [v. 465. ])

auteurs plus sensés nous apprennent qu'il se retira dans le Péloponnèse , où il mourut à l'âge de soixante ans , comme le dit Aristote , vers le commencement de la 88" olympiade. An. m. 3576.

ARTICLE IL

Division de la secte italique en quatre sectes.

La secte italique de Pythagore se divise en quatre autres : celle d'Heraclite , qui porta son nom ; l'éléatique , qui eut pour chef Démocrite ; la sceptique , dont Pyrrhon fut le fondateur; et l'épicurienne, qu'Épicurc établit.

§ I. Secte cVHéraclite.

On sait peu de choses de ce philosophe. Il était d'Ephèse, et vivait vers la Sg*" olympiade. On dit qu'il A?..M.3/,f)o. n'eut point de maîtres , et qu'il devint savant par ses '^*^'^'' continuelles méditations.

Entre plusieurs traités qu'il composa , celui de la Nature, qui était un recueil de toute sa philosophie, fut le plus estimé. Darius , roi de Perse, fils d'Hystaspe, ayant vu cet ouvrage, écrivit une lettre fort obligeante à Heraclite pour le prier de venir à sa cour, où sa vertu et sa science seraient plus considérées que dans la Grèce. Le philosophe , peu sensible à des avances si gracieuses et »si pleines de bonté, répondit grossièrement qu'il ne voyait parmi les hommes qu'injustice, que fourberie, qu'avarice, qu'ambition ; et que, se contentant de peu , comme il faisait , la cour de Perse lui convenait mal. 11 n'avait pas tort dans le fond. Il n'est

pas étonnant qu'un Grec né libre, ennemi de la hauteur des rois barbares , des servitudes et des vices des courtisans , fasse un grand cas de la pauvreté jointe à Findépendance, et l'estime infiniment plus que la grande fortune qu'il pouvait attendre d'un monarque vivant au mmeu de la pompe, du faste, de la mollesse et des délices , dans une nation la plus décriée pour le luxe, n aurait pu seidement accompagner son refus de manières plus honnêtes.

C'était un vrai misanthrope. Il n'était content de rien , tout lui déplaisait. Le genre humain ^ lui faisait pitié. Voyant tout le monde se livrer à une joie dont il sentait le faux , il ne paraissait jamais en public sans verser des larmes , ce qui lui fit donner le surnom de pleureur. Démocrite, au contraire, qui ne voyait rien de sérieux dans ce qui occupe le plus sérieusement les hommes, ne pouvait s'empêcher de rire. L'un ne trouvait dans la vie que misères, l'autre que niaiseries et bagatelles. Ils avaient tous deux raison dans un certain sens.

Heraclite, ennuyé et fatigué de tout, prit enfin les hommes en si grande aversion , qu'il se retira sur une montagne pour y vivre d'herbes dans la compagnie des bêtes sauvages. Une hydropisie que ce genre de vie lui causa l'ayant obligé de descendre ,t la ville, il y mourut peu de temps après.

' « Heraclitus, quoties prodierat , videbatur seriiiin eoruin quse serio

et tantùm circa se ma le viventium, agebantur. >> ( Sf.nec. </e /;■« , lib.a ,

imo malè pereuntiupi -viflei'at, fle- cap. lo.)

bat , nilserebatur omnium , qui sibi « Huic omnia, quœ agimus, mise-

laeti felicfsque occurrebant. Derao- riae; illi ineptja? videbantur. » (Id.

critum colUrà aiunt nunqnam sine de TirDKj. (U)im. ci\^. i'\.) risu in publico fuisse : adcù niliil i!Ii

SCIENCES £ï ARTS. 44<)

§ IL Secte de Démociite.

Déinocrite , auteur de cette secte , l'un des plus Laci t. grands philosophes de l'antiquité, était d'Abdère dans la Thrace. Xerxès , roi de Perse , ayant logé chez le père de Démocrite, lui laissa quelques mages, qui furent les précepteurs de son fils, et qui lui enseignèrent leur prétendue théologie et l'astronomie. Il reçut ensuite les leçons de-Leucippe, et apprit de lui le système des atomes et du vide.

L'inclination extraordinaire qu'il eut pour les sciences le porta à voyager dans tous les pays du monde oii il espéra de trouver d'habiles gens. Il vit les prôti'es d'Egypte : il consulta les Chaldéens et les philosophes persans. On veut même qu'il ait pénétré jusque dans les Indes et dans l'Ethiopie pour conférer avec les gymnosophistes.

Il négligea le soin de ses revenus % et laissa ses terres incultes , afin de s'occuper avec moins de distraction à l'étude de la sagesse. On a été jusqu'à dire, mais avec peu de vraisemblance , qu'il s'était crevé les yeux , dans l'espérance de méditer plus profondément, lorsque les objets de la vue ne feraient point diversion aux forces intellectuelles de son ame. C'était s'aveugler en quelque sorte que de s'enfermer dans un tombeau , comme on

I « Dcmocritus veiè falsôve dici- aliud, nisi beatam vitani ? » ( /)c

tur ociilis se privasse, ut quàin mi- Finib. lib. 5 , n. 87. )

nimè animis a cogitationlbus abdu- j,j,..,„^^,. ^j Dcmociiti pccus edit agello.

ceretnr. Patrimonium neglexit, agros Cultaque, dum peregn- est animus sine cmdeseruit ineultos ; quid quaerens pore vrlox ( IIorat. lib. i ,ep. 12.)

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