THUCYDIDE
On place la naissance de Thucydide au commen- an.m.3533. cernent de la -y-y^ olympiade, treize ans après celle Marceiilu. dllérodote. Thu/ySd.
Il eut pour père Olore (appelé ainsi du nom d'un Suidas. roi de Thrace ) , et pour mère Hégésipyle. Il comptait parmi ses ancêtres Tancien Miltiade , fils de Cypsèle , fondateur du royaume de la Cliersonèse , qui , du consentement de Pisistrate , s'était retiré en Thrace , et y avait épousé Hégésipyle , fille d'Olore , roi de Thrace , d<5ïit la fille apparemment , qui portait le même nom , fut mère de notre historien.
Celui-ci étudia la rhétorique sous Antiphon , et la philosophie sous Anaxagore. Il parle du premier dans Thucvd. i. 8, son huitième livre, et dit qu'il fut d'avis d'abolir à p="S -^y^- Athènes le gouvernement populaire, et d'établir les quatre-cents.
Nous avons déjà dit qu'à l'âge de quinze ans il avait An.m.3548. entendu avec un extrême plaisir la lecture de l'histoire d'Hérodote , soit à Olympie , soit à Athènes.
Porté à l'étude par une inclination violente, il ne songea point à s'engager dans l'administration des affaires publiques : il eut soin seulement de se former dans les exercices militaires qui convenaient à un jeune homme de sa naissance. Il eut de l'emploi dans les troupes, et fit quelques campagnes.
A l'âge de vingt-sept ans il fut chargé en partie de an.m.356(>,. conduire et d'établir à Thurium ' une nouvelle colonie ^' '
' Ce fait, rapporté par le seul l'orateur, qui n'avait alors que i5 Marcellin , est douteux; Lysias, ans, fut du nombre des colons. — L.
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d'Athéniens. Cet emploi l'occupa pendant trois ou (juatre ans , après quoi il retourna à Athènes.
Pour - lors il épousa une fille de Thrace fort riche, et qui y possédait un grand nombre de mines. Ce mariage le mit fort à son aise, et lui fournit de quoi faire une dépense assez considérable. Nous verrons bientôt l'utile emploi qu'il en fit.
An. M. 3573. Cependant la guerre du Péloponnèse s'alluma dans
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la (jrece, et y excita de grands mouvements et de Timoyd. 1.5, grands troubles. Thucydide, qui prévoyait qu'elle serait de longue ckiree, et quelle aurait d importantes suites, forma dès-lors le dessein d'en écrire Thistoire. L'important était d'avoir des mémoires bien fidèles et bien sûrs, et de se faire instruire de part et d'autre, dans le dernier détail de toutes les circonstances de chaque expédition et de chaque campagne. C'est ce qu'il fit d'une manière admirable et qui a peu d'exemples.
Comme il servait dans les troupes d'Athènes, il fut
lui-même témoin oculaire d'une bonne partie de ce qui
AN.M.3àSo. se passa dans l'armée des Athéniens jusqu'à la hui-
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tieme année de cette guerre, c est-a-dire jusqu au temps Tiiuryd. 1.4, de son exil, dont voici quelle fut l'occasion. Il avait pag- J21. ^^^^ commandé pour aller au secours d'Amphipolis sur les frontières de la Thrace, place d'une grande importance pour les deux partis. Brasidas, général des Lacédémoniens, le prévint, et prit la ville. Thucydide de son côté prit Eïone, située sur le Strymon. Cet avantage , qui était assez peu considérable en comparaison de la perte qu'avait faite Athènes par la prise d'Amphipolis, fut compté pour rien. On lui fit un crime à Athènes d'avoir manqué par sa lenteur à secourir Amphipolis; et le peuple, animé par les cris tu-
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imiltueux de Cléon, le punit de sa prétendue faute, et le condamna à Texil.
Thucydide mit sa disgrâce à profit, et la fit servir à la préparation et à l'exécution du grand dessein qu'il avait formé, de composer l'histoire de cette guerre. 11 employa tout le temps de son exil , qui dura vingt ans ^ à ramasser avec plus de soin que jamais des mémoires. Le séjour qu'il fit depuis ce temps -là, tantôt dans le pays de Sparte, tantôt dans celui d'Athènes, lui facilita extrêmement les recherches qu'il avait à faire. Il n'épargna point la dépense pour y réussir, et fît de grandes largesses à des officiers des deux partis pour être instruit par leur moyen de tout ce qui se passait dans les deux armées. Il avait déjà employé la même voie pendant qu'il était dans le service.
Les Athéniens, après que Thrasyhule eut chassé An.m. uioi. d'Athènes les trente tyrans, permirent à tous les exilés de revenir, excepté aux Pisistratides. La tyrannie était tellement détestée à Athènes, que, près de cent ans après l'expulsion des Pisistratides, leur famille et leur nom y étaient encore en horreur. Thucydide profita de ce décret, et revint à Athènes après un exil de vin^t ans : il en avait pour-lors soixante-huit. Ce ne fut que dans ce temps, selon IM. Dodwel , que Thucydide travailla réellement à la composition de son histoire, dont il avait ramassé jusque-là et disposé les matériaux avec un soin incroyahle. Elle avait pour ohjet, comme je l'ai déja^dit, la fiimeuse guerre du Péloponnèse qui dura vingt-sept ans. Il ne la conduisit que jusqu'à la vingt-unième année inclusivement. Les six années qui restaient furent suppléées par Théopompe et Xénophon. Il employa dans son histoire le dialecte attique, '
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comme le plus pur, le plus élégant, et en même temps le plus fort et le plus énergique : d'ailleurs c'était le
p^^etle' langage d'Athènes sa patrie. Il nous avertit lui-même qu'en la composant il chercha , non à plaire à ses lecteurs, mais à les instruire. C'est pourquoi il appelle son Histoire , non un ouvrage fait pour l'ostentation , àywvtcjxa , mais un monument qui devait toujours durer, y,Tv;j7.a £ç ùëi. Il la distribue régulièrement par années et par campagnes. Nous avons une traduction de cet excellent historien par M. d'Ablancourt ^.
On croit que Thucydide survécut l'espace de treize ans à son retour de l'exil , et à la fin de la guerre du
An.m.36i3. Péloponnèse. Il mourut âgé de plus de quatre- vingts
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In vitaCim. ans, sclou quclqucs-uns a Athènes, selon a autres dans la Tlirace, d'où l'on rapporta ses os à Athènes. Plutarque dit que de son temps on montrait encore le tombeau de Thucydide dans le monument même de la famille de Cimon.
Comparaison cVHérodote et de Thucydide.
Denys d'Halicarnasse, excellent historien et critique, dans une lettre adressée au grand Pompée, compare ensemble Hérodote et Thucydide, les deux historiens grecs les plus estimés, et marque le jugement qu'il en porte, tant pour le fond de l'histoire même que pour le style qui y est employé. Je rapporterai ici les principaux traits de cette petite dissertation. Il faut se souvenir que notre critique était d'Halicarnasse aussibien qu'Hérodote, ce qui pourrait le faire soupçonner
' Cette traduction ne vaut rien. l'ont fait oublier entièrement. — L. Celles de Lévesque et de M. Gail
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peut-être de quelque partialité en faveur de son compatriote.