‹ OEuvres complètes. Accompagnée d'observations et d'éclaircissements historiques (volume 3)Chapitre 120 sur 141 · A. CORNELIUS COSSUS · texte numérisé non relu

A. CORNELIUS COSSUS

Nous parlerons désormais de guerres beaucoup plus Liv. iii>. 6, eonsiderables que celles qui ont précède , soit par les forces et la puissance des ennemis, soit parla longueur du temps qu'elles ont duré, soit enfin par l'éloignement des lieux qui en ont été le théâtre. Jusqu'ici les Romains avaient eu affaire aux Sabins, à la partie de la Toscane la plus voisine de Rome, aux Latins, aux Ilerniqiies , aux Eqiies, aux Volsques, et à tous ces petits peuples voisins de Rome. Cette année ils entreprirent la guerre «outre les Samnites, nation puissante et belliqueuse, (jui ne cédait aux Romains ni en courage , ni en discipline militaire , et qui avait, comme Rome, des sujets et des alliés attachés à sa fortune. On sait comment Horace parle de la jeunesse des Samnites ^, accoutumée de bonne heure aux plus dures fatigues et à la plus souple obéissance. Après cette guerre, où les

> Junon fut appelée Mniieta , à i Sed luslicoimn mascula militum

cause d'un salutaire avis qu'elle don- Proies , sabtllis docta liRoiiibus

7 / i-i l'i I Vcrsare alt'ba.s , et sevt'ra'

na, a monertao ( Cic. lib. i , de ."..■■

^ MaUm ad arbiliiuin recisos

Divin, n. lOI ). l'oiiaie fustcs.

' l'"urius Cainillus. — L. ( iiorat. lib. fi , od. 3. )

502 HISTOIRK ROMAINE.

succès furent long-temps balancés, parut sur la scène Pyrrhus , et après lui les Carthaginois. Pendant cet intervalle ^ , quelle foule d'événements considérables , et combien de fois se vit-on exposé aux plus extrêmes dangers ! Ce furent là comme les degrés , dit Tite- Live, par lesquels l'empire est parvenu à ce point.de grandeur et de puissance dont à peine pouvons-nous soutenir le poids.

Eusèbe , dans sa Chronique, parle d'un dénombrement fait par les censeurs, qui paraît convenir à cette année, et où le nombre des citoyens montait à cent soixante mille.

Les Samnites , avec lesquels les Romains commencèrent alors à mesurer leurs armes , habitaient la région de l'Italie qui répond à peu près à ce que nous appeteut leurs Jq^s aujourd'liui le comtat de Molisse et la Principauté tre les Sam- ultérieure. Cette guerre fut suscitée par une cause veaux et étrangère, car ils étaient pour-lors alliés et amis du

furniidaliles , . . ' I r-"

c.iueuiis. peuple romain. Les oamnites ayant attaque les Sidicins, sans autre raison sinon qu'ils étaient les plus forts , ceux-ci , forcés , pour couvrir leur faiblesse , de recourir à un peuple plus puissant, firent alliance avec les Campaiiiens , qui leur prêtèrent un grand nom , mais ne leur furent pas en effet d'un grand secours, et qui prirent leur défense avec plus d'ostentation que de forces. Perdus de luxe et de mollesse, ils ne purent pas tenir contre les Samnites, endurcis et accoutumés, par une vie dure et laborieuse, à tous les exercices du métier des armes ; et avant été défaits dans un combat

Les

RoDiains , à la ])ritre des Campa' iiiens, |ior

' <• Quanta rerum moles ! Quoties sustinelur, erigi impeilum possel '. ■ iii extrema periciili)ium ventuni, ut (Liv. ) iu hauc niagnitu'liaem , quae vix

