TACITE
Tacite ( C Cornélius Tacitus) était plus âgé que
Pline le jeune, qui était né en l'an de Jésus -Christ 61.
Vespasien commença <à l'élever aux dignités : Tite
continua , et Domitien y en ajouta de plus grandes, 11
fut préteur sous ce dernier, et consul sous Nerva,
pim.iib.2, subrogé à Verginius Rufus, dont il fit le panégyrique.
epist. I. " \ "
Il épousa la fille de Cn. Jiilius Agricola, célèbre par an. j. c. la conquête de l'Angleterre. Il était hors de Rome de- "'*'"' puis quatre ans avec sa femme, lorsque Agricola mou- An, 93. rut. Lipse croit que Tacite laissa des enfants, parce que vopisc. in l'empereur Tacite se disait descendu de lui ou de la ^^^^ '^'*"*" même famille.
Les lettres ont rendu Tacite plus illustre que ses dignités. Il plaida, même après avoir été consul, avec pj;^ ^j, ^ une grande réputation d'éloquence, dont le caractère ^p. letn. particulier était la gravité et la majesté. 11 avait été fort estimé dès ses premières années.
Pline le jeune fut un de ses premiers admirateurs, id. lib. 7, et ils s'unirent ensemble par une amitié très -étroite. laî'iTb^^s, Ils se corrigeaient mutuellement leurs ouvrages : grand *^i''*'' '^' secours pour un auteur! Je l'éprouve tous les jours avec une vive reconnaissance ; et je sens bien que je dois le succès de mon travail à un pareil secours , que me rendent des amis également éclairés et affectionnés.
Il paraît que Tacite avait donné au public quelques ibid. lib. 9, harangues ou plaidoyers. Il avait fait aussi quelques vers. Il nous est resté de lui une lettre parmi celles de Pline.
Mais on ne le connaît aujourd'hui que par ce qu'il a écrit stir l'histoire, à laquelle saint Sidoine dit qu'il sidon.iib.4, ne s'appliqua qu'après avoir tâché inutilement de ^'i""*- ^^' porter Pline à l'entreprendre.
Il composa sa Description de V Allemagne durant le ^^ ^^^^ second corisulat de Trajan : du moins il y a lieu de le ^ap. 37. conjecturer ainsi.
La vie cV Agricola son beau-père paraît aussi, par la préface, être un de ses premiers ouvrages, et faite au commencement de Trajan. Il emploie une partie de
23o HISTOIUE ANCIENNE.
cette préface à décrire les temps orageux d'un règne cruel et ennemi de toute vertu : sœva et infesta virtiitibus tempora. C'était celui de Domitien. Il la conclut en marquant « qu'il consacre cet écrit à la gloire d'Agri- « cola son beau-père; et il ajoute qu'il espère que le « sentiment de respect et de reconnaissance qui l'a porté « à entreprendre cet ouvrage le fera paraître louable, a ou du moins excusable. » Hic intérim liber honori Agricolœ soceri mei destinatus , professione pietatis aiit laudatus erit , mit excmatus.
Il entre ensuite en matière, et expose les principales circonstances de la vie de son beau-père. Cet écrit est un des plus beaux et des plus précieux morceaux de l'antiquité. Les gens de guerre, les courtisans, les magistrats y peuvent trouver d'excellentes instructions. Le grand ouvrage de Tacite est celui dans lequel il Tacit. Hist. avait écrit l'histoire des empereurs , en commençant à la mort de Galba et finissant à celle de Domitien : c'est ce que nous appelons ses Histoires. Mais des vingthuit ans que cette histoire contenait depuis l'an 69 jusqu'en 96 , il ne nous reste que l'année 69 et une partie de 70. Pour composer cet ouvrage, il demandait des epist. i(). mémoires aux particuliers , comme il en demanda à Pline le jeune sur la mort de son oncle. Et ceux qui id. ibid. étaient bien aises que la postérité les connût lui en envoyaient d'eux-mêmes ; ce que nous voyons par le même Pline, qui espéra de s'immortaliser par ce moyen. Les lettres qu'il lui en écrivit semblent être de Fan 102 ou io3; et l'on peut juger par là du temps auquel Tacite travaillait à cet ouvrage.
