SYRUS
P. Syrus était Syrien de nation , d'où lui est venu son surnom de SjTus. D'esclave qu'il était à Rome , où on l'avait amené encore enfant, il devint affranchi très-jeune, et fut instruit avec heaucoup de distinction. Il excella dans la poésie mimique , où il devint le rival de Lahérius qu'il surpassa même, au jugement de Jules César. Mais on croit que cette préférence qu'il lui donna ne fut que pour mortifier Labérius , qui avait jeté dans sa pièce quelques traits malins contre lui.
Nous avons un ouvrage de Syrus qui renferme des sentences en vers iambes libres , rangées selon l'ordre alphabétique. Sénèque le père rapporte le sentiment de Cassius Sévérus , qui mettait ces sentences au - dessus de ce qu'il y a de meilleur dans les poètes comiques et tragiques. C'est beaucoup dire. Sénèque le fds les regardait aussi comme un excellent modèle.
On a donné depuis peu au public une traduction de ces sentences , et d'un poëme de Cornélius Sévérus intitulé l'Etna^ qui n'avaient jamais paru dans notre langue. On doit savoir gré aux auteurs qui cherchent ainsi à l'enrichir d'ouvrages anciens qui lui sont inconnus, et nouveaux pour elle. Ce traducteur ^ observe que La Bruyère a répandu dans ses Caractères presque toutes les "sentences de P. Syrus; et il en rapporte plusieurs exemples , tels que ceux-ci :
' M. Accarius Je Sérionne, avocat au coaseil.
Fortuna usu dat nmlla, niancijiio iiiliil. Levis est fortuna : cito reposcit quod (ledit.
« La fortune ne donne rien : elle ne fait que prêter « pour un temps. Demain elle redemande à ses favoris « ce qu'elle semble leur donner pour toujours. »
Mortem timere crudelius est , quàm mori.
« La mort n'arrive qu'une fois , et se fait sentir à tous « les moments de la vie. Il est plus dur de Tappré- « hender que de la souffrir. »
Est vita misero longa, felici brevis.
« La vie est courte pour ceux qui sont dans les joies (c du monde : elle ne paraît longue qu'à ceux qui lance guissent dans l'affliction. »