HISTOniK HO M AI IN F., 5o3

qui se donna sur les terres des Sidicins, ils attirèrent sur ou\-incmes tout l'effort de la guerre. Ils furent vaincus luio seconde fois assez près de leur capitale , dans une action où ils perdirent la plus grande partie de leur jeunesse, de sorte qu'il ne leur resta plus d'autre ressource que de se renfermer dans leur ville. Mais ne s'y croyant pas en sûreté , ils eurent recours aux Romains. Leurs ambassadeurs, ayant été introduits dans le sénat, y parlèrent à peu près en ces termes : «Si nous « venions, pères conscrits, vous demander votre amitié <c dans un temps où notre ville serait florissante, peut- « être nous l'accorderiez-vous plus promptement; mais «aussi auriez -vous peut-être moins lieu de compter « sur une fidélité durable de notre part , au lieu que , « délivrés par votre secours d'ennemis qui ont juré «notre perte, nous ne pourrons pas ne point court server une reconnaissance éternelle pour un service « si important. Nous ne croyons pas que votre union « avec les Samnites soit un obstacle à la grâce que nous « vous demandons : car, en faisant alliance avec eux , « vous n'avez pas prétendu sans doute vous lier les « mains, ni vous ôter la liberté de conclure aucun autre « traité. Quoiqu'il ne nous convienne pas, dans l'état « où nous sommes , de parler de nous-mêmes avanta- « geusement, nous pouvons dire néanmoins, sans nous «faire trop valoir, que, Capoue ne le cédant qu'à «Rome seule, soit pour la grandeur de la ville, soit « pour la fertilité des terres qui en dépendent, l'alliance « que vous voudrez bien faire avec nous j)ourra ne M vous être point inutile. Au premier mouvement que « feront contre vous les Éques et les Volscjues , vos « perpétuels ennemis, notre situation nous met en

5o4 nisTornE romain f.

(( état de tomber aussitôt sur eux par les derrières : et « ce que vous aurez fait les premiers pour notre con- « servation, nous le ferons toujours pour votre gloire « et pour l'accroissejncnt de votre empire. L'aveu que « nous sommes obligés de vous faire est triste pour « nous, mais d'une nécessité indispensable. IN^ous en « sommes au point d'être forcés de tomber sous la « dépendance ou de nos amis, ou de nos ennemis: de «vous, si vous prenez notre défense; des Samnites, cf si vous nous abandonnez. Vous avez donc à délibérer « si vous voulez que Capoue et toute la Campanie « accroisse à vos forces, ou à celles des Samnites, Nous « parlons ici à un peuple que nulle crainte n'empêcbe « d'entreprendre des guerres fondées sur la justice. Mais « il n'en sera pas même besoin dans cette occasion. « Montrez seulement vos armes , et nous serons en sûreté «à l'ombre de votre secours, et même de votre nom « seul. Que ne pouvons-nous vous représenter la triste «situation où se trouve actuellement Capoue! Elle « attend dans une cruelle inquiétude la réponse que « nous lui porterons de votre part , qui lui annon- « cera ou le salut et la liberté , ou l'esclavage et la « mort. »

Les ambassadeurs , après ce discours , s'étant retirés , le sénat délibéra sur leur demande. Elle parut mériter beaucoup d'attention , et pouvoir apporter de grands avantages à l'état. Cajwue était la ville la plus considérable et la plus opulente , et ses terres les plus fertiles de toute l'Italie. Le voisinage où elle était de la mer, ^ qui facilitait extrêmement le transport des blés , pouvait la rendre comme le grenier du peuple romain. Cette alliance pouvait oicore avancer beaucoiq) la conquête

mSTOJKi; HOINTAINF. 5o5

(lii pays ([iii se trouvait entre Rome et Capoiie, et tous (;es motifs devaient être irun grand poids dans l'esprit (l'un peuple ambitieux et concpiérant. Ciependant l'équilé et la bonne foi prévalurent, et firent disparaître toutes ees vues d'intérêt si puissantes pour l'ordinaire dans les délibérations et dans les conseils soit des princes, soit des républiques, mais qui parurent à cette auguste et sage compagnie basses et indignes de la grandeur romaine. Le consul , ayant fait rentrer les ambassadeurs, leur fit cette réponse au nom de la compagnie. « Le « sénat , Clampaniens , est touché de l'état oii vous vous (f trouvez , et souhaiterait pouvoir vous secourir avec « bienséance : mais la justice ne souffre pas qu'en faisant « avec vous une nouvelle alliance , nous en violions une « autre plus ancienne. Nous sommes liés avec les Sam- « nites par un traité solennel % et nous ne prendrons « point contre eux des armes qui offenseraient les dieux « encore plus que les hommes. Tout ce que nous pouce vons faire pour vous en cette occasion , est d'employer « notre médiation auprès des Samnites, et de les prier i( par nos députés de vouloir bien vous laisser en paix. » On voit ici combien la foi des traités était respectée chez les Romains , et que c'était parmi eux un principe constant, qu'une nouvelle alliance ne devait point* donner d'atteinte à une autre plus ancienne.