Tacit. Hist. Il avait dessein , après l'avoir achevé , si Dieu lui liiji.ci- conservait la vie, de faire aussi l'histoire de Nerva et
lib. I , c. I.
Plin.lih. 6,
cap. II.
SCIENCES ET ARTS. 23l
de Trajan : temps heureux, dit -il, où l'on pouvait penser ce qu'on voulait , et dire ce qu'on pensait. Rara temporum felicitate ^ iibi sentire quœ velis, et qiiœ sentias dicere licet. Mais il ne paraît pas qu'il ait exécuté ce projet.
Au lieu de cela, il reprit l'histoire romaine depuis la mort d'Auguste jusqu'à Galba; et c'est ce qu'il appelle lui-même ses Annales^ parce qu'il tâchait d'v marquer tous les événements sur leur année, ce qu'il n'observe pas néanmoins toujours quand il rapporte quelque guerre.
Dans un endroit de ces annales, il renvoie à l'his- Annal. i. n, toire de Domitien , qu'il avait écrite auparavant: ce qui marque que les Histoires sont antérieures aux Annales^ quoique celles-ci soient placées les premières. Aussi l'on remarque que le style de ses Histoires est plus fleuri et plus étendu, et celui de ses Annales plus grave et plus resserré, sans doute parce que, porté naturellement à la concision , il se fortifiait de plus en plus dans cette habitude à mesure qu'il écrivait davantage. Des quatre empereurs dont Tacite avait écrit l'histoire dans ses Annales , savoir Tibère , Caligula, Claude, Néron, il n'y a que le premier et le dernier dont nous ayons l'histoire à peu près entière : encore nous man ■ que-t-il trois années de Tibère et les dernières de Néron. Caligula est perdu tout entier, et nous n'avons que la fin de Claude.
Il avait «Jessein d'écrire aussi l'histoire d'Auguste : mais saint Jérôme paraît n'avoir connu de lui que ce Hicrou. qu'il avait fait depuis la mort de ce prince jusqu'il celle de Domitien : ce qui, dit-il, faisait trente livres.
Si ce que Quintilien dit d'un historien célèbre de
Zaciiar.
son temps, qu'il ne nomme point, doit s'entendre de Tacite, comme quelques auteurs l'ont cru, il paraîtrait qu'il aurait été obligé de retrancher des endroits trop libres et trop hardis. Voici le passage de Quintilien : « Il est un historien qui vit encore pour la gloire de « notre siècle ^ , et qui mérite de vivre éternellement « dans la mémoire des siècles à venir. On le nommera « un jour : maintenant on voit bien de qui je veux « parler. Ce grand homme a des admirateurs et peu «d'imitateurs, l'amour de la vérité lui ayant nui, « quoiqu'il ait supprimé une partie de ce qu'il avait « écrit. Dans ce qui est resté on ne laisse pas de sen- « tir parfaitement un génie élevé, et une façon de « penser hardie et généreuse. »
Il est fâcheux qu'on ne soit pas plus instruit des circonstances de la vie d'un écrivain si célèbre. On ne Vopisc. in sait rien non plus de sa mort. L'empereur Tacite, qui ^';!^,Trr*' tenait à honneur de descendre de la famille de notre historien , ordonna qu'on mît ses ouvrages dans toutes les bibliothèques, et qu'on en fît tous les ans dix copies aux dépens du public, afin qu'elles fussent plus correctes. C'était une sage et louable précaution , qui aurait dû, ce semble, nous conserver en entier un ouvrage si digne dans toutes ses parties de passer à la postérité.
Tacite se vante d'avoir écrit sans haine et sans prévention, J/Wd ira et sludio ^ et d'avoir suivi en tout l'exacte vérité, ce qui est le principal devoir d'un his-
I « Superest adhuc, et exomat quanquam circumcisis qnae dixisset,
a;tatisiiostraegloriam,virsecnloruin einocuerit; sed elatum abundè spi-
memorià dignus, qui olim noniina- riuim et audaces sententias depre-
bitur, nunc iutelligitur. Hnbet ama- hendas etiam in iis quœ manent. »
tores, nec iiuitatores, ut libertas , (Quint, lib. lo, cap. i.)
jinper.
