‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 3)Chapitre 11 sur 141 · C. VÊTU R lus · texte numérisé non relu

C. VÊTU R lus

Jlomc était depuis plusieurs années un tbéàtre perpétuel de révolutions. La concorde et la division se succédaient l'une à l'autre. L'union régnait dans la ville (juaml on était en guerre au debors, et sitôt qu'on était en paix, les troubles recommençaient au dedans, ils furent très-violents dès le commencement de cette année.

Les tribuns remellenl sur le tapis plus foitemcnt

Les tribuns que jaiiiais l'affaire des lois agraires, dont on différait

proposent i? ' • i .

de nouveau 1 execution dcpuis trente ans, et celle des nouvelles Dionys.i.to,' lois dont on demandait l'établissement depuis un temps Liv. hb. ■j'J' considérable. Le jour indiqué pojiir l'assemblée étant "• ^'- venu, on commence par les lois agraires. Les tribuns, après en avoir montré fort au long la justice et la nécessite, laissent à quiconque voudra parler en faveur de ces lois la liberté de le faire. Plusieurs se présentent, et racontent les grands services qu'ils ont rendus dans la guerre. Ils s'écrient « qu'il était indigne que de tant « de teri^es qu'ils avaient enlevées aux ennemis, ils n'en « eussent aucune part , et que tous ces nouveaux hérite tages, qui appartenaient de droit au public, fussent « possédés par de riches particuliers , dont le crédit et « la violence étaient les seuls titres qu'ils eussent pour « en jouir Ils demandent que , partageant avec les pâte triciens les travaux et les périls où les engageaient les «besoins et les intérêts de la république, ils puissent « aussi partager avec eux les avantages et les douceurs « qui en sont les fruits ».

Le peuple écoutait ces discours avec plaisir : mais rien ne le toucha plus que celui d'un certain L. Siccius, surnommé Dentatus. C'était un honnne d'une taille avantageuse, dans toute sa force et toute sa vigueur, quoique âgé de cinquante-huit ans; sage , avisé, et assez éloquent pour un soldat. Il s'avança au milieu de tous, et parla de la sorte : « Je ne finirais point, « Romains, si je voulais raconter en détail tout ce que «j'ai fait pour le bien et la gloire de cet empire. Je ne ce toucherai ([u'en peu de mots les actions principales « de ma vie, pour ne vous point être ennuveux. Voici « la cjuarantième année que je sers ma patrie, et la

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« trentième ([uc je suis officier, t;inl(")l à la tête d'une «eoliorle, tantôt eominaiulaiit d'une légion. Pendant « les (juarante ans (jue j'ai porté les armes, je me suis « trouvé à six.-vingts batailles; j'y ai reçu (juarante-ciiKj « blessures, toutes honorables, et nulle (jui puisse me « faire rougir. J'en reeus douze en un seul jour, dans « le temps qu'Herdonius s'empara du Capitole. Je suis (( sorti de peu de combats, que je n'aie remporté le prix « de la valeur. J'ai été couronné quatorze fois de la « main d'autant de mes citoyens à (pii j'avais sauvé la « vie en différentes rencontres. J'ai mérité la couronne « obsiclionale, aj)rès avoir fait lever le siège à l'ennemi, w Trois fois on m'a récompensé de la murale, pour être a monté le premier à l'assaut. J'en ai huit autres dont u m'ont gratilié les généraux de nos armées, pour avoir « retiré des mains des ennemis les drapeaux des légions. « Je compte parmi les preuves de mon courage quatre- <( vingt-trois colliers d'or, soixante bracelets de même «métal, dix-huit piques, vingt-cinq harnois , dont il « y en a neuf ([ui sont le prix de la victoire que j'ai « remportée sur autant d'ennemis dans des combats par- « tieuliers. Cependant, Romains, ce Siccius , qui n'a « pas un endroit dans tout son corps qui ne soit couce vert de cicatrices , qui , au prix de ses sueurs et de son « sang, avec de braves camarades, a acquis à la patrie « tant de riches terres enlevées aux Etrusques, aux Sa- «bins, aux Eques, aux Yolsques, aux Pométiniens, « et aux autres ennemis du nom romain ; ce Siccius « ne possède pas un seul pouce de terre, non plus que « vous, Romains, qui avez été les compagnons de ses « travaux. La plus belle et la meilleure partie de ces « héritages est entre les mains de citoyens dont on con-

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« naît l'insatiable avidité , qui en jouissent depuis plu- « sieurs années sans les avoir reçus de vous , sans en « avoir payé le prix, sans pouvoir montrer aucun titre « d'une possession si injuste. Qu'ils citent, ces fiers part triciens, qui n'ont pour mérite que la noblesse de leur «origine et la recommandation de leur nom, qu'ils « citent des exploits glorieux qui leur donnent sur moi a la préférence, et qui leur méritent une récompense « dont je doive être privé. Ne souffrez pas plus long- « temps , Romains , qu'on insulte à votre patience. Mon- « trez que vous connaissez le mérite, et savez récom- « penser le zèle de ceux qui se sacrifient pour vous. » Le détail que nous trouvons ici des récompenses militaires usitées chez les Romains est fort remarquable, et mérite certainement une grande attention. Combien croit- on que de semblables marques d'honneur dussent relever le courage des troupes, et inspirer au soldat de nobles sentiments! au lieu que parmi nous on le tient ordinairement dans la bassesse, et qu'on oublie tous ses services.