Les ambassadeurs , consternés par cette réponse qui les livrait a. la haine et <à la fureiu' des Samnites, usèrent d'un autre moyen , selon le pouvoir qu'ils en avaient reçu en partant pour leur connnission. (f Puisque vous « ne voulez pas, dirent-ils, prendre la défense de notre

' '< Saiiiiiiti's iiobiscum l'œdere fiuàm iioiuincs, violatura , advcrsus jniicfi snnt. Iiaqaearma, dpos prins Saiiiiiitps vobis n,-gamn.s. >> (Ltv.)

5o6 HISTOIRE ROMAINE.

« ville et de notre état contre l'injustice et la violence « qu'on nous fait , vous ne pourrez pas certainement « vous dispenser de défendre une ville qui sera devenue « votre bien. Nous vous abandonnons , Romains , en « toute propriété , dès ce moment, le peuple campanien, « la ville de Capoue , ses terres , les temples des dieux , « en un mot , tout ce qu'elle possède. Nous vous recon- « naissons pour nos souverains. Ainsi tout le mal qui « nous arrivera désormais ce sera à vos sujets qu'il ar- « rivera. » Après cette déclaration , baignés de larmes , et tendant les mains vers les consuls , ils se prosternèrent tous dans le vestibule du sénat. Ce spectacle était des plus touchants. Un peuple riche et puissant, distingué jusque-là par sa fierté et son luxe, dont peu de temps auparavant ses voisins avaient imploré le secours, réduit à ce point d'humiliation de se livrer lui et tous ses biens à un peuple étranger ! Le sénat crut que c'était alors la justice même et la bonne foi qui ne permettaient pas qu'on trahît et qu'on abandonnât un peuple qui se livrait sans réserve aux Romains ; et que les Samnites agiraient contre l'équité s'ils continuaient d'attaquer un pays et une ville qu'ils sauraient appartenir maintenant en propre aux Romains depuis la cession que les Campaniens leur en avaient faite.

On envoya donc sur-le-champ des ambassadeurs aux Samnites v pour leur représenter la supplication et la « requête des habitants de Capoue , la réponse que le « sénat d'abord y avait faite, qui inarquait clairement <f les égards qu'il avait à l'amitié des Samnites, enfin la « cession que les Ciampanicns avaient faite à Rome de « leur ville et de tout ce qu'ils possédaient. Ils avaient (I ordre de demander aii\ Samnites, (|u'en conséq^uence

IIISTOIRK IlOMAINE. 5o'y

« (le l'amitié et de l'alliance qu'ils avaient contractée « avec Rome, ils ^'attaquassent point un pays qui désor- « mais était devenu un domaine du peuple romain ; et , « si ces voies de douceur ne réussissaient pas , ils étaient « chargés de dénoncer en termes exprès aux Samnites , « de la part du peuple romain et du sénat , qu'ils eussent « à ne point approcher de Capoue, et ne missent point « le pied sur les terres qui en dépendaient. » Cette déclaration faite aux Samnites en plein conseil les mit dans une telle fureur, que non-seulement ils répondirent qu'ils continueraient la guerre commencée, mais que leurs magistrats, au sortir du conseil, firent venir les commandants et les officiers de l'armée , et leur ordonnèrent à haute voix en présence des ambassadeurs de partir sur - le - champ , d'aller ravager les terres de Capoue , et d'y mettre tout à feu et à sang.

Sur cette réponse , le sénat , autorisé par le peuple , envoie les féciaux vers les Samnites pour demander satisfaction au sujet d'une conduite si violente; et, sur leur refus , ils leur déclarèrent la guerre dans toutes les formes. Les deux consuls eurent ordre de partir sur-lechamp , Valère pour la Campanie , Cornélius pour le Sanmium. Le premier campa vers le mont Gaurus, l'autre près de Satricule.