SCIliJNCES ET ARTS. 233
torien. Pour remplir ce devoir, Tacite aurait eu besoin, non-seulement d'un grand amour pour le vrai, mais d'un discernement très - fin et de beaucoup de précaution. « Car il remarque lui-même, en parlant « des histoires de Tilîère, de Caïus, de Claude, de Né- « ron, que, soit qu'elles fussent écrites de leur vivant, «ou peu après leur mort, la fausseté y régnait éga- « lement, parce que la crainte avait dicté les unes, et cela haine les autres.» Floreiiiibiis ipsis^ oh meliiin Annal, i. i, falsœ; post quant occiderunt ^ recentibus odiis composilŒ sunt. — « Il y a , dit - il ailleurs, deux grands « défauts qui donnent atteinte à la vérité : la fureur de « louer outrément les puissances pour leur plaire, le « plaisir secret d'en dire du mal pour se venger. Il ne «faut pas s'attendre que de tels historiens, qui sont « ou flatteurs ou ennemis déclarés, ménagent fort l'es- « time de la postérité. » Veritas pluribus moclis infrac- iiistor.iih. i,
ta libidiiie assentandi, aut rarsiis odio adversîis
dominantes. Ita neutris cura posteritatis , inter infensos vel obnoxios. — « On est choqué d'une basse flat- « terie, parce qu'elle sent la servitude; mais on ouvre « volontiers ses oreilles a la médisance, dont la mali- « gnité se couvre d'un air de liberté. » Sed anibitioneni scriptoris facile acherseris , ohtrecfatio et livor pronis auribus accipiwiLur: quippe adulationi fœduni crime n servit ut is , malignitati fais a species libertatis inest. — Tacite promet de s'écarter de ces deux excès,, et proteste d'une fidélité à l'épreuve de toute séduction. IncojTuplam fdem professis , nec amore quisquam , et sine odio dicendiis est.
Le morceau du règne de Tibère passe pour le chef d'œuvre de Tacite par rapport à la politique. Le reste
de son histoire, dit -on, pouvait être composé par un autre que par lui ; et Rome ne manquait pas de déclainateurs pour dépeindre les vices de Caligula, la stupidité de Claude, et les cruautés de Néron. Mais, pour écrire la vie d'un prince comme Tibère, il fallait un historien comme Tacite, qui pût démêler toutes les intrigues du cabinet, assigner les causes véritables des événements, et discerner le prétexte et l'apparence d'avec la vérité.
11 est utile et important, je l'avoue, de démasquer les fausses vertus; de pénétrer dans les ténèbres où l'ambition et les autres passions se cachent , et de mettre les vices et les crimes dans tout leur jour pour en inspirer de l'horreur. Mais n'est -il point à craindre qu'un historien qui affecte presque partout de fouiller dans le cœur humain, et d'en sonder les replis les plus cachés, ne donne ses idées et ses conjectures pour des réalités, et ne prête souvent aux hommes des intentions qu'ils n'ont point eues, et des desseins auxquels ils n'ont jamais pensé? Salluste ne manque pas de jeter dans son histoire des réflexions de politique; mais il le fait avec plus d'art et de réserve, et par là se rend moins suspect. Il semble que Tacite, dans l'histoire des empereurs, est plus attentif à faire apercevoir le mal qu'à montrer le bien , ce qui vient peut-être de ce que ceux dont nous avons les vies sont presque tous de mauvais princes.
Pour ce qui regarde le style de Tacite , on ne peut pas nier qu'il ne soit fort obscur ; il est même quelquefois dur, et n'a pas toute la pureté des bons auteurs de la langue latine. Mais il excelle à renfermer de grands sens en peu de mots , ce qui donne à son discours une
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force, une énergie, une vivacité toute particulière. Il excelle encore à peindre les objets, tantôt d'une manière plus courte, tantôt avec plus d'étendue, mais toujours avec de vives couleurs, qui rendent sensible ce quil décrit, et ( ce qui est son caractère propre) qui font beaucoup plus penser qu'il ne dit. Quelques exemples en convaincront mieux que mes paroles. Je les tirerai seulement de la vie d'Asricola.
Endroits de Tacite pleins de vivacité.
i. Tacite parle des peuples de la Grande-Bretagne, qui fournissaient volontiers les levées , payaient les tributs, et satisfaisaient à toutes les autres charges, quand les gouverneurs envoyés de Pvome les conduisaient avec douceur, « mais qui souffraient avec peine les traite- « ments durs et violents, assez domptés pour obéir, « non pour être traités en esclaves. » Has [injurias^ Cap. i3. œgve tolérant .f jain doiniti ut pareani ., nonduin ut serviant.
