‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 2)Chapitre 50 sur 138 · Examen de Vèlocution · texte numérisé non relu

Examen de Vèlocution

On peut considérer plusieurs choses dans ce qui regarde l'élocution.

La pureté, la propriété, l'élégance du langage. Ces qualités sont communes à nos deux historiens, qui y ont également excellé , mais en se tenant toujours dans la noble simplicité de la nature. Il est remarquable % dit Cicéron, que ces deux auteurs, contemporains des sophistes , qui avaient introduit un style fleuri, peigné, ajusté, et que Socrate, pour cette raison, appelait >.oyo^aiâaXoi>ç, n'aient jamais donné dans ces petits ou plutôt frivoles ornements.

L'étendue ou la brièveté du style. C'est ici ce qui les distingue et les caractérise particulièrement. Le style d'Hérodote est doux, coulant, étendu; celui de Thucydide vif , concis, véhément. «L'un, pour me servir « des termes de Cicéron , est semblable à un fleuve (c tranquille qui roule ses eaux avec majesté ; l'autre « à un torrent impétueux , et pour parler de guerre il Orat. u. 39. « semble entonner la trompette. » Aller sine ullis salebris quasi sedatiLs amnisfluit : aller inciiatior fertur , et de bellicis rébus catiit eliam quodammodo bellicwn. « Thucydide est si plein de choses, que chez lui le nomce bre des pensées égale presque celui des mots ; et « en même temps il est si juste et si serré pour l'élocu- (c tion , qu'on ne sait si ce sont les mots qui ornent les

^ « SopliLstus ).OYC/<î'a'.(î'âXc/U; ap- iiiirabiles : quorum ;etas quum in

pellat iti Phaidro Socrates... quorum eorum tempora, quos nominamus ,

satis a rguta luulta, sed minuta qua-- iucidissetj longissimc taraen ipsi a

dam... nimiùraqiit; depicta. Quo ma- talibus deliciis,\el potiiis ineptiis

gis sunt Herodotus 'l'Jiucydidcsquc al)fuerunt.» (Ccc. in Orat. n. 3f).)

SCIENCI.S ET ARTS. \ [^-i

«pensées, ou les pensées qui ornent les mots. » Qui Lib. 2,dc ( Tliiicydides ) ita creher est renun freqiientiâ , ut *^'^"'' °' ^^" verborum prope numerum senteatiarum numéro consequatur ; ita porro verbis aptus et pressics , ut nescias utrum res oratione , an verba sententiis illustrentur. Ce style brusque, pour ainsi dire, est merveilleusement propre pour donner de la force et de l'énergie au discours, mais il y jette ordinairement beaucoup d'obscurité : et c'est ce qui est arrivé à Thucydide, surtout dans les harangues, qui sont, en beaucoup d'endroits, presque inintellicribles. Ipsœ illœ conciones ita ., multas habent obscuras abditasque senlentias , Dix ut intelligantur. De sorte que la lecture de cet auteur demande^ une attention suivie, et devient une étude sérieuse. Au reste, il n'est pas étonnant que Thucydide, faisant allusion dans ses harangues à plusieurs circonstances notoires dans le temps , et devenues inconnues dans la suite, laisse des obscurités dans l'esprit des lec teurs, éloignés, par tant de siècles, de ces événements; mais ce n'en est pas là la principale cause.

Ce qui vient d'être dit montre ce qu'il faut penser de nos deux historiens par rapport aux passions , qui dominent, comme on le sait, dans l'éloquence, et en font le principal mérite. Hérodote réussit dans celles qui demandent de la douceur et de l'insinuation , Thucydide dans les passions fortes et véhémentes.

On trouve des harangues dans l'un et dans l'autre ; mais elles SQ,nt plus rares et plus fortes dans le premier. Denys d'Haîicarnasse trouve un défaut dans celles de Thucydide : c'est qu'elles sont uniformes et toujours sur le même ton, et que les caractères y sont mal observés ; au lieu qu'Hérodote garde inicux les bienséances. \\ est

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