Les légions des Samnites marchèrent à la rencontre Les Ro-

dir IV ., ,, . , 1 /. Il mains reiii-

e Valere : ils s étaient bien doutes que le fort de la portent une

•.1 A / IV n •!! -1 ^ • virtoire rou-

guerre se porterait de ce cote-la ; et d ailleurs ils étaient si.u rai.ic sur animés de colère et de vengeance contre les Campaiiiens, î.^'.f]"'"'',!'! égalenu-nl j)rompts à porter et à faire venir du secours ''"''"'" '\" contre eux. A la première vue du camp romain , leurs VaU.c. chefs, pleins de hardiesse et de fierté, demandent avec empressement de combattre, assurant que les Jioinains

5o8 HISTOIRE ROMAINE.

auraient le même succès en j^ortant du secours aux Campaniens que ceux-ci en secourant les Sidicins. Valère, après avoir laissé passer quelques jours en simples escarmouches pour tâter l'ennemi, donna le signal du combat, et exhorta ses troupes en peu de paroles. 11 leur représenta « que cette guerre nouvelle et cet en- « nemi nouveau ne devaient point les effrayer : que plus « ils s'éloigneraient de Rome , plus ils trouveraient des « ennemis faibles et peu aguerris : qu'ils ne devaient pas «juger du courage des Samnites par les défaites des « Sidicins et des Campaniens; que ceux-ci avaient été (( vaincus plus par leur propre mollesse et leur luxe que « par les forces de leurs ennemis. Devait - on compter <f poiu^ beaucoup deux succès heureux des Samnites (f {Knidant l'espace de tant de siècles , en comparaison « de tant d'actions glorieuses des Romains , qui depuis « la fondation de Rome , comptaient presque un plus w grand nombre de triomphes que d'années ; qui avaient « dompté par les armes touti ce qui les environnait , Sa- « bins , Toscans , Latins , Herniques , Voslques , Eques , « Aurunces; qui avaient défait tant de fois en bataille « rangée les Gaulois, et qui en dernier lieu avaient re- « poussé avec tant de courage et de bonheur les pirates « grecs de dessus leurs cotes? qu'ils devaient , en se préce sentant au combat, y porter chacun en parliculier la « jusle confiance que leur inspiraient leur bravoure « éprouvée en tant d'occasions , et leurs belles actions « passées; mais «ju'ils devaient aussi se souvenir sous les « auspices et sous les ordres de quel général ils combat- « talent. Soldats, leur dit-il, c'est moins à mes paroles « que je vous exhorte d'être attentifs (|u'à mes actions, u Ce n'est point aux cabales usitées parmi les nobles.

IIISTOIUE ROMAIN K. 5o()

c( mais à ce l)ras (|iie je suis redevable de (rois consulats « et tie la gloire où je suis parvenu. Il a été un temps «où l'on pouvait dire : Quelle merveille? Vous étiez « patricien , et descendu des libérateurs de la patrie, et « le consulat est entré dans votre famille la même année « (pte cette ville a commencé à avoir des consuls. Main- « tenant le consulat est ouvert à tous également, aux « plébéiens comme aux patriciens. 11 n'est plus le fruit » de la naissance , mais du mérite. Vous devez , soldats , « porter vos vues j^usqu'aux premières dignités. Le nouu veau surnom de Corviis , que vous m'avez donné «comme par ordre des dieux mêmes, ne m'a pas fait a oublier l'ancien surnom de Piihlicola altacbé à ma « famille. J'en ai toujours soutenu l'bonneur et les de- « voirs. En paix et en guerre , simplp particulier et « élevé aux premières places de l'état, j'ai toujours été « attaclié au peuple, et le serai toute ma vie. Il s'agit « maintenant de marcber avec moi, sous la protection «des dieux, contre les Samnites, pour mériter \\\\ « triompbe tout nouveau , et dont vous aurez les pré- « mices ».