2. c( Agricola s'étant appliqué, dès la première ance née, à arrêter ces désordres, remit la paix en hon- « neur chez ces peuples, laquelle auparavant, soit par « la négligence, soit par la connivence des gouver-
a neurs , était autant appréhendée que la guerre. Hœc Cap. m primo statlni anno comprimendo , egregiani famam paci circumdedit y quœ ., vel incurid^ vel tolerantid prioruin , haud minus quam bellum timebatur.
3. La réception d' Agricola par Domitien, au retour dé ses glorieuses campagnes , est un des beaux endroits de Tacite, mais dont on ne peut rendre la vivacité
dans une traduction. Exceptus brevi osculo, et nullo Cap.40.
236 UISÏOIKlî ANCIENNE.
sernione^ lurhœ servienliiim immixtus est. «Après une « embrassade froide, sans que l'empereur lui dît un « mot , il se confondit dans la foule des courtisans.
[\. Il en faut dire autant de ce qui suit immédiatement. Agricola, qui connaissait parfaitement le génie de la cour, et qui savait combien la réputation d'un homme de guerre qui a réussi est à charge à ces courtisans oisifs et sans mérite, pour en tempérer l'éclat, et pour amortir l'envie, se réduisit à une vie tranquille et retirée. Cœterum^ ut militare nomen ^ grawe inler otiosos , aliis virtutibus iemperaret , tranquilUtatem atque otlum penitus auxit. — « Il avait un équi- « page médiocre, se rendait affable à tout le monde, « et marchait accompagné seulement d'un ou de deux « amis ; de sorte que le grand nombre , qui a coutume « de juger du mérite des hommes par l'éclat et la ma- « gnificence de leur train, après avoir vu et considéré «Agricola, se demandait si c'était donc là cet homme « si célèbre, et peu le reconnaissaient sous cet exté- « rieur. » Cidtu modicus, sermone facilis ^ uiio aut altéra amiconim comiialus : adeo ut plerique^ quibus magnos viros per amblliotiem œstiniare mos est^ quœrereiit faniam ^ pauci interpretarentur. Quel moyen de rendre ces deux dernières phrases, quœrerent Jamam ^ paucL interpretarentur , qui ont un sens profond , et qu'il faut presque deviner. L'historien y a préparé en disant qu'on ne juge ordinairement des grands hommes que par l'éclat extérieur qui les environne : plerisque magnos viros per ambitionem œstimare mos est. Il distingue deux sortes de spectateurs. Les uns, qui faisaient le grand nombre, en voyant la modestie de l'extérieur d'Agricola, cherchaient sur quoi pouvait être
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fondée sa réputation , n'en apercevant pas les marques ordinaires : ut plerique quœrerent famam. D'autres, et ils étaient en très -petit nombre, selevant au-dessus des préjugés populaires , comprenaient qu'un grand mérite pouvait être caché sous des dehors simples et modestes, et que l'un n'était pas incompatible avec l'autre \ pauci iiilerpretarentur.
5. Tacite mêle quelquefois aux faits qu'il expose, des réflexions bien sensées : c'est ce qu'il fait d'une manière merveilleuse , en relevant la sagesse et la modération avec laquelle Agricola ménageait et adoucissait l'humeur violente de Domitien, quoiqu'il en eût reçu beaucoup de mauvais traitements.
« Proprium humani ingenii est , odîsse quem laeseris. Cap. 42. Domitiani verô natura pra^ceps in iram, et quô obscurior, eô irrevocabilior, moderatione tamen prudentiâque Agiicolae leniebatur : quia non contumacià, neque inani jactatione libertatis, famam fatumque provocabat. Sciant quibus moris illicita niirari, posse etiam sub malis principibus magnos viros esse, obsequiumque acmodestiam, si industria ac vigor adsint, eô laudis excedere, que plerique per abrupta, sed in nuUum reipubUcae usum, aiiibitioscà morte inclaruerunt. »
« Quoique ce soit le propre de Thomme de haïr celui a qu'on a offensé , et que Domitien fût d'un naturel « violent, etTl'autant plus irréconciliable, que sa haine «et sa colère étaient plus cachées, Agricola savait «l'adoucir par sa modération et sa prudence, parce « qu'il ne provoquait point le courroux du prince, et « n'allait point au trépas et à* la réputation par une
2f38 HISTOIRJi ANCIENNE.
