‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 2)Chapitre 3 sur 138 · HOMÈRE · texte numérisé non relu

HOMÈRE

L'époque du temps où Homère a vécu n'est pas bien Herod. 1. 2, certaine. Hérodote la place quatre cents ans avant lui.

cap. 53. * ^

An.m.3i2o. Ussérius met la naissance d'Hérodote l'an du monde 3520. Ainsi celle d'Homère a dû être vers l'an 3f20, c'est-à-dire QtZjo ans après la prise de Troie.

Le lieu de sa naissance n'est pas plus assuré. Sept villes se disputèrent cet honneur : Smyrne semble l'avoir emporté sur les autres.

J'ai parlé du poème épique et d'Homère vers le commencement du second tome de cette histoire, et avec beaucoup plus d'étendue dans le premier tome du traité des études , où j'ai essayé de faire sentir les beautés de ce poète.

Il paraît que Virgile,' à juger de ses vues par son ouvrage , ne se proposa rien moins que de disputer à la Grèce l'avantage du poëme épique ; et c'est de son rival même qu'il emprunta des armes pour le combattre. 11 comprit qu'ayant à faire venir des rives du Scamandre le héros de son poëme , il aurait besoin d'imiter l'Odyssée , qui contient une grande suite de voyages et de récits , et qu'ayant à le faire combattre pour l'établir en Italie , il aurait besoin d'avoir sans cesse devant les yeux l'Iliade , qui est remplie d'action , de combats , et de tout ce ministère des dieux que demande la haute poésie. Énée voyage comme Ulysse , et combat comme Achille. Virgile a fait entrer les quarante-huit livres d'Homère dans les douze livres dont l'Enéide est com-

SCIENCES ET ARTS. l5

posée. Dans les six premiers on retrouve 1 Odyssée presque partout, eomme on retrouve l'Iliade dans les six derniers.

C'est un grand avantage et un grand titre de supériorité pour le poète grec d'avoir été l'original que l'autre a copié ; et l'on peut bien lui appliquer ' ce que dit Quintilien de Démosthène par rapport à Cicéron , que, quelque grand que soit Virgile, Homère l'a fait en grande partie tout ce qu'il est. Cet avantage néanmoins ne décide pas pleinement de leur mérite , et l'on disputera toujours auquel on doit donner la préférence.

Nous pouvons nous en tenir au jugement de Quin- ibij. tilien , qui , laissant la question indécise , marque parfaitement en peu de mots ce qui distingue ces deux excellents poètes. Il dit qu'il y a plus de génie et de naturel dans l'un, plus d'art et de travail dans l'autre; et que ce qui manque à Virgile du côté du sublime, en quoi le poète grec l'emporte sans contestation , est peut-être compensé par la justesse et l'exactitude qui régnent également partout dans l'Enéide. Etherde, ut un naturœ cœlesti atque immortali cesserimm , ila curœ et diUgentiœ vel ideo in hoc pliis est , quod ei fuit magis laborandum : et quantum eminentioribus vincimur , fartasse œqualitate pensamus. Il est difficile de mieux caractériser ces deux poètes. L'Iliade et l'Odyssée sont deux grands tableaux , dont l'Enéide est le raccourci. Celui-ci veut être regardé de près : tout y doit être achevé. Mais les grands tableaux se voient de loin : if n'est pas nécessaire que tous les traits y

' «Cedendum veiô inhoc quidem, fuit, et ex magna parte Ciceroneui, quod et ille (Demosthenes) prior quantus est, fecit. » (Lib. io,cap. r.)

iG HISTOIRE AJS'CIENNE.

soient si finis et si réguliers; c'est même un défaut clans un grand tableau qu'un soin trop scrupuleux.

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