Jamais général ne fut plus familier avec ses soldats que Valère ' : il partageait avec eux sans |)eine tous les travaux et toutes les fonctions militaires. Dans les jeux guerriers où l'on établit des combats d'bomme à homme, et où l'on propose des prix pour la vitesse

' <• "Non alias militi dux faïuilia- quemquain aspc-rnari parein, qui .se

rior fuit, oaiiiia inter inrimos niili- off'enet; faclis hcnigmis pro re, dic-

tlim haud giavalè rauiiia (iV)cniulf). lis haud minus lilieilalis alien.'v fuiAm

Iuludu pra?teieà militari, quum ve- sua; digiiitatis mcmor : et, quo iiiliii

locilatis viiiuiiiqiie iutcr se squales popularius est, qiill)us artibus pc-

ccitamina iiieiint , comiter facilis, tierat magistratiis, iisdcm j^ercbat. «

vincere ac ^inci vuilu eodem; nec (Liv.)

OIO HISTOIRE ROMAINE.

dans la course et pour la force du corps, facile et populaire, il acceptait le défi avec le premier venu, savait , vainqueur ou vaincu , conserver le même air de visage. Libéral et bienfaisant , il plaçait ses grâces à propos. Attentif dans ses discours à ne blesser en rien la liberté des autres, il ne l'était pas moins à soutenir sa dignité, et il possédait parfaitement l'art de s'abaisser sans s'avilir. En un mot , il conservait dans l'exercice des magistratures les vertus qui les lui avaient méritées ; conduite infiniment agréable à la multitude, et bien rare parmi ceux qui parviennent aux grandes dignités. On juge facilement combien, avec un tel caractère, son discours devait faire impression sur les esprits : aussi fut-il reçu avec un applaudissement général. Les troupes , remplies d'allégresse et d'ardeur , sortent du camp pour aller au combat. De part et d'autre il \ avait pareille espérance et forces égales. Cbacun était plein de confiance en soi - même , mais sans mépris pour Fennemi. Les derniers succès presque encore tout récents, ces deux importantes victoires' remportées par les Samnites leur enflaient extrêmement le courage ; mais une gloire de quatre cents ans , et aussi ancienne que Rome même , inspirait bien une autre fierté aux Romains. Ce qui donnait aux uns et aux autres quelque incpiiétude, était un ennemi nouveau, et jusque-là niutuiîllement inconnu. Le combat marquîi effectivement quelles étaient leurs dispositions. Il fut longtemps douteux , sans que la victoire pencliât ni d'un coté ni d'un autre. Le (;onsul , voyant que malgré tous ses efforts il ne pouvait enfoncer les ennemis, pour jeter du désordre parmi eux, fit avancer la cavalerie, (|ui n'eut pas plus de succès, ne pouvant pas faire ses

HISTOIRE ROMAINE. 5ll

évolutions dans un espace trop resserré. Alors Valère, sautant en bas de son cheval : « Soldats , dit-il en s'adresa saut à l'infanlerie, ce combat nous regarde : suivez- « moi. Je vais vous ouvrir un chemin dans ces troupes « que vous vovez hérissées de lances. » En même temps la cavalerie s'étant repliée par son ordre sur les deux ailes , il marche contre l'ennemi et tue de sa main le premier qui se présente à sa rencontre. Les soldats, animés par la vue de Ictu^ chef (|ui affronte ainsi les dangers , font des efforts extraordinaires. Les Samnites n'en font pas moins de leur coté , et tiennent ferme sans pouvoir être ébranlés , quoiqu'ils eussent plus de blessés que les Romains. Le combat avait déjà duré (juelque temps : le carnage était grand dans les premiers rangs des Samnites ; mais ils demeuraient toujours dans leur poste sans songer à fuir , tant ils avaient pris une ferme résolution de n'être vaincus et de ne céder que par la mort. Les Romains donc, sentant que leurs forces s'épuisaient par la lassitude , et qu'il ne restait pas encore beaucoup de jour, animés de colère et du désir de vaincre , font un dernier effort , et se jettent tête baissée contre les ennemis. Le désordre commence à se mettre dans les rangs des Samnites; ils plient, et bientôt prennent la fuite avec précipitation. Il y en eut un très -grand nombre ou tués, ou faits prisonniers, et il n'en serait pas beaucoup resté, si la nuit n'eût mis fin à la victoire plutôt qu'au combat. Les Romains avouaient (ju'ils n'en étaient jamais venus aux mains avec un ennemi si opiniâtre; et les Samnites, de leur côté, lors(ju'()n leur demandait quelle était la première cause qui , malgré leur acharnement au condjat , avait pu les détermiiuT à la fuite, répondaient ({ue , voyant