t( vaine et fière affectation de liberté qui tient de la « révolte. Que ceux qui n'admirent qu'une générosité « téméraire apprennent par son exemple qu'il peut y « avoir de grands hommes sous de mauvais princes ; et « que la soumission et la modestie , si elles sont sou- « tenues d'une vigueur et d'une activité propres aux « grandes affaires , peuvent arriver au même point de a gloire où tendent la plupart des hommes par des « procédés hardis et violents, sans aucun avantage pour « le bien public , et sans autre fruit pour eux-mêmes « que de se signaler par une chute éclatante. »
QUINTE -CURCE ( Quintus Curtius Rufus).
J'ai déjà remarqué ailleurs qu'on ne sait point précisément dans quel temps Quinte- Curce a vécu. C'est le sujet d'une grande dispute parmi les savants; les uns le plaçant sous Auguste ou Tibère , d'autres sous Vespasien , quelques-uns sous Trajan.
Il a écrit l'Histoire d'Alexandre - le - Grand en dix livres, dont les deux premiers ne sont pas venus jusqu'à nous : ils ont été suppléés par Freinshémius. Son style est fleuri, agréable, rempli de réflexions sensées, et de harangues fort belles , mais pour l'ordinaire trop longues , et qui sentent quelquefois le déclamateur. Ses pensées, ingénieuses, et souvent très-solides, ont néanmoins un éclat et un brillant affecté , qui ne paraît pas marqué tout-h-fait au coin du siècle d'Auguste. Il serait assez étonnant que Quintilien, dans le dénombrement qu'il fait des auteurs latins , n'eût. fait aucune mention d'un historien aussi recommandable que Quinte-Curce, s'il avait vécu avant lui!
On lui reproche plusieurs défauts d'ignorance par rapport à l'astronomie , à la géographie , aux dates des événements, et même aux effets de la nature les plus connus, comme d'avoir pensé que la lune s'éclipse indifféremment quand elle est nouvelle et quand elle est pleine. Lunam dejîcere, cîim aiU terrain subiret, mit Lib.4,c. lo. sole preuLeretur.
Nous avons une excellente traduction de Quinte- Curce par M. de Vaugelas.
SUETONE ( Caius Suetonius Tran^uillUs ).
Suétone était fils de Suetonius Lénis , tribun de la suet. in otL. treizième légion , qui se trouva à la journée de Bédriac, ^^^' ^°' où les troupes de Vitellius vainquirent celles d'Othon. Il a fleuri sous l'empire de Trajan , et sous celui d'Adrien.
Pline le jeune l'aimait beaucoup , et voulait l'avoir pun. iib. lo, toujours auprès de lui. Il dit que plus il le connaissait , '^^"*'' '°°' plus il l'aimait, à cause de sa probité, de son honnêteté, de sa bonne conduite , de son application aux lettres , de son érudition ; et il lui rendit plusieurs services.
Suétone composa un fort grand nombre de livres, qui sont presque tous perdus. Il ne nous reste que son histoire des douze premiers empereurs , et une partie de son traité des illustres grammairiens et rhéteurs.
Cette histoire est fort estimée par les savants. Elle s'attache beeTucoup moins aux affaires de l'empire qu'à la personne des empereurs, dont elle fait connnaître les actions particulières, la conduite domestique, et toutes les inclinations tant bonnes que mauvaises. Suétone n'observe point l'ordre des temps , et jamais l'histoire
a/jO HISTOIRE ANCIENNE.
ne fut plus différente des annales que celle-ci. Il réduit tout à certains chefs généraux , et met ensemble ce qui se rapporte à chaque chef. Son style est fort simple , et l'on voit bien qu'il a plus recherché la vérité que l'éloquence. On lui reproche avec raison d'avoir donné trop de licence à sa plume , et d'avoir été aussi libre et aussi peu mesuré dans ses récits que les empereurs dont il fait l'histoire l'avaient été dans leur vie.