Le peuple fut tellement touché du discours de Siccius, et conçut tant d'indignation contre ses adversaires, qu'il ne voulut plus prêter l'oreille à aucune réplique. I^a demande des tribuns pour cet article paraît en effet tellement fondée en équité, qu'il semble (ju'on n'v peut rien opposer de raisonnable , et l'on a de la peine à ne pas regarder l'opiniâtre résistance du sénat comme un déni criant de justice, et comme une partialité Raisons tout-à-falt Condamnable. 11 fallait pourtant bien qu'une ^es"ÏXa1 compagnie si respectable, et renq:)li(; de tant de perîaioirTIir" sonnes d'une prudence et d'une vertu généralement reconnues, eût de fortes raisons pour en user de la

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sorte. Cette possession des terres appartenantes au public pouvait être injuste dans son origine, et cV-tait j)our-lors qu'on aurait pu et qu'on aurait dû y remédier. Mais, comme le remarque M. l'ahlx' de Vertot, un nouveau partage souffrait de grandes difficultés. 11 fallait pour cela reconnaître et établir une juste distinction entre l'ancien patrimoine de chaque particulier, et ce qu'il v avait joint des terres publiques. Il fallait même étendre cette distinction entre les cantons cpie les patriciens avaient achetés du domaine public, et ceux qu'ils n'avaient pris d'abord qu'à titre de cens sous leurs noms ou sous des noms empruntés , et qu'ils avaient depuis confondus avec une partie des communes dans leur propre patrimoine. Une longue prescription dérobait aux recherches les plus exactes la connaissance de ces différentes usurpations. Les patriciens avaient depuis partagé ces terres entre leurs enfants comme leur patrimoine; et ces terres, devenues héréditaires, étaient passées en différentes maisons, soit à titre d'hérédité, soit par vente et par acquisition. Il ne semblait donc pas qu'on pût toucher à cette affaire sans commettre inie grande injustice à l'égard de beaucoup de possesseurs actuels de ces terres, ([ui les avaient achetées de bonne foi , et sans causer un trouble général dans la république. Voilà sans doute pourcjuoi le sénat s'opposait avec tant de persévérance à l'établissement des lois agraires. Les grands inconvénients de ces lois se manifestèrent d'une façon bien marquée sou5 les Gracques, (jui, les ayant renouvelées, mirent toute l'Italie en combustion.

Le sénat s'y opposa, dans l'occasion dont il s'agit ici, avec j)lns de fermeté (jue jamais. On tint plusieius as-

semblées à ce sujet, clans lesquelles on ne put rien conclure, tant elles étaient tumultueuses. Les tribuns, ou du moins leurs officiers, furent quelquefois maltraités par la jeunesse patricienne. Ceux qui marquèrent en cette rencontre le plus de zèle pour les consuls furent les Postumius, les Sempronius et les Clélius, trois familles patriciennes distinguées par leur noblesse, leurs richesses, le grand nombre de leurs créatures, et l'éclat de leurs belles actions. De l'aveu public, on leur fut redevable de ce que les lois agraires ne furent point confirmées par une ordonnance du peuple.

Aussi ce fut à eux seuls que s'en prirent les tribuns. Ils les assignèrent à comparaître devant le peuple pour y rendre compte de leur conduite. Quelques-uns voulaient qu'on agît contre eux avec la dernière rigueur, pour intimider les patriciens : mais le plus grand nombre inclina vers la douceur. Les prétendus coupables n'ayant point comparu sur l'assignation, et s'étant laissé condamner par défaut, en furent quittes pour une amende pécuniaire. Les patriciens leur rendirent , des deniers publics, la somme qu'ils avaient payée.

Peu de temps après, on apprit que les Eques avaient fait une irruption sur les terres des Tusculans , et que la ville même de ces fidèles alliés était en danger. On eut honte de tarder à secourir un peuple qui ne souffrait qu'à cause de son attachement pour le peuple romain. Les deux consuls partirent avec de nombreuses troupes, qui les suivirent malgré l'opposition des tribuns. Siccius était de ce nombre. 11 conunandait un corps de huit cents hommes, que leur âge exemptait, aussi-bien que lui , de servir. Il donna de bons conseils, et rendit de grands services aux consuls, qui, loin de

HISTOIHI. H(>.MA1?IF. .^Q

lui on marquer de la reconnaissance, furent soupçonnés d'avoir cherclié à le faire j)érir dans inie dangereuse commission dont ils le chargèrent, et dont il ne se lira que par son coiuagc et sa prudence. Les K(jiies furent défaits dans une bataille , où ils eurent plus de sept mille hommes de tués. Les autres furent mis en fuite, et Ton fit un grand butin. Les consuls le firent vendre au profit du trésor public, qui était entièrement épuisé.

SP. TARPÉITTS. A^ R 3,,„

A. ARTF.RIUS. Av.J.C./,52.

Siccius, qui était devenu tribun , le même jour qu'il prit possession de sa magistrature, appela en jugement devant le peuple Ronnlius, l'un des consuls de l'année précédente. Alliénus, édile, en fit autant à l'égard de Véturius, collègue de Romilius. Les deux accusés furent condamnés l'un et l'autre à une amende pécuniaire.

§ IIL Les tribuns du peuple sollicitent l exécution de la loi Térentilla. En conséquence on envoie enfin dans la Grèce des députés pour y extraire les lois qu ils jugeraient les plus convenables aux mœurs des Romains, yiprès leur retour, on choisit dix commissaires , sous le nom de décemvirs, pour travailler à la rédaction des lois. Appius se trouve à leur tête. Ils dressent dix tables de lois, qui sont reçues et ratifiées par le peuple, après un mur examen. Seconde année des décemvirs. Appius est continué. Etrange abus qu ils font de leur autorité. On dresse deux nouvelles tables pour être jointes aux dix premières. La troisième

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