5l2 HISTOIRE ROMAIWE.

les yeux des Romains étincelaiits de feu, et tout leur visage enflammé de colère et d'une espèce de fureur, ils n'avaient pu soutenir un regard si terrible. Leur frayeur parut non-seulement par le succès du comliat, mais par leur retraite précipitée ; car ils partirent de nuit sans rien emporter avec eux. Les Romains , trouvant le lendemain matin leur camp abandonné , y firent un butin considérable ; et toute la multitude des Campa'niens y accourut pour marquer au vainqueur sa reconnaissance.

L'autre ar- Pcu s'cn fallut quc la joic de cette victoire ne fût "î'tmprr bientôt après troublée et changée en un deuil amer , ronluT Cor- P''^*' ^^ risquc de périr oii se jeta l'autre armée dans le néiius, est Samnium. Le consul Cornélius étant parti de Satricule ,

exposée à un . a v n

extrême dan- \-^ conduisit imprudemment dans une foret ou Ion ne

ger, Jnut le . . ,, , ri

courage de pouvait amvcr que par une vallée assez protoncle,

bun'iVgio." sans avoir pris la précaution d'envoyer devant lui (juei-

îivrTh'cureu- quc détachement pour reconnaître les lieux et pour

T.mnitcï' aj^prendre des nouvelles des ennemis. 11 ne s'aperçut

' ^"'r-''' <iu'ils s'étaient emparés des hauteurs, et qu'ils domi-

Liv. iib.7, liaient sur sa tète, que lorscju'il ne fut plus en état de

cap. 34-37. . , » 1»

rebrousser chemin. Les Samnites ne tardant a 1 atta- (|uer que jusqu'à ce qu'il eût engagé toute son armée dans le vallon , P. Décius , tribun des soldats , aperçoit dans la forêt une colline élevée qui commandait le canq> des ennemis, d'un accès fort difficile pour un. corps de troupes embarrassées de bagages, mais aisé pour des soldats qui ne porteraient (jue leurs armes. Cet officier trouvant le consul dans une grande perplexité : «Voyez- vous, lui dit-il, cotte hauteur (pii « est au-dessus de renneini , et dont il n'a pas eu l'at- « tcntion de s'emparer? notre salut dépend de nous

son meu

HISTOIRE ROMAINE. 5l3

« y loger. Je ne vous demande que les princes et les « hastaires '■ d'une légion. Quand je serai arrivé au « sommet de cette hauteur, poursuivez votre chemin « sans crainte, sûr d'être hors de péril vous et votre « armée. L'ennemi, exposé à nos coups, ne pourra faire « aucun mouvement sans se mettre en danger de périr. « Pour nous, ou la bonne fortune du peuple romain , u ou notre courage, nous tireront d'affaire.» Le consul l'ayant fort loué, et lui ayant donné le détachement (ju'il demandait, l'officier s'avance à travers la foret sans être aperçu de l'ennemi, que lorsqu'il fut tout près du lieu vers lequel il marchait. La surprise des Samnites fut grande, et ils avaient tous les yeux attachés sur Décius et sa troupe; ce qui laissa au consul le temps de conduire son armée dans un lieu sûr. Pour Décius, il s'arrêta sur le haut de la colline.

Pendant que les Samnites, dans l'incertitude et l'embarras oii ils sont, délibèrent sur le parti ((u'ils doivent prendre, ils se mettent eux-mêmes hors d'état d'agir, ne pouvant ni poursuivre le consul, à moins que de s'engager dans le même vallon par où il avait passé avec tant de danger, ni faire monter leurs troupes vers la hauteur dont s'était emparé Décius. Ils se fixèrent néanmoins à ce dernier dessein, déterminés par le désir de se venger de ceux qui leur avaient enlevé une si belle occasion, par la proximité du lieu, et par le petit nombre de troupes dont était composé ce détachement. Ils songent donc, tantôt à environner de toutes paris la colline de gens armés pour leur couper toute issue vers le consul , tantôt à leur laisser

1 Les princes et les liaslalrcs faisaient environ il<ii\ inillc «jiiatre étaient deux corps de troupes qui ceuts honinies.

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