‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 2)Chapitre 46 sur 138 · DES HISTORIENS · texte numérisé non relu

DES HISTORIENS

C'est avec raison que l'histoire a été appelée le témoin des temps , le flambeau de la vérité , l'école de la vertu , la dépositaire des événements , et , s'il était permis de parler ainsi , la fidèle messagère de l'antiquité. En effet , elle nous ouvre la vaste carrière de tous les siècles passés , les rapproche en quelque sorte de nous , et nous les rend comme présents. Elle fait comparaître devant nous les conquérants , les héros , les princes , et tous les grands hommes , mais dépouillés de l'appareil fastueux qui les accompagnait pendant leur vie , et réduits à eux seuls , pour venir rendre compte de leurs actions au tribunal de la postérité , et pour y subir un jugement oii la flatterie n'a plus de part, parce qu'ils n'ont plus de pouvoir.

L'histoire a le privilège aussi d'approcher du trône des princes régnants , et est presque la seule qui puisse ou qui ose leur faire connaître la vérité , et leur montrer même leurs défauts , s'ils en ont , mais sous des noms étrangers pour ménager leur délicatesse, et pour leur rendre ses avis utiles en évitant de leur déplaire. Elle n'est pas moins appliquée à instruire les particuliers. Elle leur marque à tous généralement, de quelque âge et de quelque condition qu'ils soient, et les modèles de vertu qu'ils doivent suivre , et les exemples vicieux qu'ils doivent éviter.

On comprend assez que l'histoire, encore brute et

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grossière dans ses commencements , n'était pas en état de rendre au genre humain de si importants services. Elle se contenta d'abord de conserver la mémoire des événements en les gravant sur la pierre et l'airain , en les fixant par des inscriptions , en les insérant dans les registres publics , en les consacrant en quelque sorte par des hymnes et des cantiques. Elle s'est élevée peu à peu , et est parvenue par degrés à ce point de perfection où les Grecs et les Latins l'ont conduite.

Je ne touche point à l'histoire du peuple de Dieu , composée par Moïse , la plus ancienne et la plus respectable de toutes. Je ne parle point non plus de plusieurs historiens dont nous n'avons conservé que les noms et tout au plus quelques légers fragments. Je me borne ici aux historiens grecs et latins dont les ouvrages sont parvenus jusqu'à nous en tout ou en partie. Comme j'ai eu soin de les citer exactement dans mon Histoire ancienne , et qu'ils me servent de garants pour les faits que j'y avance , il paraît nécessaire que ceux de mes lecteurs qui ne les ont pas lus en aient quelque connaissance légère, et sachent au moins le temps où ils ont vécu , les principales circonstances de leur vie , les ouvrages qu'ils ont composés, et le jugement qu'en ont porté les savants.

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ARTICLE PREMIER

Des historiens srecs.

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